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Pierre Van den Boogaerde : « Le libertalia n’est pas qu’une légende »
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Mercredi, 26 Mai 2010 05:14



Pour cet homme cultivé, représentant du FMI à Madagascar, Diego Suarez aurait bien abrité une communauté de pirates, épris d’égalité, de liberté et soucieux de rester à l’écart de la société occidentale. Ce même souci habite toujours une partie de la communauté blanche de la ville. Interview.
Le représentant du FMI (le Fonds monétaire International) à Madagascar, qui était de passage à Diego Suarez, n’est pas venu pour remonter les bretelles de ceux qui auraient laissé les finances se dégrader, mais en passionné de l’histoire maritime de Madagascar et plus précisément des épaves qui bordent ses rivages, auxquelles il vient de consacrer un livre, Les épaves de Madagascar, éd. Orphie, 2010. Madagascar est longtemps demeuré une île méconnue dont la violence des mers a envoyé aux fonds des eaux, des bateaux indonésiens, arabes, portugais, hollandais et français, pendant que des pirates ont profité de son isolement pour y trouver un refuge paisible…

-Pierre Van Den Boogaerde, vous êtres représentant du FMI et vous venez de sortir les épaves de Madagascar. Ce n’est pas très habituel…
-Oui, non, enfin, les épaves de Madagascar est la conséquence de ma passion de plongeur. Je suis plongeur depuis 30 ans. Mais je n’imaginais pas le foisonnement d’épaves que j’allais découvrir à Madagascar. Il m’est vite apparu en outre qu’il n’y avait pas d’histoire maritime de Madagascar. Pourtant nous sommes sur une île ! Je me suis donc intéressé dès que j’en avais le temps à ces épaves que j’ai répertoriées, dont j’ai remonté l’histoire et que j’ai déjà parfois arpentées au fonds des mers. Ce livre m’a pris trois ans de recherche et d’écriture.

-Quels sont les premiers bateaux échoués à Madagascar ?
-L’épave la plus ancienne est indonésienne et correspond aux migrations des populations indonésiennes qui ont eu lieu entre 5 et le 7e siècle apr J Ch. On pense qu’il ne fallait pas plus de 6 semaines pour se laisser dériver par les courants d’Indonésie jusqu’à Madagascar. Ensuite, les épaves suivent l’histoire de l’île : elles sont arabes quand les Arabes sont venus installer des comptoirs à partir du 7e siècle, puis portugaises à partir du 16e siècle, lorsque l’explorateur Vasco de Gama ouvrit en 1497 la route des Indes par le cap de Bonne Espérance à l’extrême sud de l’Afrique. Après les Portugais, sont arrivés au 17e siècle, les Hollandais de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, qui se sont tournés vers le commerce maritime, à la suite de tensions en Europe. Environ un tiers des 2000 navires hollandais ont échoués, dont un petit nombre à Madagascar. Après les Hollandais, sont venus les Anglais, en petit nombre et puis les Français qui n’ont cessé, au contraire des autres Européens, d’avoir le désir d’implanter une colonie de peuplement à Madagascar et pas seulement un comptoir sur la route des Indes…

-Où se trouve le plus grand nombre d’épaves ?
-Sur la côte est et dans le sud ouest de l’île. Au nord, il n’y en a pas beaucoup. En revanche, je voudrais revenir un instant sur la question du Libertalia et de la piraterie. D’abord, au risque de créer une levée de boucliers chez certains auteurs et historiens, il me semble possible que le Libertalia ait existé. Si le prêtre Caraccioli et le pirate Misson n’ont pas d’existence historique avérée, l’auteur du livre, L’histoire générale des pirates -dont est issu l’histoire du Libertalia et dont on attribue l’écriture à Daniel Defoe, l’auteur de Robinson Crusoë-, pourrait avoir été un certain Thomas Tew, homme de culture et… pirate. Ce dernier a séjourné dans le nord de Madagascar. L’abondance de détails décrits dans le livre laisse penser que seul un homme de mer peut avoir écrit ce livre. Or Daniel Defoe n’a jamais quitté l’Angleterre.

-Est-ce votre seul argument ?
-Non, il a existé à l’époque, entre les années 1680 et 1725, des communautés de pirates à Madagascar. Madagascar était même devenu le lieu de prédilection de leur retraite, au moment où le commerce maritime dans les Caraïbes est devenu plus strict … Qui étaient-ils ? La plupart étaient des marins qui avaient outrepassé les ordres et la légalité. D’autres étaient des hommes qui ne supportaient plus la loi répressive qu’exerçaient sur eux, le capitaine ou la hiérarchie des bateaux marchands. Ils se rebellaient, devenaient des mutins passibles de la peine de mort, s’organisaient en bandes, vivaient de piraterie puis parfois s’installaient sur les côtes où ils prenaient femme. Ne supportant plus la hiérarchie ou ne l’ayant jamais supporté, ils défendaient un idéal égalitaire, cherchant surtout à éviter la société dont ils s’étaient mis au ban. L’idéal égalitaire qu’ils prônaient recouvrait également les sphères raciales (mariages interraciaux) et une grande tolérance sexuelle. Certains d’entre eux étaient homosexuels. On parle d’ailleurs de ‘matelotage’, soit d’union entre matelots. Ces communautés éphémères ont existé à Ste Marie, sur la côte est. Le Libertalia qu’on situe à la même époque, aurait lui existé dans le fond de la baie de Diego près de l’actuelle Secren.

-Certaines des choses que vous dites, le désir de vivre loin de la société occidentale entre en résonance avec l’histoire contemporaine de Diego et une partie de la population blanche qui s’y est installée. Oseriez-vous faire le parallèle ?
-Oui. Les pirates peuvent être perçus comme des originaux d’aujourd’hui, souvent d’origine modeste. Ils avaient en commun l’envie de rester à l’écart de la société occidentale.

Propos recueillis par Finengo M.

Pierre van den Boogaerde, le Grand livre des épaves de Madagascar, Orphie, 1e trimestre 2010, à commander sur www.alapage.com ou d’autres sites de vente en ligne.




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