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Crise : Madagascar limite ses dépenses
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Economie
Mardi, 22 Juin 2010 09:42

«L’île ne depense que ce qu’elle a dans la caisse»

Pour Pierre van den Boogaerde, représentant du FMI à Madagascar, la stabilité de l’Ariary est dû une saine gestion de la monnaie. Mais la fin des investissements Sherritt sonne le glas de cet équilibre.
- Comment expliquez vous la stabilité de l’Ariary, après plus de 15 mois de crise politique et d’arrêt de la plupart des programmes d’aides de la communauté internationale ?
- Il faut démystifier une chose simple : Madagascar est un petit marché. Un exemple : entre 2004 et 2006, il y a eu des investissements équivalents à 100 pc du PNB national : c’est énorme ! Aujourd’hui, on assiste à un écroulement des importations des biens et services. Cet écroulement qui est dû à la crise, permet au pays d’avoir une balance commerciale équilibrée.

- Pensez-vous que cet équilibre puisse durer ?
- Il y a une sorte de ‘père Noël’ : c’est Sherritt, la société canadienne qui est toujours en phase d’investissements dans le secteur du nickel à Tamatave. Cela va durer jusqu’à la fin de l’année 2010. La société est d’autant plus active que le prix du nickel est élevé et qu’elle veut rapidement rentabiliser ses investissements. Sur 100 dollars investis par Sherritt International, 20 pc environ partent dans les salaires, le gasoil, etc. Cela fait tourner la machine économique. S’il faut résumer l’équilibre actuel de l’économique de l’île, on assiste à une baisse des importations, à la poursuite des expor tat ions , additionnée à Sherritt, qui font ensemble une balance commerciale équilibrée.

- Est ce que la banque centrale malgache a un rôle stabilisateur ?
- Oui, absolument. Elle a refusé de faire marcher la planche à billets, comme cela a été le cas au Zimbabwe. Il circule en permanence plusieurs milliards d’Ariary dans le pays et ce montant est stable. Cela signifie concrètement qu’il y a toujours de l’argent dans les banques. Le pays vit actuellement sur un système de basse caisse : on a peu, donc on dépense peu. Ou si l’on veut, on ne dépense que ce que l’on a. Le gouverneur de la banque centrale est un homme pondéré, sérieux dont la culture protestante, additionnée à un certain esprit asiatique, ont contribué à mettre en place ce système de basse caisse. A Madagascar, les banques financent peu et les Malgaches sont peu endettés. Le crédit public et privé est peu développé car très cher.

- Comment se répartit l’impôt prélevé par l’Etat ?
- En gros, il y a un tiers qui provient de l’impôt sur le revenu, 1/3 qui provient des transactions , essentiellement la TVA et 1/3 des douanes. Mais ces sources de revenus pour l’Etat vont fondre cette année, puisqu’elles vont prendre en compte l’activité économique de 2009. Le produit de l’impôt sur le revenu va baisser, celui sur les transactions et des douanes également, même si certaines activités économiques ont explosé en ces temps de crise comme la boisson...Ce qui est certain, c’est que les mois à venir vont mettre les finances en situation très difficile. Pour trois raisons principales : parce que l’impôt rentré sera plus faible ; parce que les aides internationales n’ont pas repris, même si les projets entamés avant la crise se poursuivent et qu’il aurait été très impopulaire de les interrompre ; et enfin, parce que Sherritt va clôturer sa phase d’investissements. Mais c’est l’année 2011 qui risque d’être la plus dure. 

- Avez vous un mot particulier à adresser à la région Diana et plus particulièrement à la ville de Diego ?
- Oui, je salue son dynamisme. Je constate qu’il y a des projets de développement qui se poursuivent. C’est une région qui souffre de l ’ hypercentralisation à Tana, mais il y a de l’énergie ici par rapport à certaines autres régions.


Propos recueillis par Finengo M et Séraphin B.

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