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Maison de la famille Trovalet, colon installé près de l’actuel Joffreville qui s’enfuit avec sa femme à l’approche des voleurs
Maison de la famille Trovalet, colon installé près de l’actuel Joffreville qui s’enfuit avec sa femme à l’approche des voleurs

Dans une ville où l’ordre est assuré non seulement par les militaires mais encore par la police nationale et la police municipale, sans parler de la gendarmerie, on pourrait s’attendre à ce que règne une parfaite sécurité. Pourtant, en 1902 et 1903, la région est bouleversée par une série d’attaques et d’assassinats

Une série de crimes et d’agressions

Elle commence, dans la nuit du 28 au 29 aout 1902 par l’assassinat du couple Pech et d’un agent de police. Le journal officiel du 11 septembre nous en donne le récit : « Dans la nuit du 28 au 29 aout, M.Pech, surveillant de la prise d’eau de Diego Suarez, sa femme, originaire de La Réunion, et un agent de police indigène, ont été assassinés à coups de couteau, non loin de la ville, à Antanamitarano. Le vol paraît être le mobile du crime, la maison habitée par M.Pech ayant été fouillée de fond en comble. Les auteurs présumés de cet assassinat sont tous détenus de la prison civile en corvée à cet endroit pour le nettoyage du réservoir d’eau et ont pris la fuite. La nouvelle de cet évènement a été apportée à Antsirane par un quatrième détenu faisant partie de la corvée, blessé lui-même de plusieurs coups de couteau. » Immédiatement, la rumeur se répand selon laquelle les cadavres auraient été mutilés, ce qui sera démenti par les autorités. Dans la nuit du 4 au 5 février 1903, c’est un couple de débitants de boissons de Mahagaga, les Humbert, qui est attaqué. Le mari et la femme sont grièvement blessés. Puis, le 10mars, c’est Trovalet, colon installé près de l’actuel Joffreville qui s’enfuit avec sa femme à l’approche des voleurs. Le 19 mars, toujours à proximité du Camp d’Ambre, le colon Gabriel et son beau-frère Lallemand sont blessés (Lallemand décèdera peu après). Puis, à Anamakia, ce sont deux indiens qui sont attaqués : l’un sera blessé, l’autre décèdera. Par ailleurs plusieurs villages de la région sont attaqués par des voleurs de bœufs. Le député de La Réunion, Louis Brunet, dénonce l’insécurité à Diego Suarez dans une lettre adressée au ministre Doumergue reproduite dans le journal Le Madagascar :
« Monsieur le ministre et cher collègue,
Les lettres qui me parviennent de Diego Suarez, et les renseignements fournis par les personnes qui en arrivent, établissent que les colons y sont de la part des indigènes victimes de nombreuses agressions.
Il est, évident que M. le Gouverneur général et vous-même, M. le ministre et cher collègue, n’avez pas connaissance de ce qui se passe, car il semble impossible d’expliquer autrement l’impunité dont jouissent les coupables.
Depuis le mois de mars dernier, la province de Diego Suarez a eu à enregistrer :
1° L’assassinat des époux Pech, gardiens de la prise d’eau de Diego Suarez : les malfaiteurs outragèrent odieusement les cadavres de ces infortunés ;
2° M. Humbert, débitant de boissons de Mahagaga près d’Ambohimarina, eut sa maison attaquée et prise d’assaut par une troupe d’indigènes affiliés et ne put échapper à ses assaillants que grâce à une défense énergique ;
3° Les brigands, restés impunis, ne tardèrent pas à renouveler leurs attaques contre M. Trovalet, colon à la montagne d’Ambre, qui dut abandonner sa ferme au pillage pour échapper à une mort certaine ;
4°Les mêmes attaques et les mêmes vols devaient se répéter peu de temps après au préjudice de MM. Mogenet, Poirier, Lepeygneux et François, colons, à qui des troupeaux entiers de bœufs furent enlevés.
Je dois vous entretenir encore, Monsieur le ministre et cher collègue, de l’attentat dirigé contre la famille Gabriel : M. Gabriel, sa femme et son beau-frère, M. Lallemand, furent assaillis il y a quelques mois à peine, dans leur ferme et frappés à coup de fusils et de sagaies.
Grièvement blessés, les victimes furent transportées à l’hôpital de Diego Suarez où le jeune Lallemand mourut des suites de ses blessures. »

Ces faits auraient pu être évités, si les pouvoirs publics avaient assuré comme c’était, leur devoir, la sécurité des colons.
A quel mobile obéissent, les indigènes ?
Y a-t-il chez eux un sentiment de révolte et d’exaspération pouvant s’expliquer à la rigueur par les mauvais traitements qu’ils auraient subis de la part de ceux ; qui sont appelés à les protéger ? Je l’ignore. Mais vous comprenez que la situation actuelle ne peut durer. Je réclame de votre justice, Monsieur le ministre et cher collègue, une enquête complète, qui puisse vous éclairer ainsi que l’opinion publique et le Parlement, devant qui il ne serait pas impossible que la question fût portée en définitive par ceux qui s’intéressent à l’avenir de nos colonies et au sort des colons.
Veuillez agréer, etc.. »

Les réactions des pouvoirs publics

Dans la suite de sa lettre, Brunet déplore l’inertie des autorités. Et, en effet, lorsqu’on lit les journaux de l’époque relatant les « faits divers » il semble que la gendarmerie ait d’autres priorités que la sécurité des colons : la plupart des faits relatés ont trait à des infractions mineures : « la gendarmerie de Diego Suarez a dressé procès-verbal contre la dénommée Besnard, débitante, pour fermeture tardive de son établissement » ; « la gendarmerie de Diego Suarez a procédé à l’arrestation des nommés Floumont et Botomena pour dettes envers l’Etat » …et tout à l’avenant. D’ailleurs la lecture du rapport du commandant militaire de Diego Suarez à propos de la sécurité laisse songeur : « La situation politique du territoire est satisfaisante. L’état d’esprit des indigènes est bon. A l’occasion des recherches qui ont été effectuées en vue de retrouver les auteurs des attentats criminels qui ont été commis chez MM.Trovalet et Gabriel et dans quelques villages indigènes, la plupart des chefs et la population elle-même ont fourni des renseignements exacts et prêté au commandant du territoire un concours décidé ». La suite du rapport relève de l’humour noir : « Ces incidents, qui ne revêtent pas un caractère particulier de gravité (qu’est-ce qu’il lui faut !), ainsi que la tentative de meurtre commise, en janvier, sur les époux Humbert à Mahagaga, par trois individus restés inconnus, et qui est attribuée à la vengeance, n’intéressent pas la situation politique du territoire. Ils aboutiront au renvoi des indigènes qui y sont impliqués devant la cour criminelle pour les auteurs des attentats commis contre les fermes Trovalet et Gabriel, devant le tribunal indigène pour les auteurs des attentats dirigés contre les villages indigènes ».
Le général Joffre, plus préoccupé par ses travaux militaires que par la sécurité des civils, précisera dans son rapport au Gouverneur général du 3 avril 1903 que ces attaques « n’ont revêtu un caractère de gravité que par leur simultanéité. »

Les coupables

Si tous les coupables n’ont pas été arrêtés, les autorités ciblent surtout les étrangers à la région, notamment les immigrants du Sud-Est, appelés d’une façon générale Antaimoro, et qui ont établi des campements dans la forêt d’Ambre. Pour le commandant du Camp d’Ambre, il s’agit d’une bande qui s’est échappée vers Vohemar à travers la forêt. Mais, de toutes façons, la situation est claire pour les pouvoirs publics, comme l’exprime le Général Gallieni : « le Nord a toujours été un pays de voleurs de bœufs. » Mais il ne s’agit pas ici que de vols de bœufs… Quels sont donc les mobiles de ces agressions ? Le vol, sans doute, puisque toutes les habitations attaquées ont été pillées. C’est la version des colons qui incriminent la paresse, l’oisiveté et le goût de la rapine des malgaches. C’est l’avis aussi du successeur de Joffre qui écrit, en août 1903 : « les populations du territoire de Diego Suarez sont composées en grande partie de nomades habitués à vivre de pillage et principalement à voler les bœufs ». Mais une enquête plus approfondie et plus impartiale, menée en août 1903 par le capitaine Claustre va mettre au jour d’autres mobiles. En fait, la vengeance semble être le mobile principal des agressions perpétrées sur les colons. C’est ce que déclare Didelot, Procureur de la République au capitaine Claustre : « Pourquoi les Humbert ont-ils été attaqués ? Oh, parce qu’ils pressuraient les malgaches, tout simplement. Ce renseignement, je ne l’ai pas eu officiellement, je n’ai trouvé personne à Mahagaga qui ait osé me faire cette déclaration pour que je puisse l’écrire et la faire signer. Mais tout Mahagaga, "entre quat’z yeux" vous le certifiera. » En fait Humbert, qui était à la tête d’une concession de 67 hectares non exploitée, faisait entrer les bœufs des Malgaches dans sa propriété et faisait payer leurs propriétaires qui venaient les récupérer. Même cause pour Trovalet dont les agresseurs, des Antaimoro, étaient d’anciens employés. Il s’agissait d’individus dangereux que Trovalet avait engagés parce qu’il pouvait les utiliser sans les payer…ce qui semblait être son habitude et lui avait valu de nombreuses plaintes auprès du Procureur et du commandant du Camp d’Ambre.
Chez les Gabriel, dont le beau-frère, Lallemand avait été mortellement blessé, le coupable était également un employé. Lallemand, employé sur la concession Franco-Antankarana d’Antongombato, était surveillant à l’usine chargé de renvoyer les travailleurs qui ne fournissaient pas le dur travail exigé. Aussi, le procureur Didelot, prédit-il de nouvelles agressions, notamment contre les dirigeants d’Antongombato « parce que ces gens brutalisent et ne paient pas leurs employés qui finiront par s’exaspérer…s’ils n’ont pas encore été attaqués, c’est parce qu’ils sont forts et bien armés ».

Campement d'Antaimoros à Diego Suarez
Campement d'Antaimoros à Diego Suarez
Les causes de la vague de criminalité

En fait, si certaines des agressions ont pour mobile le vol (cas des époux Pech ou des Indiens d’Anamakia) ou le « fahavalisme », le banditisme traditionnel des voleurs de bœufs qui pillent les villages, une autre forme de criminalité traduit le conflit entre colons – la plupart du temps réunionnais – et malgaches sous-payés (souvent parce que le colon qui les employait n’était guère plus riche qu’eux !) et parfois maltraités. La plupart des colons agressés en 1903 finiront comme « assistés » : les Humbert sont hébergés d’abord à l’hôpital puis à l’hôtel jusqu’à ce que l’on donne à Humbert un emploi de complaisance ; les Gabriel obtiendront une aide sous forme de bons de comestibles et de tissus. Quant à Trovalet, dont la maison a été réhabilitée par l’armée, il demande la somme de 6000 francs d’aide sans condition et finira dans la plus totale misère. Cette vague d’insécurité mettra en évidence les contradictions nombreuses, dans un territoire trop vite développé, entre Métropolitains et Réunionnais (le colon métropolitain Mogenet s’en prend aux Créoles qui « font preuve d’une arrogance singulière à l’égard des Malgaches…se laissant aller à affirmer par des coups leur supériorité relative ») ; entre Créoles et Malgaches qu’ils « renvoient sous le moindre prétexte avec des injures et des mauvais traitements pour tout salaire » (Gallieni) ; entre l’Armée qui a engagé pour ses travaux tous les migrants avant de les rejeter à la fin des travaux et les colons qui n’ont pas les moyens de payer une main d’œuvre trop rare donc trop chère. En fait, ce « cosmopolitisme » dont s’étaient enorgueilli le territoire de Diego Suarez n’avait pas encore, en 1903, atteint un niveau de compréhension suffisant pour que le « vivre ensemble » (pour employer une expression à la mode !) donne lieu à une cohabitation sereine.
■ Suzanne Reutt Une grande partie des données de cet article est empruntée à la communication « Insécurité, banditisme et criminalité dans le Nord de Madagascar au début du XXe siècle » de Jean Fremigacci

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