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50 ans d’indépendance de Madagascar
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Actualité
Samedi, 17 Juillet 2010 17:47


Quelles perspectives pour l’avenir ?

Ambiance de fête dans la ville de Diego. En effet, il ne reste plus que quelques jours avant le 26 juin, jour où Madagascar fêtera officiellement ses 50 ans d’indépendance. Cet anniversaire tombe-t-il mal en ces durs moments de crise ou apportera-t-il un nouveau souffle pour le pays ?


64 années de colonisation, 50 ans d’indépendance, les plus âgés ont tendance à comparer. Bien sûr, ils se plaignent du temps des Français, mais n’oublient en aucun cas ce qu’ils ont apporté et ce qu’ils ont laissé. Aujourd’hui, il est temps de faire un bilan de ce que les Malgaches ont fait de cette indépendance. Certes, 50 ans du point de vue historique n’est qu’une petite période. Mais en un demi-siècle, d’autres ont pu aller très loin.
En recueillant les sentiments des gens, hommes et femmes, jeunes et plus âgés, NOUS avons pu mesurer l’espoir de la population d’Antsiranana face à la conjoncture actuelle et constater à quel point elle est déçue par les politiques.
« Avec la proclamation de l’indépendance le 26 juin, tout le monde était ravi », rappelle un sexagénaire « car indépendance signifiait pour nous fin des répressions, fin des corvées, etc. » En plus, la voie que le pays avait décidé de suivre était complètement nouvelle car l’indépendance marquait aussi la fin de la monarchie et le début de la République. Seulement, 12 ans après, Philibert Tsiranana a quitté le pouvoir et l’a transmis à un gouvernement de techniciens dirigé par le Général de division Gabriel Ramanantsoa. « Les Malgaches ont pensé», explique encore cet homme « qu’il s’agissait seulement d’un faux pas que l’on pouvait corriger ». Et pourtant, cela n’aura été que le début puisque les 50 années d’indépendance vont être marquées par 4 crises politiques.
Au fond, la question que chacun se pose en ce moment historique peut se résumer ainsi : Madagascar est-il complètement et réellement indépendant ? Si indépendance signifie souveraineté politique, une souveraineté qui comprend l’indépendance économique et monétaire… les réactions des malgaches sont très contradictoires. Une dame à qui nous avons posé la question s’insurge : « De quelle indépendance me parlez-vous ? Nous ne sommes pas indépendants. Nous vivons de l’argent des étrangers en travaillant pour eux ou en demandant de l’aide à nos enfants qui travaillent en Europe ». Tandis que d’autres affirment qu’être ouvert à d’autres cultures et faire des affaires avec les « vazaha » ne signifient pas que nous dépendons d’eux.
Malheureusement, la crise actuelle ne fait qu’accentuer le malaise autour de l’identité et de la souveraineté nationale, un malaise que la polémique autour de l’opportunité de hisser le drapeau malgache en cette date historique révèle bien.
Jusqu’à aujourd’hui ni le GIC ni les 4 mouvances n’ont en effet trouvé d’issue à la crise. Les associations et la société civile ne cessent de faire des propositions. Ces derniers temps, on a même entendu parler d’un retour à la monarchie ou de rattacher Madagascar à la France. Quand nous avons demandé l’avis des personnes interviewées sur cette dernière éventualité, celles-ci se sont exprimées sans hypocrisie ni arrière-pensées : « Puisque nous ne pourrions jamais être réellement indépendants pourquoi ne pas l’officialiser sur du papier » répond un jeune homme « Moi je préférerais », confirme une dame «comme cela, nous n’aurons plus de problèmes avec les visas si on a envie d’aller en France, en plus nous vivrons beaucoup mieux… comme les Réunionnais ! ». Une autre personne a répondu par la négative en expliquant que la France ne pourrait jamais gouverner un pays comme Madagascar : trop grand et trop affaibli par la pauvreté, tout en rajoutant : « En plus, je n’ai jamais vu un pays qui a lutté pour l’indépendance et qui veut la rendre après 50 ans ! ».
À l’heure de cette date anniversaire, il est peu dire que les Antsiranais ne sont pas optimistes sur l’avenir de leur pays. Un vendeur de pistaches à Bazarikely déclare même: « Je ne veux pas perdre espoir, mais au train où vont les choses. Je ne verrai pas Madagascar sur la voie du développement de mon vivant. Peut-être mes petits-enfants, mais pas moi. » Ils sentent bien que le développement de Madagascar ne sera pas pour un futur proche. Ils pensent qu’à Antsiranana, il fait toujours bon vivre et en remercient les autorités. Et ce malgré les problèmes de sécurité qui n’ont jamais été aussi sérieux.
Le peuple malgache attend le jour où les dirigeants ne promettront plus monts et merveilles et se mettront effectivement au travail. En tout cas, les Antsiranais se disent être toujours prêts s’il faut à faire plus d’efforts. Espérons que la devise de ces 50 ans d’indépendance « Hambompom-pirenena sy fitiavan-tanindrazana » ou « Fierté nationale et patriotisme » ne sera pas seulement un souhait, mais un sentiment que chaque citoyen éprouve.

Maholy


 Grand angle sur la notion d’indépendance

Aujourd’hui où de nombreux pays célebrent leurs indépendances, plusieurs questions se posent : de quelle indépendance parlons nous ?
Tous les pays ont été colonisés ou colonisateurs à un moment de leur histoire. En Europe, les Gaulois ont été colonisés par le Romains, les Romains par les Germains dont les Francs, les Kabyles d’Afrique du nord ont été colonisés par les Arabes, les Arabes par les Ottomans, etc …
Aujourd’hui il y a 350 000 Malgaches en France et 26 000 Français à Madagascar. Il y a environ un million d’Algériens en France, et moins de 20 000 Français en Algérie. Dans un monde globalisé l’indépendance est de plus en plus battue en brèche par l’interdépendance. L’augmentation des moyens d’échange culturels, économiques, humains permettent aux différents nations et peuples d’acquérir ce qu’il y a de meilleur chez chacun. Que serait devenue la Gaulle sans l’apport des Romains, que serait le Japon sans l’apport du modèle Occidental qu’il a entièrement assimilé sans renier ses valeurs, et même les enrichir.
Madagascar comme beaucoup d’autres pays ont un sentiment extrêmement ambigu sur cette commémoration. Il y a ce qu’il est convenu de dire et penser en public et ce que l’on suggère à mots couverts en privé. Juste à coté de Madagascar, deux pays traduisent bien cette ambigüité : d’un coté les Comores qui ont rejeté en bloc ce que pouvait apporter une autre civilisation, de l’autre Maurice qui a su prendre le meilleur en conservant et enrichissant ses traditions, comme le Japon où la Chine aujourd’hui.
Séraphin B.

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