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Alphonse Mortages, une vie romanesque
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Histoire
Dimanche, 02 Mai 2010 14:04

La vie d’Alphonse Mortages pourrait fournir matière à un roman, et même à un film : il n’y manquerait ni le panache, ni le pittoresque, ni l’action. Mortages, né en 1866 dans le Sud-Ouest de la France, est un personnage hors du commun : par sa taille d’abord : véritablement géant, il possède ce que l’on nomme maintenant une « présence ».Né dans une famille modeste, sans goût pour l’école, il veut très tôt, « être marin » : il le sera. Engagé comme mousse, il va voyager d’abord sur les fabuleux voiliers qui sillonnent encore le monde, puis sur les premiers vapeurs. C’est en tant que garçon de cabine qu’il arrive pour la première fois à Diégo, le 15 avril 1897. Peu de temps après, en 1898, il demande, et obtient, son débarquement dans cette ville où l’attend son destin.


Hôtel des Mines / Hôtel de la Marine

Bâti par Alphonse Mortages, le découvreur des mines d’Andavakoera, dans le style mauresque en vogue sur la Côte d’Azur dans le premier quart du XXème siècle, l’Hôtel des Mines fut le plus bel hôtel de Diégo. En 1925, la Gazette du Nord de Madagascar célébrait son accueil dans une chanson «C’est à l’Hôtel des Mines » Plus tard, Jean d’Esme, dans son récit « L’Ile rouge » évoque ce palace de légende : «Gardant un souvenir tenace de sa première profession..., l’heureux mineur fit construire en ce Diégo-Suarez, aride et inhospitalier aux touristes, un hôtel, mais un hôtel confortable, vaste, coquet, avec son patio intérieur, ses arcades nombreuses, ses chambres larges et aérées, sa longue salle à manger et son billard envahis de fraîcheur, et sa terrasse ouverte sur la grande féérie de la baie. Comme de juste, il l’appela l’hôtel des Mines. » (L’Ile Rouge- 1928) A l’époque où furent publiées ces lignes, Mortages n’était déjà plus propriétaire de son hôtel : il avait dû se résoudre à vendre le bâtiment à la Banque de Madagascar en 1927. Le bâtiment fut ensuite cédé à la Marine Française qui le rétrocéda à la Marine Malgache. Il fut occupé jusqu’au moment où le cyclone Kamisy le rendit inhabitable Objet de nombreux projets de réhabilitation, il termine honteusement son existence dans les décombres et les ordures.

D’abord gérant d’un hôtel, il ne tarde pas à s’installer à son compte, dans un minuscule établissement de la ville basse, puis, en 1899 il s’installe rue Colbert, à l’emplacement où sera construit plus tard, le bel immeuble à colonnades, à côté de l’actuelle BNI.
Après avoir gagné quelque argent en s’installant à Nossi-Be pour fournir la flotte russe qui y fit escale pendant deux mois et demi lors du conflit russojaponais, il perd tout dans le naufrage du petit voilier qu’il avait affreté pour rapatrier son stock de marchandises à Diégo.
Sans le sou, il part alors en brousse pour récolter la sève des arbustes à caoutchouc nombreux dans le Nord de Madagascar . Cependant, ne perdant pas l’espoir de faire fortune, il engage deux prospecteurs à qui il promet une gratification s’ils découvrent de l’or.

Fin 1895, il apprend que ses employés ont trouvé de l’or du côté d’Ambakirano, mais qu’ils sont séquestrés par deux européens .
Se déroule alors, au fond de nulle part (puisqu’aucune route ne mène alors dans cette région), une véritable scène de western : les 2 vazahas le provoquent, le menacent ; lui leur tient tête avec sa winchester. Puis, ayant délimité la zone aurifère où ses deux orpailleurs dès les premiers sondages ont fait une récolte fabuleuse, Mortages se fait attribuer un territoire de 30km de long sur 5 ou 6 de large situé sur la route de Vohémar. Et c’est le début de la grande aventure de l’or du Nord.
L’exploitation commence en 1906, d’abord modestement. Puis, elle passe à la vitesse supérieure dès qu’il découvre le « mamelon miraculeux » d’où il tirera, du quartz aurifère, 80 kilos d’or en deux jours !
C’est la fortune, si soudaine que sa banque à Diégo, le croyant devenu fou, refuse de lui faire parvenir les sommes destinées à payer ses ouvriers de plus en plus nombreux Et puis, c’est la gloire : il descend triomphalement la rue Colbert, en filanjana, encadré par ses charges d’or et applaudi par la foule en délire.
Suzanne Reutt

 

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