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Le Jatropha à Madagascar : une culture d’avenir ?
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Vendredi, 02 Décembre 2011 02:18
Jatropha : plantation expérimentale de la Société J-OIL près de Diego Suarez
Jatropha : plantation expérimentale de la Société J-OIL près de Diego Suarez

Connue depuis l'Antiquité, cette plante aux multiples utilisations est remise au goût du jour pour en faire du bio-carburant. Son mode de culture simple et ses nombreux débouchés en font une culture de rente pour les plus démunis

Jatropha curcas est un arbuste de la famille des Euphorbiacées que l'on retrouve actuellement dans toutes les régions intertropicales sèches du monde. En Afrique, il est appelé « pourghère » et à Madagascar « vavavelona », « kinanana » ou « voanongo » selon les régions. C'est une plante très ancienne dont des restes fossiles datant de l'ère tertiaire ont été retrouvés. Il semble qu'elle soit apparue en Amérique centrale avant de se répandre lentement sur tout le continent américain. À partir du XVIème siècle, sa diffusion a été accélérée par l'homme qui a trouvé avec elle une plante aux nombreuses utilisations bien qu'elle ne soit pas comestible.

Un plant de jatropha agé de 3 ans.
Un plant de jatropha agé de 3 ans.

Il semble que sa première utilisation ait été médicinale, comme le suggère l'étymologie du mot « Jatropha »(en grec jatros signifie « docteur » et tropha veut dire « nourriture »). Il était notamment utilisé pour faire des purges intestinales. Mais sa principale utilisation était la création de haies vives : n'étant pas comestible et poussant rapidement, il constitue en effet un excellent moyen de défendre des cultures vivrières contre le bétail. De ses fruits on tire une huile qui peut être utilisée dans la fabrication de savon, ou comme bio-carburant.

Le Jatropha curcas fleurit plusieurs fois pendant une période de plusieurs mois ; la fructification de la plante est donc également étalée sur plusieurs mois. Plusieurs passages sont donc nécessaires pour cueillir tous les fruits d'un même arbuste.
Les fruits se présentent sous la forme d'une capsule composée normalement de trois loges et chaque loge contient une graine. Au début de leur formation, les fruits sont petits et verts puis deviennent jaunes au stade ultime de leur croissance avant de devenir marrons et noirs lorsque le fruit commence à sécher. La croissance et la coloration des fruits d'une même grappe peuvent s'effectuer de manière décalée. Les graines sont matures dès que le fruit a atteint la couleur jaune et les récoltes sont donc constituées de fruits jaunes et noirs.

Fleur de jatropha
Fleur de jatropha

Le système racinaire du Jatropha curcas a une croissance rapide et fait l'objet d'un bon développement en profondeur et en surface. Les racines s'accommodent très bien de la présence de cailloux et de rochers. Cette caractéristique de la plante explique en grande partie pourquoi le Jatropha curcas est particulièrement bien adapté aux régions semi-arides et à certaines zones arides de la ceinture tropicale. Il est communément considéré que la pluviométrie adéquate pour la culture du Jatropha curcas se situe entre 500 et 600 mm pour la limite basse et entre 1000 et 1200 mm, pour la limite haute.

La relative facilité avec laquelle elle se cultive, avec les débouchés très importants que suggère son utilisation en substitut au pétrole, l'on rendue intéressante pour des grandes sociétés qui ont entrepris son exploitation à grande échelle, et notamment à Madagascar. Mais en cette période de transition ces sociétés éprouvent de nombreuses difficultés à développer leur activité, notamment pour toutes les questions foncières.

À court terme, une des perspectives d'avenir les plus intéressantes offerte par cette plante à Madagascar est sa culture à petite échelle, comme culture de rente, en complément de celle du riz. Sa rusticité lui fait accepter de pousser sur les terres les moins fertiles, en s'accommodant d'un niveau très faible de précipitations. Elle permet donc d'exploiter des terres à l'abandon, en favorisant le retour d'un couvert végétal et la lutte contre l'érosion des sols avec son système racinaire très développé. Et son exploitation, qui demande un investissement très faible, permet de fournir rapidement un revenu de complément au cultivateur pendant la moitié de l'année, et dont les perspectives à long terme sont des plus encourageantes.

Culture de complément

Les manuels de culture édités par J-OIL à l'intention des agriculteurs
Les manuels de culture édités par J-OIL à l'intention des agriculteurs

C'est cette approche basée sur la multiplication des petits exploitants situés dans des zones défavorisées qu'a choisi de développer la société J-OIL, basée à Diego Suarez. Elle a commencé une première exploitation expérimentale en 2008 sur un terrain d'une vingtaine d'hectares mis à disposition par la Commune d'Amblobozykely, à cinquante kilomètres au sud est d'Antsiranana. Cette plantation avait pour objectif de déterminer les meilleures techniques de cultures à mettre en oeuvre pour optimiser l'exploitation future par les cultivateurs partenaires du projet. Les résultats de ces expérimentations se révèlent extrêmement intéressants : ils démontrent que le labour léger avec un zébu fourni un meilleur résultat qu'un labour profond avec un tracteur, tout en étant bien plus économique. De même, il s'avère que le paillage naturel est d'un meilleur rendement que celui à l'aide de plastique. Toutes conclusions qui confirment son potentiel auprès d'agriculteurs ne disposant que de moyens très limités.
Ces enseignements ont permis la rédaction de plusieurs manuels illustrés de schémas qui sont mis à disposition des cultivateurs voulant tenter l'aventure.

Jaovita Jean Paulin - Technicien agro forestier, pépiniériste de la société J-OIL
Jaovita Jean Paulin
Technicien agro forestier, pépiniériste de la société J-OIL

Jaovita Jean Paulin est responsable de la plantation expérimentale d'Ambolobozikely. Il se félicite des bénéfices de cette nouvelle production : « Dans la région, on a des vielles femmes et enfants qui ramassent les graines dans la nature. Elles ne les ramassaient pas avant mais depuis qu'elles savent que le jatropha est source de revenus, elles ramassent les graines sauvages. On les achète 250 Ar le kg. Cette année dans la nature, on a collecté trois tonnes. Les gens commencent à savoir que le jatropha rapporte un peu, s'ils sont motivés, s'ils plantent beaucoup, s'ils récoltent à l'hectare 10 tonnes par exemple, ils gagneront d'autres revenus durables. Car le jatropha dure longtemps et produit chaque année. A chaque pied on peut avoir de 5 kg à 10 kg maximum, dans un hectare il y a mille pieds… Donc à 250 AR le kilo, on peut avoir plusieurs millions d'Ar »

Et peu à peu l'information commence à faire son chemin. Nous étions accompagnés, lors de notre visite à la plantation, de Mr Ginoro Alphonse, le maire de la Commune Rurale de Bobakilandy qui était venu voir de près cette première réalisation avant de lancer une production de ce type dans son village. Bobakilandy est situé au sud-ouest de la Montagne d'Ambre, dans une zone particulièrement enclavée. L'activité principale de ses habitants est la riziculture mais le besoin d'une activité de complément est très fort. C'est pourquoi il a décidé de mettre en place une plantation de 80 hectares en partenariat avec la société J-OIL. Ce sont la relative simplicité de la culture ainsi que le fait qu'elle puisse se pratiquer sur les terres les moins fertiles qui l'ont décidé à entreprendre cette démarche.

Alphonse Ginoro, maire de Bobakilandy, avec son épouse
Alphonse Ginoro, maire de Bobakilandy, avec son épouse

La société J-OIL poursuit ses expérimentations. Cette année, elle aura produit près de mille litres d'huile (à partir de cinq tonnes de graines), ce qui reste modeste, mais avait pour principal objectif de valider les solutions techniques retenues. Désormais, c'est à l'appui de la mise en place de zones de cultures que se consacre son directeur, Michel Marques. Son enthousiasme pour cette production est communicatif et on se laisse facilement convaincre de l'intérêt que présente cette production. Quand on sait que l'huile de jatropha est utilisée par les compagnies aériennes pour atteindre leur quota d'énergies vertes, qu'elle entre également dans la composition du bitume servant de revêtement aux routes, que n'importe quel moteur diesel peut s'en satisfaire pour fonctionner, on veut bien croire avec lui que cette culture qui n'entre pas en concurrence avec les cultures vivrières offre des perspectives de croissance infinies.

Grappe de fruits de jatropha encore verts
Grappe de fruits de jatropha encore verts
Graines de jatropha
Graines de jatropha
Pressage du Jatropha. Pressage du Jatropha.
Pressage du Jatropha.
Le tourteau est le résidu du pressage du jatropha
Le tourteau est le résidu du pressage du jatropha. Il peut être utilisé comme engrais ou briquettes de charbon.
Filtrage de l'huile de jatropha
Filtrage de l'huile de jatropha Filtrage de l'huile de jatropha
L'huile brute obtenue par pressage est filtrée pour éliminer les plus grosses impuretés
Résidu de filtrage de l'huile de jatropha Savon à base de résidu de filtrage de l'huile de jatropha
Les résidus de filtration sont récupérés et peuvent être utilisés pour fabriquer du savon
Après une deuxième filtration à 3µ, l'huile est stockée avant d'être conditionnée pour la distribution. Filtrage final et stockage de l'huile de jatropha


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Les instructions du Ministre de l'Intérieur Florent Rakotoarisoa ont été strictes « la situation des étrangers investisseurs et résidents à Madagascar doit obéir aux lois ». Des étrangers se trouvent en situation irrégulière, d'autres utilisent même des faux papiers pour pouvoir rester sur le territoire malgache. « Cela ne peut pas être toléré, de plus nous savons que les autres pays contrôlent strictement l'entrée des étrangers sur leurs territoires » a ajouté M. Florent Rakotoarisoa.

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