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Un circuit touristique à Diego Suarez en ...1910! (1ère partie)
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Histoire
Lundi, 06 Septembre 2010 06:50

Débarquement des voyageurs
Il y a 100 ans, à Diégo, les circuits touristiques existaient déjà !

Diégo-Suarez…Un nom qui fait rêver les amateurs d’aventures et d’exotisme du début du siècle…Suivons donc notre touriste-aventurier-explorateur…

 Le départ de France 

L’aventure commence à Marseille où notre touriste va s’embarquer sur un paquebot des Messageries Maritimes de la ligne Marseille/Réunion. Les départs de Marseille ont lieu tous les deux jeudis. Les voyageurs attendent avec impatience le passage du canal de Suez, même si la chaleur excessive incommode souvent les belles dames en robe longue et grands chapeaux.

Enfin, après quelques escales, notamment à Port-Saïd, voilà  Antsirane, au fond de sa magnifique rade.

Le débarquement :

Dans les années 1905/1910, pas de quai pour le débarquement mais, au flanc du bateau, vont venir s’amarrer des embarcations montées par des Somalis. Il en coûtera, à notre touriste, 0,50 franc par personne pour débarquer, plus 0,50f par colis ou par malle.

Après le passage de la douane, des Arabes s’empareront de ses bagages pour les transporter dans les hôtels de la ville : toujours 0,50 francs pour des bagages de 30 à 60 kg.

L'Hôtel des MinesLes hôtels :

En 1905, le choix est assez réduit : notre touriste pourra descendre à l’Hôtel des Colonies, rue Colbert ; à l’Hôtel de la Poste, rue Flacourt ou encore à l’Hôtel du Piémont et de Provence, rue Flacourt également. Dans ces 3 hôtels, les prix sont identiques : 3 francs le repas, 4 francs la chambre.

Dès 1911, le choix va s’élargir. Plusieurs hôtels s’offrent au voyageur : le Restaurant Colbert, Akazaki, Borella, l’Hôtel Métropole et, enfin, les 2 établissements de luxe : L’Hôtel des Mines et le Terminus – le plus cher- où il faudra débourser 5 francs pour la chambre et 4 francs pour le repas !

A la découverte de la ville…

D’abord, effectuer les formalités nécessaires : tout voyageur arrivant dans la colonie doit, dans les 48 heures, faire une déclaration d’arrivée au commissariat et attester de son identité.

La Rue FlacourtEnfin, le voilà libre de partir à la découverte. Il a bien sûr la possibilité de flâner le long de la rue Colbert, agréablement abrité du soleil et de la pluie par les  terrasses  en avancée sur la rue. Mais, généralement, il utilisera les pousse-pousse, servant au transport des personnes à l’intérieur et aux environs de la ville. Pas de risque de payer trop cher : les tarifs sont réglementés et il lui en coûtera, 0,50f pour une course de 20 mns maximum, 4 fr pour la demi-journée et 7 fr pour la journée entière. De jour, bien sûr, parce que la nuit les tarifs sont doublés.

Les excursions

Notre touriste va d’abord se voir proposer des excursions « faciles » dans les alentours de la ville :

  • La Montagne des Français

Vers 1910, il lui faudra 3 heures pour s’y rendre en passant par la Betahitra. Là-haut, il découvrira l’ancienne caserne des disciplinaires, déjà désaffectée. En 1925, grâce à la bonne route qui a été construite, il pourra s’y rendre en pousse-pousse ou en voiture de louage jusqu’au village des Salines (usine intéressante à visiter). Pour monter au sommet de la montagne, il pourra recruter des porteurs (bourjanes) et s’y faire porter en filanjana. En chemin, il visitera la grotte aux fanihy (chauve-souris) du tunnel des disciplinaires ; enfin arrivé au haut de la falaise, il aura une vue splendide sur la baie des français.

Il pourra ensuite redescendre par les gorges d’Andavakoera (grottes de 30m de profondeur, d’accès difficile mais fort curieuses – se procurer un guide).

  • Windsor Castle

Le plus joli panorama des environs, embrassant à la fois la rade et la Baie du Courrier. Un poste optique en couronne le sommet.

Il faut se rendre en barque à Cap-Diégo et faire les 32 km restant en filanjana dont les porteurs devront être recrutés à Antsirane la veille. Pour cette excursion, il faut emporter des vivres car il n’existe aucun moyen de ravitaillement en cours de route.

  • Cap Diégo

Montagne d'AmbreEn 1925, service quotidien par la chaloupe à vapeur.

Ascension du rocher, escalier et route à travers la forêt calcaire ; vue splendide sur toute la baie, la ville et le massif du cap d’Ambre.

Déjeuner dans la grotte du cap Diégo, au bas du rocher.

Village indigène très pittoresque, jolie plage sur la baie du Sépulcre, ainsi appelée à cause des sépultures malgaches.

Cette excursion peut être faite en une demi-journée.

  • Cap d’Ambre : 40 km

C’est une randonnée de 3 jours, aller et retour, au minimum.

Se rendre en chaloupe à Vatomainty, et, en suivant la côte, aller, soit en filanjana, soit par chaloupe particulière, jusqu’à Ankarafabe. Traverser le grand plateau où l’on rencontre de nombreux troupeaux de bœufs (zébus). Vue de pitons rocheux très curieux.

Au cap d’Ambre, phare. La mer est presque toujours démontée. Spectacle grandiose de l’Océan Indien. Coucher au cap d’Ambre et retour par la côte ouest jusqu’au Cap Diégo.

  • Orangea

Service tous les deux jours par chaloupe. Visite au rocher de Vatomainty et à l’ilôt des Aigrettes. Une fort belle plage va d’Orangea à Ankorika (2 km).

A Orangea se trouvent des grottes curieuses à visiter, à condition de s’assurer un moyen de retour sur Antsirane, la chaloupe desservant Orangea ne s’arrêtant que 10 mns dans cette localité !

A Ankorika, Mme Perciot et, à Orangea, M.Jacquet tiennent chacun une cantine et préparent des repas, sur commande uniquement.

  • Mer des Coraux à marée basse  (notre actuelle Mer d’Emeraude)

La limpidité et la clarté de l’eau sont telles que l’on distingue les moindres détails du fond ; il semble que tous les objets sont vus à travers un fin cristal. C’est un splendide aquarium, un paysage féerique…

Les excursions plus « lointaines »

  • Sakaramy  et le Camp d’Ambre

Le touriste qui désire se rendre au Camp d’Ambre (devenu plus tard Joffreville) devra emprunter la « Postale », petit Decauville de 23 km de long appartenant aux services militaires. Ce tramway sur rails ne fonctionne que les lundi, mardi, jeudi et samedi.

En voici l’horaire :

Aller  Retour
Antsirane : 7h  Camp d’Ambre : 6h
Fontaine : 8h10 à 8h15 Sakaramy : 7h25 à 7h30
Sakaramy : 9h50 à 9h55 Fontaine : 8h10 à 8h15
Camp d’Ambre : 11h30   Antsirane : 9h


La PostaleLe samedi seulement il y a un retour supplémentaire à 3 heures du soir, ce qui permet de faire l’aller-retour dans la journée.

Le rail s’arrête au Sakaramy ; on continue jusqu’au Camp d’Ambre en voiture attelée. Le prix du voyage d’Antsirane au Camp d’Ambre est de 7 francs pour les civils et de 5 francs pour les militaires.

Au Sakaramy il y a le restaurant Lauga ; au Camp d’Ambre il y a le restaurant Borriès.

Vers 1920, le Camp d’Ambre est plus accessible. La route actuelle, reliant la route des Placers (route d’Ambilobe) à Sakaramy ayant été construite. On peut donc se rendre au Camp d’Ambre en automobile.

Le camp de Sakaramy et le village indigène du même nom se trouvent sur la route d’Ambre à 800m d’altitude. Belle forêt tropicale, chemins et sentiers très accessibles, gorges, pêche à la ligne dans le Sakaramy, visite du cratère du lac Mahery (à 3 km)

Au Camp d’Ambre : Joffreville, situé à 1200m d’altitude, au pied du Pic Badens (1300m) est une jolie petite ville qui rappelle les villages de certaines provinces montagneuses de France. A côté de luxueuses villas particulières, il y a nombre de maisons confortables à louer, un hôtel-restaurant.

Le séjour y est des plus agréables… Magnifique forêt tropicale avec lacs, cascades, chemins très praticables à pied ou en pousse-pousse.

Visiter la grande cascade à 12 km ; le petit lac et la cascade des Roussettes à 10 km ; le chemin Landais, la route d’Antongombato, celle d’Ambahivahibe.

C’est de la montagne d’Ambre que proviennent les fruits présentés au marché. Climat excellent, cure d’air merveilleuse ; séjour très recommandé.

Le service des autobus permet d’accomplir le voyage, aller et retour en une journée ; mais on aura avantage à prolonger le séjour.

S. Reutt

1)   Ces renseignements sont fournis par les très complets « Annuaires Généraux du Gouvernement de Madagascar »

2) Pour avoir une idée des prix, il faut savoir qu’un franc de 1911 valait environ 2 euros, c'est-à-dire que le repas valait en moyenne l’équivalent de 6 euros et la chambre celui de 8 euros. L’Annuaire précise que « la vie est chère à Diégo » !

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