Imprimer
Catégorie : Economie
Publication :

 

Sculpteur sur bois à Diego SuarezQuand il fait le tour des restaurants pour vendre ses produits, tout le monde l’appelle Paulo, mais chez lui et dans son quartier il est Dom (diminutif de Dominique). Là, ce n’est plus seulement l’artisan talentueux, mais le père de famille et le gardien, la nuit.

Avant l’année 2000, Dom travaillait dans une bijouterie. Mais à cause de la crise, il a perdu son emploi et il a décidé de faire des sculptures. Personne ne lui a enseigné à travailler le bois, c’est un don. On lui a dit que son père était menuisier, mais cela n’explique pas vraiment son savoir-faire car il a grandi avec sa grand-mère et n’a pas beaucoup connu son père.
S’il arrive à subvenir aux besoins de sa famille ce n’est pas grâce à l’artisanat, mais à son emploi de gardien. Il nous a expliqué : « Il est très difficile de gérer notre argent, il faut que j’achète du bois pour la sculpture, mais il faut aussi que je paie le loyer, la JIRAMA, les frais scolaires de mon enfant, que j’achète à manger. Si je n’ai pas assez d’argent ce sont les bois qui doivent attendre.» Il ne peut pas toujours garantir qu’il trouvera des acheteurs pour ses sculptures, c’est pour cela qu’il ne peut pas travailler uniquement pour l’artisanat et en vivre même s’il préfère vivre de son talent.

Le problème est que, les revendeurs ne les payent pas à leurs justes valeurs car ils [...] ne comptent pas les travaux intellectuel et manuel, ils ne calculent que les dépenses pour l’achat du bois, les prix des produits.

Paulo trouve que la situation ne cesse de se détériorer, les touristes sont de plus en plus rares alors que ce sont ses principaux clients. « Les Malgaches adorent ce que je fais, mais ce sont seulement celles qui épousent les étrangers qui ont la possibilité d’en acheter ». Un « espadon » d’environ 60 cm coûte à peu près 60 000 Ariary. Ses œuvres sont de très bonne qualité, elles reflètent la patience et le penchant de l’artisan pour la perfection. Il n’hésite pas à s’acquérir de produits de haute qualité pour atteindre l’image qui s’est dessiné dans sa tête d’artiste. Paulo n’est jamais complètement satisfait de ce qu’il fait : « ce sont les clients qui me disent que ce que je fais est bien ou pas assez bien, moi j’ai envie de faire plus, mais je manque de moyens ». Les matériels qu’utilisent Paulo sont en effet très simples : des couteaux, des papiers abrasifs, de la colle... En moyenne une sculpture lui prend une semaine, mais tout dépend de l’image que l’on veut, si c’est assez compliqué, il lui faut au moins deux semaines.

Sculpteur sur bois à Antsiranana
Ce qu’espère Paulo c’est que les clients lui passent des commandes comme avant la crise 2009. « Comme cela je peux faire des économies, acheter plus de produits, plus de matériels, disposer d’assez de matières premières car si on n’a pas tellement de moyens, on n’est obligé de faire de nombreux déplacements pour leurs achats ». En fait le but de Paulo est de se surpasser, d’améliorer la qualité de ses produits.
Il lui est déjà arrivé de penser à revendre ses sculptures, trouver un point de vente. Le problème est que, les revendeurs ne les payent pas à leurs justes valeurs car ils cherchent aussi un bénéfice. Ils ne comptent pas les travaux intellectuel et manuel, ils ne calculent que les dépenses pour l’achat du bois, les prix des produits nécessaires au traitement du bois. Paulo souhaite alors qu’il y ait un point de vente qui puisse tenir compte des besoins des artisans et qu’il existe une centrale d’achat qui leur fournissent les matériels nécessaires, à un prix abordable.
A part ses talents pour travailler le bois, Paulo fait aussi de nombreux objets avec l’écorce de bananier.