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Les fameuses «echelles» d’Ambohimarina - Gravure parue dans l’Illustration en août 1890
Les fameuses «echelles» d’Ambohimarina - Gravure parue dans l’Illustration en août 1890

Entre la fin de 1891 et 1893 les tensions vont se multiplier, à Diego Suarez, entre les français et les malgaches de la forteresse d’Ambohimarina mais aussi, plus largement, entre la France et l’Angleterre engagées dans une rivalité militaire et commerciale dans laquelle Diego Suarez jouera un rôle important

Tensions franco-merina : « l’affaire des échelles»

Sur le plan intérieur, l’intransigeance du gouverneur Froger et le remplacement du vieux gouverneur de la place forte d’Ambohimarina par le gouverneur Ratovelo, moins conciliant que son prédécesseur, allait amener un incident qui fit grand bruit à Madagascar et en France. Ce que l’on a appelé «l’affaire des échelles» fit la «une» des journaux français. Voyons le récit qu’en donne le Gil Blas :
« On sait que la fête du Bain de la Reine est en quelque sorte la fête nationale des hovas et qu’il est d’usage, maintenant, que les fonctionnaires français de Madagascar assistent aux cérémonies auxquelles elle donne lieu.

En conséquence, le 16 novembre dernier, M. Froger reçut une invitation du gouverneur hova du fort d’Ambohimarina, point situé à 28 km d’Antsirane, le chef-lieu de nos établissements de Diego Suarez. Il fut répondu que les autorités françaises se rendraient à Ambohimarina mais qu’au lieu de passer par la route habituelle, qui est très pénible à un endroit escarpé, où une échelle est nécessaire, elles prendraient une autre route, beaucoup plus praticable, et qu’avait découverte quelque temps auparavant un de nos agents, M. Ribe, commissaire de police à Antsirane.
Mais le gouverneur hova, Ratovelo, pour empêcher les français d’utiliser les voies de communication connues des indigènes, avait fait mettre un factionnaire sur cette route, au pied d’un écriteau portant l’inscription "Tsy azo aleha" (défense de passer). Il objecta alors à M. Froger que cette voie était prohibée par la reine ; que les autorités françaises devaient, pour venir à Ambohimarina, prendre le chemin ordinaire. D’ailleurs, ajoutait-il, la nouvelle route était devenue mauvaise à la suite des pluies.
Le 18 novembre, M. Ribe fit une nouvelle reconnaissance du chemin, qu’il trouva intact, par ce motif que la pluie n’avait existé que dans l’imagination inventive de Ratovelo.
Aussi, le 20 novembre, au matin, le gouverneur, madame Froger, le commissaire de police et cinq gendarmes se mettaient en route. A quelque distance du fort, la route était coupée par un large fossé. On avertit Ratovelo : le chef hova répondit qu’il ignorait ce détail et que les autorités françaises pouvaient venir au fort par un autre chemin- un vrai chemin de chèvres.
Dans ces conditions, les fonctionnaires français n’avaient qu’à se retirer et le soir même, ils étaient de retour à Antsirane.»

L’affaire fit grand bruit, aussi bien à Diego Suarez qu’à Tananarive ou à Paris. Froger, qui avait porté plainte auprès du Résident Général, parlant d’une « insulte à la France » fut rarement soutenu. Bompard lui rétorqua que le Gouverneur d’Ambohimarina n’avait pas eu l’intention « d’outrager la France en la personne du Gouverneur de Diego Suarez » et Froger fut blâmé par le Conseil des ministres qui lui reprocha de « ne pas s’être maintenu dans le rôle que ses instructions lui traçaient nettement ».
Mais cette affaire des échelles eut une autre conséquence: elle attisa les tensions entre civils et militaires de Diego Suarez.

Froger contre Puel

Froger voulait sa revanche ; il l’eut d’une certaine façon : quatre jours après l’incident, Ratovelo se rendit à Antsirane pour faire des excuses au Gouverneur. Froger, sans en aviser leur supérieur, convia à l’entrevue les officiers qui l’avaient accompagné à Ambohimarina. Le commandant supérieur des troupes, Puel, furieux de cet abus d’autorité, mit aux arrêts les deux officiers. Froger afficha alors, sur la « grande place d’Antsirane»  un communiqué dont le journaliste de Gil Blas dit qu’il « n’ose pas le reproduire tant il est extravagant » dans lequel il critiquait le commandant, lui ordonnait de partir par le prochain paquebot et le mettait aux arrêts de rigueur. L’affaire provoqua une levée de boucliers, jusqu’à l’Assemblée Nationale, et beaucoup demandèrent alors la révocation de Froger qui avait outrepassé ses fonctions dans cette affaire. Le Journal des débats posa même à nouveau la question du partage des pouvoirs entre civils et militaires dans un territoire que l’on considérait alors surtout au niveau de son importance militaire et qui était « sans avenir colonisateur »!

La tension monte...

Alors que la presse française dans son ensemble fait ses choux gras de l’affrontement entre Froger et le commandant Puel, prenant parti soit pour l’un soit pour l’autre, mais jugeant dans l’ensemble que Froger a outrepassé ses droits, le gouverneur d’Ambohimarina, de son côté, devient moins conciliant avec son homologue de Diego Suarez.
Le 3 mars 1892, le Journal des Débats se fait l’écho de cette tension : « Un nouvel incident s’est produit à Diego Suarez. Ratovelo, gouverneur hova d’Ambohimarina, a prévenu M. Froger, gouverneur de Diego Suarez, que les sentinelles placées sur les routes de l’intérieur, feraient feu sur toutes les personnes qui tenteraient de passer par une autre route que celle d’Antsirane ». Cette agressivité, qui va de pair avec les différends qui s’accumulent entre français et malgaches au niveau national va conduire le gouvernement français à étoffer la garnison de Diego Suarez.
Par décret du 3 mai 1892, une troupe d’infanterie indigène est créée à Diego Suarez. Elle prendra le nom de « Tirailleurs de Diego Suarez ». Cette troupe est formée de deux compagnies de 120 hommes( 10 européens officiers et sous-officiers pris dans l’infanterie de marine, et 110 soldats et caporaux indigènes). La Compagnie de Sakalaves, fondée dès avril 1885 par le Commandant Pennequin, est versée dans la nouvelle troupe. Les soldats sont recrutés par engagements avec primes et toucheront une retraite dans les mêmes conditions que les soldats métropolitains.
Du côté civil, le gouverneur Froger continue sa politique d’expansion, favorisant l’établissement des colons au-delà des frontières délimitées par les accords de 1885, notamment en direction d’Anamakia et de la baie du Courrier, ce qui va provoquer les premières confrontations armées.

Les premiers affrontements
Le Gouverneur Ratovelo, commandant de la place forte d’Ambohimarina
Le Gouverneur Ratovelo, commandant de la place forte d’Ambohimarina

Ils se produisent au début de juillet 1892, si l’on en croit le récit qu’en fait Henri Mager, délégué de Diego Suarez au conseil supérieur des colonies – récit dont on ne peut pas tenir l’objectivité pour certaine !
«Au commencement de juillet, le gouverneur hova d’Ambohimarina, agissant d’après les ordres reçus de Tananarive, organisait une colonne de 100 hommes avec l’intention d’envahir notre territoire. Le 5 juillet, les troupes hovas pénétraient sur notre sol et attaquaient nos premiers villages, s’y établissaient et y organisaient quatre postes. Le 7 juillet, nous reprenions un village et, devant notre attitude, les Hovas repliaient leurs postes. Cet incident montre que les Hovas ne sont ni des amis pour nous, ni des protégés, mais des ennemis toujours en armes. Ils ne veulent pas s’incliner devant le traité de 1885, traité dont ils ont jusqu’ici repoussé la lettre comme l’esprit en dépit de ce qu’on a voulu faire croire à la France.»
Et Mager continue en traduisant des « instructions » saisies sur l’un des chefs hovas faits prisonniers, instructions indiquant, d’après lui, que les hovas doivent refouler les colons établis près de leurs postes et mettre aux fers les traîtres malgaches qui passeraient au service des français; ils doivent également répéter aux populations locales (antankarana et sakalava) que « les Français sont des trompeurs [...] qui les ont lâchement abandonnés ». Mager termine sa communication par l’évocation du danger anglais : « Le Premier Ministre de Tananarive est un homme qui nous hait froidement. [...] le mois dernier, il avait concédé à des Anglais le territoire qu’il comptait nous enlever ».

La partie de dames entre la France et l’Angleterre

En fait, même si Mager noircit le tableau, il appuie là où cela fait mal : en effet, si l’on en croit la presse française, une guerre entre la France et l’Angleterre est tout à fait envisageable à l’époque et, l’acquisition de Diego Suarez aurait pour principal intérêt d’être l’équivalent pour les français de ce que représente le Cap de Bonne Espérance pour les anglais : un point de ravitaillement sur la route de l’Asie et une réserve de troupes en cas de conflit. D’ailleurs, dans la Revue Maritime et coloniale de juillet 1892 on peut lire que « dans le plan de mobilisation de l’armée française, dressé en prévision d’une guerre immédiate, tous les réservistes et toutes les personnes appartenant à l’armée territoriale de l’Inde française, doivent être immédiatement dirigés sur Diego Suarez à Madagascar ». L’intérêt stratégique de Diego Suarez est également redouté par les anglais puisque dans une œuvre d’imagination de l’époque : La dernière guerre navale, l’auteur imagine 3000 soldats français, venant de Diego Suarez et «prenant» l’Ile Maurice appartenant aux anglais !
Mais l’intérêt des Anglais pour l’océan Indien et la zone où se trouve Diego Suarez n’est pas seulement le fruit de l’imagination. Placée sur la vieille route des Indes (dans le cas du blocus du canal de Suez), Diego Suarez pourrait être un emplacement stratégique. Pour se prémunir contre la présence française dans la zone, la Grande-Bretagne, qui a déjà fortifié les Seychelles, s’empare des petites îles qui entourent l’Archipel: Aldabra, Cosmoledo, l’Assomption. Voici la version des évènements donnée par le Figaro du 13 novembre 1892 : « A la suite d’études faites dans la baie de Diego Suarez par nos ingénieurs pour utiliser, au point de vue de la défense de nos colonies, la position que nous occupons au nord de Madagascar, un officier de Maurice fut envoyé à Antsirane. Il constata que la France emmagasinait des armes et des munitions; il en conclut que nous voulions faire la guerre aux malgaches et fit prévenir Rainilaiarivony ».
Ce qui, d’après l’article « ne fut pas inutile à l’Angleterre, car le gouverneur de Maurice ayant prouvé à Londres que nous voulions fortifier Diego Suarez, l’Angleterre décida l’occupation des mauvais rochers de l’Assomption à laquelle nous avons répondu par l’occupation des Iles Glorieuses ». En effet, le 23 août 1892, le capitaine Richard, sur l’ordre du gouvernement a solennellement arboré le drapeau français, salué par les canons du Primauguet « en présence des habitants «parlant tous le français mais ne sachant pas signer » (d’après le procès-verbal) ! Dans ce « jeu » où les deux grandes puissances s’emparent alternativement de territoires pouvant avoir une valeur stratégique sur la route des Indes, si précieuse pour les anglais, la mise en valeur militaire de la rade de Diego Suarez devient une priorité.

Le renforcement de la défense de Diego Suarez

Le renforcement de la défense de Diego Suarez s’inscrit donc dans une conjoncture politique qui dépasse le cadre de Madagascar (la rivalité entre les prétentions coloniales françaises et anglaises) et qui déchaîne les passions à Paris. En effet, alors qu’une partie de la classe politique française et de l’opinion souhaite le renforcement du port de Diego Suarez, une autre faction s’élève contre cette formidable dépense jugée inutile. Si Le monde illustré remarque, admiratif, que « la France s’établit formidablement à Madagascar », la Revue scientifique déclare, en janvier 1892, que « Diego Suarez n’est qu’un port de guerre médiocre » !
Cependant, du côté du gouvernement, si l’on en croit la Revue diplomatique, on s’affaire à étoffer la défense de Diego Suarez : « La France possède, au nord de Madagascar, la superbe baie de Diego Suarez dans laquelle peuvent pénétrer les plus grands navires. Sa position dans l’intérieur des terres la rend imprenable et permettrait à l’occasion à notre Division Navale de l’Océan Indien renforcée de s’y réfugier et de braver les Anglais ou toute flotte ennemie assez audacieuse pour venir l’attaquer. Des ordres confidentiels ont été donnés à plusieurs ingénieurs pour étudier la baie et dresser un plan exact des fortifications et des ouvrages qui pourraient être faits ultérieurement et qui feraient de la ville d’Antsirane et des autres points de la côte un port de guerre et de commerce ».
Parallèlement, le Gouverneur Froger, toujours belliqueux, demande des armes... pour les civils : « M. Froger, justement ému de l’insuffisance de nos effectifs – il n’y a, je crois, à Diego Suarez que deux compagnies d’infanterie de marine – a demandé à Paris qu’on voulût bien mettre à sa disposition un lot d’armes de rebut destinées à être distribuées, en cas de besoin, aux colons européens. Intéressés à défendre leur vie et leurs biens, ils pourraient efficacement, si un conflit survenait, concourir à la défense commune et former comme une réserve appelée à donner toute aisance aux mouvements de notre faible contingent régulier ».
Mais, en dépit des bruits de guerre, la petite colonie de Diego Suarez continue de grandir...
A suivre...
■ S.Reutt

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