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Discours d'ouverture du sommet du COMESA à Madagascar
Discours d'ouverture du sommet du COMESA à Madagascar

Le citoyen lambda ne se retrouve plus dans ces différentes coopérations qui facilitent ou/et libéralisent le commerce entre pays d’une même région. Il arrive difficilement à comprendre ce que l’intégration régionale, le libre-échange, les zones d’échanges préférentiels, zones de libre-échange continental, COMESA… ont d’impact sur l’économie du pays et encore moins ce que cela apporte à sa situation individuelle

Madagascar dans le COMESA

COMESA ou marché commun de l’Afrique australe et orientale estune organisation internationale ayant pour objectif de créer une union douanière entre les pays membres dont Madagascar. Le marché est fondé en 1994 pour renforcer un accord de libre-échange. Il est le plus grand bloc économique régional de l’Afrique. Neuf pays membres : Djibouti, Egypte, Kenya, Madagascar, Malawi, Maurice, Soudan, Zambie, Zimbabwe accordent « l’accès en franchise de droits de douane aux produits importés en provenance du COMESA à condition que les critères sur les règles d’origine soient satisfaits » suivant l’Accord de libre-échange d’octobre 2000. COMESA compte 21 pays membres. A l’instar du Lesotho et de la Mozambique, en 2000, la Tanzanie a suspendu son adhésion au marché commun en invoquant le manque de compétitivité de son industrie au sein de la zone de libre-échange.
Si la valeur des exportations de Madagascar sur le marché du COMESA n’était pas stable de 2007 à 2011, le gouvernement rapporte que ces trois dernières années, les exportations vers les pays du COMESA sont passées de 60 505 000 à 78 123 000 USD en termes de valeur. Cette hausse, d’après le ministre de l’industrie et du développement du secteur privé, est due à la diversification des produits, à l’augmentation de la production et à la conquête de nouveaux marchés. L’exportation de plus en plus importante de produits tels que le café, les épices, le thé, le sucre, le coton… y est pour beaucoupselon le ministère du commerce et de la consommation.3 % des exportations en 2015 ont été réalisées vers le COMESA et 5,6 % des produits importés proviennent du même marché commun. La valeur des importations dépasse largement celle des exportations. De 2013 à 2015, elle est passée de 162 772 000 à 221 237 000 USD. La balance commerciale de Madagascar avec le COMESA est donc jusqu’à maintenant déficitaire : de 102 267 000 USD à 143 114 000 USD (2015). Un énorme écart qui pourrait être comblé d’après le gouvernement par une augmentation soutenue de la productivité. « La transformation de la structure de l’économie du pays et d’augmenter significativement le poids de l’agro-industrie dans le PIB national » entre autres mesures indique le Président de la République.Les observateurs restent perplexes et les doutes se maintiennent.

Perpétuelle remise en question de l’intégration de Madagascar aux zones de libre-échange

Les industries et les PME (petites et moyennes entreprises) sont-elles assez fortes pour affronter la compétition sur le marché de la région australe et orientale pour un échange gagnant-gagnant ? Anciens et actuels dirigeants affirment que le pays est prêt. Que les industries aient besoin d’être renforcées ne signifient pas pour autant que le pays doit se renfermer sur lui-même et doit craindre l’ouverture au marché international et s’engager dans le libre-échange. L’ancien Président de la République Marc Ravalomanana soutient que dès qu’il s’agit d’intégration régionale et de coopération, « il faut être fort en négociation ». Celui-ci a particulièrement mis l’accent sur les aides que peuvent obtenir le pays dans le cadre de ces intégrations. Les différents groupements du secteur privé ne sont pas très confiants, ouvrir nos frontières aux produits des autres pays qui ont leurs industries déjà bien évoluées fait place à une concurrence malsaine : les produits provenant des pays du COMESA sont moins chers puisqu’ils sont exonérés de droits de douane alors que les industriels et entrepreneurs de Madagascar ont déjà bien du mal à conquérir le marché intérieur. Les intégrations régionales ne cessent pourtant d’évoluer et de s’agrandir puisque l’objectif est la mise en place d’une communauté économique africaine, qui aboutira à une union douanière entre les pays membres de tout le continent. La constitution de cette communauté se fait petit-à-petit sachant que l’Afrique comprend huit communautés économiques. Suivant cette logique, la zone de libre-échange tripartite COMESA, SADC, EAC est mise en place depuis 2015.

Clercy Ntsay, enseignant-chercheur à l’université d’Antsiranana, tuteur en Sciences Economiques et Sociales au CNED

Madagascar ne devrait pas subir la loi des marchés surtout en cette période de globalisation effrénée. La meilleure protection des petites et moyennes entreprises locales est de faciliter les conditions de création et d'expansion de centaines de milliers d'autres PME à travers tout le pays

Clercy Ntsay, enseignant-chercheur à l’université d’Antsiranana, tuteur en Sciences Economiques et Sociales au CNED

Clercy Ntsay, enseignant-chercheur à l’université d’Antsiranana, tuteur en Sciences Economiques et Sociales au CNED (Centre National d’Enseignement à Distance), nous explique l’intérêt et les enjeux de l’engagement de Madagascar au sein de ces intégrations régionales et du libre-échange, qu’il soit préférentiel ou continental. Interview.

La Tribune de Diego (LTdD) : Le vice-président de la République du Kenya, William Ruto a dit que l’intégration régionale est un jeu de gagnants. Les observateurs soutiennent que Madagascar jusqu’à aujourd’hui ne sort pas vainqueur de cette intégration. Où est le problème d’après vous ? Au niveau de la politique publique ou au niveau des industries malagasy qui ne sont pas assez puissantes, pour que le pays profite de ces zones de libre-échange ?
Clercy Ntsay :
Il faut savoir que notre pays cotise annuellement en étant membre de ces organisations, la question aujourd’hui est de savoir si nous allons ou non saisir cette opportunité et dans une certaine mesure, maîtriser les agressions commerciales que cela engendrerait immanquablement. A ce titre, avons-nous même des outils juridiques suffisamment développés comme dans l’Union Européenne qui demeure quand même relativement l’exemple d’intégration la plus aboutie jusqu’ici, et qui nous permettraient de nous protéger des abus qui pourraient survenir ?
Mais considérons un instant qu’une libre et saine concurrence s’installe, je ne pense toujours pas que nos PME puissent davantage se développer et s’illustrer dans un contexte de forte tension fiscale et de manque de mesures incitatives en faveur d’un entrepreneuriat innovant et économiquement rentable. C’est donc pour moi avant tout un problème d’orientation et de choix politique assumé, quel secteur allons-nous activement prioriser ? Vous évoquez à juste titre l’industrie et vous avez raison, la création de richesse passe forcément par ce secteur, mais qu’allons-nous ensuite transformer si ce n’est les produits du secteur primaire pour lesquels vivent une majorité de malagasy, sinon notre croissance peut aussi être tirée par le secteur tertiaire comme c’est le cas ces dernières années, mais est-ce le choix de nos gouvernants ? Il est également important de noter qu’il ne peut y avoir de développement sans progrès technique et sans innovation. J’étais dernièrement au salon de la recherche et frappé par le nombre d’inventions qui se créent dans nos universités, si l’on pouvait mettre celles-ci à l’échelle, ce serait déjà une grande avancée dans le sens du renforcement de cette base créatrice et une économie énorme faite sur nos consommations intermédiaires.
J’ajouterais tout simplement que tout ceci doit être accompagné d’une meilleure redistribution des revenus pour faire en sorte que la croissance profite à toutes les classes.

LTdD : « Les PME jouent un rôle important dans le processus d’intégration et d’enrichissement, et s’adaptent mieux aux conditions socio-culturelles, élément important de la culture d’entreprise au sein de la région » a soutenu HeryRajaonarimampianina en tant que président en exercice du COMESA. A défaut d’industries et d’offres compétitives, les PME peuvent-elles permettre à notre pays d’avoir une meilleure performance dans ces échanges ?
Clercy Ntsay :
Cela ne fait que renforcer ce que je disais à l’instant, quelle vision de PME avons-nous ici à Madagascar ? Quelles sont les politiques fiscales ou d'accès au marché pouvant stimuler la promotion de PME dans le pays ? On parle beaucoup de monter des PME de services, en matière de TIC ou de commerce à titre d’exemple, et ce n’est pas le potentiel de rentabilité qui manque pour le porteur de projet ; la PME industrielle demeure surtout une solution pérenne en dotant nos entrepreneurs d’outils de production. Vous évoquez la culture d’entreprise, notre nation, malgré qu’elle soit disparate, a une riche histoire et un vivier de valeurs comme le Fihavanana qui permettent de renforcer la culture d’entreprise et par voie de conséquence la motivation du salarié, rien qu’à voir les slogans de certaines entreprises à Madagascar pour comprendre que le Malagasy est très porteur et les PME devraient surfer également sur cette vague. Je pense que si les nombreuses actions du gouvernement et certains de nos partenaires en faveur de l’orientation et l’employabilité aboutissent, notamment en faveur des jeunes, et je le dis en tant que Conseiller en Orientation et en Insertion professionnelle (PIPOM), le facteur travail ne sera plus un facteur bloquant ; il resterait à résoudre, comme toujours, les problèmes relatifs au capital.

LTdD : Madagascar fait partie du marché commun de l’Afrique australe et orientale, en même temps il est membre de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) et de la COI (Commission de l’Océan Indien). Toutes ces adhésions sont-elles à l’avantage de Madagascar ou constituent-elles des charges trop lourdes pour le pays ? Faut-il faire un choix ?
Clercy Ntsay :
Il existe en matière de commerce international ce qu’on appelle la « stratégie de portage », dont nos PME peuvent bénéficier à travers, aussi bien leur savoir-faire qu’une meilleure minimisation des coûts. Dans cette perspective, ces PME pourraient facilement décrocher des contrats de diverses natures (externalisation, sous-traitance, fourniture, distribution et j'en passe…) auprès de grosses entreprises extérieures ou de multinationales. Par ailleurs ces trois marchés cumulés représentent tout simplement un eldorado de marchés pour Madagascar tant au niveau de la taille que du pouvoir d’achat. Aujourd'hui, moins de 10 % du marché de COMESA seulement sont assurés par les pays membres et cela n'est pas normal dans la mesure où ceux-ci restent encore très en retard dans le développement des marchés intra-COMESA comptant 650 millions de consommateurs. Mais il ne faut pas non plus s’élancer dans la fosse au lion, à mon avis un choix bien éclairé s’impose. Madagascar devrait choisir et développer deux ou trois chaînes d’approvisionnements solides avec des milliers de PME l'amenant à exporter massivement et de qualité sur le marché de COMESA et faire ainsi la différence par rapport aux autres pays.

LTdD : Le choix devrait se baser sur quels critères ? Et si nos dirigeants ne font pas de choix, quelles seraient les conséquences sachant que depuis 2015 la zone de libre-échange tripartite COMESA-SADC-EAC a été lancée officiellement. La zone s’agrandit, est-ce une bonne ou mauvaise chose pour Madagascar ?
Clercy Ntsay :
Le choix devrait se baser avant tout sur les caractéristiques principales du marché et son adéquation avec notre politique de développement. Sur ce, je dirai qu’un vaste programme de production de biens agro-alimentaires serait opportun si l’on choisit de prioriser nos secteurs primaire et secondaire à vocation de transformation agricole. Madagascar pourrait faire la différence en misant sur ses capacités de production et de commercialisation agro-alimentaires. Mais ceci nécessite un maillage du pays en termes de création de pôles de production agro-alimentaires sans précédent mais tout autant réalisable à moyen terme. La politique de développement du pays devrait aller dans ce sens pour que ce marché aujourd’hui estimé annuellement à plus de 250 milliards de dollars puisse profiter à un pays comme le nôtre.
Un aspect important lié à notre insularité est le faible niveau de notre flotte maritime. Il serait indispensable de repenser notre politique pour relancer le pavillon malgache. Le pays a besoin de restaurer une flotte de pavillons long-courriers pouvant faciliter les échanges dans le cadre de COMESA.
Enfin, Madagascar ne devrait pas subir la loi des marchés surtout en cette période de globalisation effrénée. La meilleure protection des petites et moyennes entreprises locales est de faciliter les conditions de création et d'expansion de centaines de milliers d'autres PME à travers tout le pays. Une affirmation de la volonté politique avec des mesures économiques et fiscales appropriées s'impose dans un cadre d'une politique dynamique de développement du commerce international.

■V.M

Sommet du COMESA à Madagascar
Sommet du COMESA à Madagascar

Madagascar, pour la première fois, a accueilli le sommet du marché commun de l’Afrique australe et orientale (COMESA) du 10 au 19 octobre. Le pays assure la présidence de la communauté pour un mandat d’un an

Des réunions de délégation, réunion des fonctionnaires du groupe AfOA (Afrique Orientale et Australe), table ronde des premières dames, réunion du comité paix et sécurité, du conseil des opérateurs économiques, réunion des chefs d’Etats… ont marqué le sommet du marché commun de l’Afrique australe et orientale. Nombreuses résolutions portant sur cinq points ont été prises à l’issue de ces réunions. Elles concernent le secteur privé, le genre et la femme, la zone de libre-échange, le renforcement des capacités et les infrastructures. Ces résolutions touchent entre autres la mise en œuvre du projet d'approvisionnement local et le renforcement des capacités techniques des PME sur les normes par le COMESA Business Council, l’incitation des États membres à collaborer avec le secteur privé dans la mise en œuvre de mesures stratégiques qui traitent des questions de capacité technique, l'accès aux marchés et la compétitivité des PME pour « assurer leur participation inclusive dans les chaînes d'approvisionnement régionales », l'harmonisation du cadre réglementaire sur les normes, le renforcement des infrastructures de normalisation, la création d'un mécanisme de certification abordable et le développement d’institutions financières pour les PME spécialisées ; la gestion du Fonds du COMESA en faveur du renforcement du rôle économique de la Femme, la mise en œuvre du projet « 50 millions de Femmes africaines ». Le COMESA Business Council a pris la décision d’établir un forum régional pour les organismes de promotion du commerce national, en collaboration avec les organismes de promotion des investissements commerciaux dans les États membres et les organismes nationaux du secteur privé pour promouvoir le commerce intra régional. Le lancement d’une université virtuelle COMESA, réunissant 22 universités des pays membres a été décidé. Celle-ci collaborera avec l’université de la SADC. En matière d’infrastructures, des investissements sont consentis pour le développement des infrastructures, en particulier dans les transports aérien, ferroviaire, routier et le secteur de l'eau ainsi que celui de l'énergie et les technologies de l'information de la communication. L'importance de l'amélioration de la connectivité maritime entre les États membres insulaires et ceux de la partie continentale a été soulignée. La création d’un centre Cyber Sécurité régionale avec l'association des régulateurs pour l'Afrique orientale et australe a été approuvée.

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