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Le camp des Tirailleurs Malgaches de Tanambao
Le camp des Tirailleurs Malgaches de Tanambao

En cette année anniversaire du début de la Grande Guerre, il nous a paru nécessaire d'évoquer les tirailleurs malgaches dont une grande partie furent stationnés à Diego Suarez. C'est même dans le Nord de l'Ile que furent créées les premières unités « indigènes1 »

Des casques noirs aux tirailleurs sakalaves de Diego Suarez

Dès 1883, la France avait mis sur pied, dans le Nord de Madagascar, et sous la direction du capitaine Pennequin, un corps de tirailleurs sakalaves. En fait, ce corps était surtout composé de Comoriens et d'Arabes de Zanzibar. Cette unité, dite des « casques noirs » sera bientôt engagée contre les troupes hovas, dans les opérations au sud de Diego Suarez.Le 31 mars 1885, à la faveur des opérations militaires dans le Nord, Pennequin parvient à former une compagnie de 100 hommes recrutés grâce à la Reine sakalave Binao, qui fournit des hommes et du riz pour les nourrir. Il tente de créer un véritable bataillon indigène mais en est empêché par sa hiérarchie. Binao ayant dénoncé leur accord, Pennequin va se tourner vers le roi antankarana Tsialana, dès octobre 1885, pour recruter sa compagnie. Après le traité du 17 décembre 1885, accordant le Territoire de Diego Suarez à la France, les tirailleurs sakalaves sont affectés à la nouvelle colonie de Diego Suarez et prennent le nom de « Compagnie des tirailleurs sakalaves de Diego Suarez ». Les tirailleurs, recrutés par contrat et payés par la Marine, sont dotés d'uniformes et de fusils Chassepot. Par décret du 8 février 1888, la compagnie de tirailleurs sakalaves est affectée à la défense du poste militaire de Mahatsinjoarivo avec 2 compagnies de disciplinaires, dont l'ensemble formera une garnison de 300 hommes.
Le savant de Kergovatz, qui visite le camp en 1892, nous donne, à cette occasion une vision épique des tirailleurs: « Le fort de Mahatsinzo n'est encore qu'une longue caserne défensive en pierre, entourée d'une forte palissade. Les courtines et les bastions sont tracés, mais on n'a pu encore commencer les terrassements. On attend que le camp des tirailleurs de Diego Suarez, qui, pour le moment, est établi autour de la caserne, ait été transporté aux environs immédiats d'Antsirane. Le capitaine Lamiable, commandant des tirailleurs, voulut bien me faire visiter le camp et m'expliquer par quelles vicissitudes a passé ce malheureux corps indigène. Formé pendant la guerre de Madagascar sous le nom de tirailleurs sakalaves, il rendit les plus grands services et se distingua sous le commandant Pennequin au combat d'Andampy, le 27 août 1885, où soixante tirailleurs, non seulement protégèrent la retraite d'un peloton d'infanterie de marine tombé dans une embuscade, mais encore, immobiles à leur poste, autour du commandant blessé, attendirent sans broncher la charge furieuse de quinze cents Hovas, ne firent feu qu'au commandement et finalement mirent l'ennemi en complète déroute. La paix faite, le gouvernement eût bien voulu conserver ce corps indigène dont la solidité au feu était si bien démontrée, mais, d'un côté, le résident général, M. Le Myre de Villers, craignait d'indisposer les Hovas en ouvrant les rangs de notre armée aux Sakalaves que nous leur avions abandonnés; d'autre part, l'argent manquait, et pendant cinq années tout ce que l'on put obtenir en plus de l'ordre de ne pas laisser la compagnie se dissoudre, fut une somme de 50 centimes par homme et par jour, et le traitement d'un capitaine commandant sans l'assistance d'aucun autre officier ».

Le décret du 3 mai 1892 : les « tirailleurs de Diego Suarez »
Tirailleurs Malgaches  avec leurs épouses
Tirailleurs Malgaches avec leurs épouses

Selon Gallieni, dans son livre La Pacification de Madagascar, la compagnie subsista sous le nom de « tirailleurs sakalaves » jusqu'au mois de mai 1892. Par décret du 30 mai 1892, elle fut dédoublée en deux compagnies et constitua les « tirailleurs de Diego Suarez ». L'abandon du mot « sakalave » tenait au fait que la moitié du corps était composé de Comoriens, le reste étant composé d'Antankaranas, de « Zanzibaristes » (Gallieni) et de Sakalaves du nord-ouest. Toujours d'après Gallieni, « ce décret stipulait que l'effectif pouvait être porté à un bataillon [...] et que le recrutement devait s'opérer parmi les indigènes par voie d'engagements et de rengagements d'une durée fixée uniformément à 3 ans avec prime de 30 francs » (soit environ 125 000 ariary de nos jours). Chaque compagnie de ce bataillon devait comprendre 3 officiers et 7 soldats européens, et 110 sergents, caporaux ou soldats indigènes. Cependant, il semble que le recrutement des tirailleurs n'allait pas de soi et qu'il était nécessaire d'aller les chercher ailleurs que dans la Grande Île. Le Journal Officiel de Diego Suarez du 5 mars 1895 nous apporte une preuve de ces difficultés dans l'entrefilet suivant : « M.Lanzenac, Secrétaire-Général, chargé par décision du 26 novembre 1894 de se rendre aux Comores, en vue de recruter les hommes nécessaires pour parfaire l'effectif réglementaire des Compagnies de tirailleurs de Diego Suarez, étant de retour après avoir accompli sa mission, reprend ses fonctions ». Les fameux « tirailleurs de Diego Suarez » étaient donc surtout recrutés aux Comores !

Le décret du 13 janvier 1895 : les « tirailleurs malgaches »

L'évolution de la situation et l'expédition de Madagascar vont amener de nouveaux changements pour les tirailleurs de Diego Suarez. Le 13 janvier 1895 le bataillon devient « 1er bataillon du régiment malgache ». Régiment qui, d'après Gallieni « pourra être porté à 4 bataillons, et les officiers des compagnies à 16 ». Le recrutement devait se faire par engagement volontaire et les rengagements de 2 ou 3 ans avec prime de 100 francs pour 3 ans (330 000 MGA environ) et de 40 francs pour 2 ans. Par circulaire ministérielle de la Marine du 21 février 1895, ce bataillon, appelé à faire partie du corps expéditionnaire de Madagascar, devint le bataillon malgache du régiment colonial et fut envoyé à Majunga. Dans la foulée, un 2ème bataillon du régiment malgache (dont le recrutement ne fut achevé qu'en 1896) fut formé à Diego Suarez. Il comprenait la 5ème compagnie, avec les éléments laissés à Diego Suarez au départ du 1er bataillon. Les 6ème, 7ème et 8ème compagnies furent formées dans le courant de 1895. Quant à la 7ème compagnie elle fut envoyée à Tamatave.

L'équipement des tirailleurs
C'est encore grâce à M. de Kergovatz que nous connaissons l'uniforme des premiers tirailleurs de Diego Suarez : « C'est grâce à l'énergie, au dévouement, à l'ingéniosité des capitaines qui se sont succédé à la tête de la compagnie, grâce aussi au concours tout patriotique du service local, qui employa ses premières ressources à donner un uniforme aux tirailleurs, que l'on a pu attendre le décret récent organisant deux compagnies de tirailleurs de Diego Suarez, en attendant le bataillon complet. Ils ont fort bon air, ces tirailleurs, sous leur uniforme provisoire ; chéchia, blouse bleue à parements et pattes rouges et pantalon blanc ». L'uniforme évoluera au fil des temps mais des constantes demeureront : la chéchia rouge, le pantalon blanc et les bandes molletières.

Les installations des tirailleurs
Comme nous l'avons vu, les premiers tirailleurs furent affectés au fort de Mahtsinjoarivo dont nous pouvons encore voir la silhouette au-dessus de l'aérodrome d'Arrachart. C'est encore Kergovatz qui nous décrit leurs installations : « Leurs cases couvertes en tôle s'alignent sur deux rangs autour de la place d'armes. Des femmes et des enfants, en grand nombre, animent les rues du camp, car les mœurs du pays exigent que le tirailleur soit autorisé à vivre en famille, et sa ration de riz est calculée pour qu'il puisse le faire sans trop de gêne. Le capitaine commandant dirige comme un patriarche toute cette tribu : il décide des mariages et des divorces, accommode les querelles et pourvoit à l'instruction des enfants, qui s'assoient à l'école à côté de leurs pères. Une école du soir a même été ouverte, et c'est la plus suivie, grâce à une lanterne magique dont les projections servent d'intermède instructif ». Dès 1893, le déménagement annoncé par Kergovatz est réalisé : les tirailleurs vont occuper les beaux bâtiments du quartier militaire et de Tanambao. Le député de Diego Suarez, Henri Mager, écrit dans La science illustrée : « Le développement des casernes de la colonie est considérable ; sur le plateau d'Antsirane ont été construits les quartiers de l'artillerie et les quartiers de l'infanterie, avec, en avant, plus au sud, les casernes des tirailleurs ».
Cependant, comme le dit Kergovatz, les tirailleurs vivent en famille. Les casernes servent aux exercices militaires mais les tirailleurs vivent dans des camps aux installations rudimentaires: simples cases en « falafa » ou, plus tard, en bois sous tôle. Les conditions sanitaires dans lesquelles vivent les tirailleurs ne devaient pas être excellentes si l'on en juge par le taux important de décès dus à la maladie, notamment au beri-beri (maladie provenant d'une mauvaise alimentation) et aux maladies vénériennes. Sous la plume d'Henri Mager, nous pouvons lire, dans La Science Illustrée une évocation émouvante de l'enterrement d'un tirailleur au cimetière de Cap Diego (NDLA : je profite de cette occasion pour déplorer le pillage des tombes de ce cimetière ! NDLR et qu’il n’ai pas été inclu dans le programme de réhabilitation actuellement mené par l’Ambassade de France) : « J'ai eu l'occasion d'assister, il y a quelques jours, à l'enterrement au cimetière du Cap d'un tirailleur mort à l'hôpital de cette maladie, dite le beri-beri, qui est assez fréquente chez les indigènes. C'est sur voie ferrée, presque en chemin de fer, que les morts sont conduits au cimetière par le piquet d'honneur; la plate-forme est trainée par un mulet; le sourd glissement des roues de fer sur les rails, l'immobilité de la plate-forme, la marche lente du convoi, presque à l'aube, donnent à cet enterrement, quelque original qu'il soit, le caractère impressionnant qui convient à ces choses tristes ». 20 ans plus tard, c'est de façon plus violente et plus anonyme que des tirailleurs trouveront la mort... Mais nous verrons cela dans le prochain numéro de La Tribune !
■ Suzanne Reutt

Qu'il me soit permis de saluer ici le travail de mémoire effectué par les élèves des Lycées Français de Madagascar, à travers leur projet : « TIRAERA, La Grande Ile dans la Grande Guerre »

1 Je rappelle ici que le mot indigène n'a pas en français une connotation péjorative: il désigne une personne originaire du pays où elle habite.

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