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Un voilier charbonnier à Nosy Be
Un voilier charbonnier à Nosy Be

Cette longue escale à Nosy Be commence à démoraliser complètement les équipages qui ne savent pas ce que l’on attend…et ce qui les attend !

Qu’est ce que l’on attend ?

Pour les marins, l’escale de Nosy Be devait permettre à la flotte russe de s’approvisionner en charbon. Assez rapidement, les bâtiments furent complètement ravitaillés. Mais un incident se produisit : alors qu’il était convenu que les bâtiments « charbonniers » allemands de la Hamburg Amerika Linie devaient accompagner l’escadre dans la suite de son périple, ces derniers refusèrent d’aller plus loin sous le prétexte que, le faisant, ils violeraient leur obligation de neutralité. C’est seulement en février que le litige fut résolu après de longues tractations entre le Ministère de la Marine russe et la Hamburg Amerika Linie. Mais ce problème n’était pas la véritable raison du long stationnement de la flotte russe dans la rade de Nosy Be. Le Ministère de la Marine s’étant avisé que l’escadre aurait besoin de renfort, avait décidé d’envoyer une troisième division sous le commandement de l’Amiral Nebogatov. L’Amiral Rojestvenski dut donc attendre l’arrivée de ce dernier détachement. Ce qui le rendit fou de rage : « Il entra aussitôt dans une telle colère qu’il brisa un fauteuil de son salon. Pendant quelques jours, aucun membre de son état-major ne vint lui présenter un rapport, considérant que franchir le seuil de l’appartement de l’amiral quand il était de cette humeur serait aussi dangereux que d’entrer dans la cage d’un tigre » (Novikov-Priboï). L’escadre resta donc à Nosy Be et Rodjestvenski en profita pour multiplier les exercices destinés à entraîner des équipages peu performants.

Une escadre tout sauf opérationnelle

L’Amiral Rojestvensky, pour essayer de rétablir un minimum de discipline et pour entraîner ses marins dont il a pu constater le manque de professionnalisme, accable ses hommes de travail : « L’embarquement du charbon et des vivres, les exercices de combat et d’attaques nocturnes, les exercices de débarquement, le grattage de la coque qu’il fallait débarrasser des algues et des moules, se suivaient sans interruption et ne nous laissaient pas un moment de répit de jour ou de nuit…Nous n’avions jamais une nuit complète de repos » (N-P). Mais malgré ces exercices et ces travaux de maintenance tous les marins ont l’intime conviction qu’ils « ne feront pas le poids » en face des japonais ! En effet, les exercices nombreux mettent en évidence l’incompétence des marins russes : « Nos canonniers n’étaient pas entraînés et connaissaient mal le maniement des appareils de réglage […] J’ai entendu moi-même sur l’Orel deux canonniers, chargés de déterminer la distance à un même but, donner deux chiffres totalement différents ». La tension nerveuse des marins n’arrangeait rien : « Les servants étaient très nerveux. L’un d’eux par exemple prit quarante minutes pour viser sans jamais arriver à un résultat » !

Lors d’un exercice de toute une journée, une cible servit de but à tous les canons de l’escadre (y compris aux mitrailleuses) : à la fin de l’exercice, lorsqu’on hissa la cible sur le pont « elle ne portait pas même une éraflure » !

Toute l’escadre se montre incapable de tirer et de manœuvrer. Lors d’un exercice de toute une journée, une cible servit de but à tous les canons de l’escadre (y compris aux mitrailleuses) : à la fin de l’exercice, lorsqu’on hissa la cible sur le pont « elle ne portait pas même une éraflure » ! D’ailleurs, l’amiral Rojestvensky en a douloureusement conscience comme en témoigne son ordre du jour n°42 : « Le levage d’ancre a duré presque une heure parce que le cabestan du Souvarov, couvert de boue et de rouille, ne fonctionnait pas. Une heure même n’a pas suffi à dix navires pour prendre leur place… » Et il conclut, désabusé : « Si pendant quatre mois de navigation en commun, nous n’avons pu apprendre à agir en accord, il est douteux que nous puissions l’apprendre à présent pour le jour que Dieu a fixé pour notre rencontre avec l’ennemi. »

L’angoisse d’une mort annoncée

Ce pessimisme est partagé par tous de l’amiral au dernier marin : « Personne ne doutait du sort qui nous était réservé » dit Novikov-Priboï. Et l’ingénieur Polinovski : « En l’état actuel des choses, la guerre peut être considérée comme perdue ». D’autant plus que les journaux rapportent que le Japon continue à s’armer et à s’approvisionner auprès des grandes puissances… Que pèse la 2e escadre de Rojestvensky à côté de la flotte japonaise que l’on dit deux fois plus forte ? Pour l’ingénieur Polinovski, il n’y a aucun doute : le Japon, bien approvisionné, mieux armé, mieux dirigé, ne fera qu’une bouchée des troupes russes mal nourries, peu armées, démoralisées par les nouvelles de Russie et celles de Port-Arthur.

Alors, que faire ?

« Ce long séjour à Nosy Be commençait à démoraliser l’escadre. Le sort sans espoir qui nous était réservé tuait dans l’esprit des officiers et de l’équipage tout intérêt pour le service. » Le seul espoir des marins est que la flotte fasse demi-tour : « Il est inutile pour la flotte d’aller sur Vladivostock » (Politovski), base dont on attend à chaque minute qu’elle soit prise par les Japonais. Mais en Russie les choses ne vont pas mieux : dans les journaux russes que leur apportent les premiers bateaux de la 3e division qui ont rejoint l’escadre à Nosy Be, les marins apprennent les premières révoltes et les sanglantes répressions qui ensanglantent leur pays « tandis qu’à Saint-Pétersbourg, le gouvernement tsariste mitraillait les ouvriers, l’agence Reuter envoyait des nouvelles graves du front d’Extrême-Orient ». Les nouvelles qui arrivent à la fin du séjour à Nosy Be de l’escadre russe ne sont pas faites pour redonner aux hommes un peu de courage : « Nous avons eu des nouvelles selon lesquelles Moukden a été pris par les Japonais, que la route, sur le flanc de l’armée a été coupée, que nous avons perdu 50 000 tués et blessés et 50 000 prisonniers » (Polinovski). Et Novikov-Priboî : « Après un combat de plusieurs jours, abandonnant Moukden, nous nous retirions en désordre vers le nord. Nos pertes étaient terrifiantes…» Pour Polinovski « Nous devons nous attendre à chaque minute à apprendre que Vladivostock est soit assiégée soit prise. Il est inutile pour la flotte d’y aller » et il prédit : « Vladivostock sera un deuxième Port Arthur. » C’est dans cet état d’esprit que les marins de l’escadre russe apprirent qu’ils allaient quitter Nosy Be sans attendre l’escadre de Nebogatov, ce qui étonne tous les officiers : pourquoi Rodgestvenski prend-il le risque de diviser la flotte ?
Dès le 14 mars (1er mars du calendrier russe), Polinovski raconte que les préparatifs du départ ont commencé, mais il faut attendre l’arrivée du Regina qui doit apporter du ravitaillement. On espère encore que le Regina apportera des nouvelles, surtout celles du retour en Russie. En effet, dit Polinovski, pourquoi dépenser de l’argent pour rien en envoyant la 3e flotte de Nebogatov qui doit les rejoindre, constituée de vieux bateaux dont Rodgestvenski n’avait pas voulu au départ ? Cependant, d’après Novikov-Priboï, « Bien que personne n’attendît grand-chose de la troisième escadre, on désirait cependant qu’elle fût près de nous ».
Le 15 mars, le vapeur Regina apporte des galettes, du beurre, du thé, de la viande salée et des pièces de rechange pour les navires. Et la nouvelle du départ vers la mer de Chine est confirmée. Le 16 mars, l’ordre est donné de préparer les bateaux pour un départ à midi.

Une journée de folie

Dès le matin, les russes se bousculent à la poste pour poster leurs lettres et leurs objets de valeur destinés à leurs familles en Russie. Mortages en a gardé un souvenir précis : « Pendant deux jours, du quatorze au seize, la poste de Nosy Be fut littéralement envahie. L’avis de presque tous les officiers était qu’ils couraient à un désastre. La poste reçut dans cette tragique circonstance une très grande quantité de paquets recommandés, c’étaient des objets précieux personnels, souvenirs de famille, qu’ils renvoyaient chez eux. » (Admirons au passage la grande honnêteté des postiers de Nosy Be qui acheminèrent imperturbablement des colis de valeur dont ils savaient que personne ne viendrait leur demander compte !) D’autant plus que dans le désordre et l’affluence, les postiers n’avaient plus le temps de rédiger les papiers de l’expédition et donc, comme le raconte Polinovski tout était « jeté directement dans la boîte aux lettres, qui était instantanément remplie et devait être constamment vidée ». Polinovski, impatient, était passé par derrière la poste et arrivé à la salle de tri il avait pu « décider un malgache de prendre les miennes » (de lettres) et il n’avait pas eu le temps d’attendre un reçu ! Et les postiers leur demandaient : « Vous partez aujourd’hui ou demain ? Est-ce que vous allez directement en Russie en partant d’ici ? ». D’ailleurs toute la ville était sens dessus-dessous, et les quais semblaient agités d’un vent de folie : « Il est difficile d’imaginer ce qui se passait ce matin sur le quai. Tout était complètement couvert de marchandises et de provisions. Des charrettes à bœufs apportaient constamment des charges. Tous se hâtaient vers les bateaux et avaient hâte d’en finir ». Il faut dire que la totalité du chargement du Regina avait dû être déchargée et transférée sur les navires de l’escadre en 24 heures ! L’état d’esprit des marins était partagé : ils savaient qu’ils partaient pour ne plus jamais revenir ; ils venaient de recevoir des nouvelles de la bataille de Moukden et des hallucinantes pertes russes en hommes et en matériel. Mais ils étaient soulagés de voir la fin de ces deux mois et demi d’incertitudes et d’angoisses. Cependant, ils étaient rares à se bercer d’illusions : « si on ne nous renvoyait pas immédiatement en Russie, nous ne continuerions à avancer que pour terminer par notre propre perte cette tragique épopée qui se déroulait en Extrême-Orient » (Novikov-Priboï).

Le départ

Le seize mars, à une heure de l’après-midi, les bateaux commencèrent à lever l’ancre « pour ne plus jamais revenir dans ces lieux » nous dit Novikov. Puis, « pendant deux heures, elle se disposa en ordre de croisière. Le soleil était chaud. Deux torpilleurs français éclatant de blancheur, ayant hissé les signaux de "bon voyage" nous accompagnèrent pendant quelque temps. Sur le Souvarov, les cuivres jouaient la Marseillaise en l’honneur de la France. Les indigènes, sur leur pirogue, saluaient l’escadre pour la dernière fois. »
« Notre cœur se glaçait » dit Novikov. Cette émotion est partagée par la population de Nosy Be si l’on en croît Mortages : « Le défilé de cette flotte fut majestueux, impeccable ; le coup d’œil en valait la peine car il faisait très beau temps calme plat. Tout Nosy Be était sur le port et sur les hauteurs d’où l’on pouvait la voir défiler jusqu’à ce qu’elle fut perdue de vue, et c’est avec un gros serrement de cœur et de tristesse qu’on la vit disparaître. »
Tous, malgaches, français, russes savaient que cette flotte ne reviendrait pas. Malgré le beau soleil, malgré la musique, « quelle angoisse mortelle se reflétait dans tous les regards. Devant nous, sous le ciel torride, s’étendait l’Océan majestueux et étincelant, cette route splendide qui devait nous conduire à la fosse commune » (Novikov-Priboï).
(A suivre…)
■ Suzanne Reutt

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