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La route des différentes escadres Russes avant la bataille de Tsushima en 1905
La route des différentes escadres Russes avant la bataille de Tsushima en 1905

Les Russes quittent Nossi Be, le 16 mars après deux mois et demi d’escale : fatigués, démoralisés, conscients de la faiblesse de leur escadre, ils savent qu’ils vont à la mort. Leur pressentiment se trouvera justifié par l’abominable désastre de la bataille navale de Tsoushima, qui verra la destruction quasi-complète de la marine russe.

Bilan des deux mois et demi d’escale à Nosy Be

La longue escale de Nosy Be, dont beaucoup de marins ne voient pas l’intérêt, n’a pas permis de rendre plus opérationnelle l’escadre russe : ces deux mois et demi, malgré les exercices intensifs et quotidiens, n’ont pas suffit à transformer en militaires des équipages non aguerris et très peu formés.
Le capitaine de frégate Klado qui a écrit immédiatement après les évènements un livre sévère pour l’Etat-major de la marine russe La bataille de Tsoushima, déplore ainsi « l ‘inhabileté et le manque d’expérience » des marins de l’escadre. Inefficacité dont il rend responsable le mépris de l’état-major russe vis-à-vis de ces « humbles marins qui quittèrent la Baltique presque sans instruction » …et qu’on ne prit pas la peine d’instruire ! C’est également le constat de Mortages qui note dans ses Mémoires : « Partis précipitamment de Cronstadt et de Libau (port de la Baltique et non du Liban comme l’écrit Mortages …ou son éditeur ! NDLA), les équipages embarqués sur ces unités étaient de composition hétéroclite et, pour compléter la carence des marins de carrière, le complément avait été continuellement en exercices et prenait la mer deux fois par semaine pour faire les exercices d’évolution et des tirs en mer. Le cuirassé Borodino, vaisseau tout neuf sortant des chantiers, avait encore des ouvriers de l’arsenal de Cronstadt ; cela donne une idée de l’état de navigabilité de toutes ces unités… » En revanche, l’escale de Nosy Be permit à la flotte de charger des quantités énormes de charbon (le « charbonnage » semblait être devenu une idée fixe chez l’Amiral Rojestvenski !), abondantes et lourdes provisions qui eurent un effet néfaste sur la maniabilité des navires durant la bataille !
Du côté français, l’escale de la flotte russe fut moins rentable que ne l’avaient espéré les commerçants qui avaient afflué à l’arrivée de l’escadre. Mortages, note tout de même que, de son côté, il n’avait pas eu à se plaindre : malheureusement, ses gains furent engloutis, à son retour, dans le naufrage de son bateau qui ramenait les denrées qu’il comptait vendre à Diego Suarez.
Décidément, un sort funeste semblait accompagner la marine russe et ceux qui traitaient avec elle ! Quoiqu’il en soit, et malgré l’irritation qu’avait entretenue chez Rojestvenski, ces deux mois à attendre des ordres, l’Amiral témoigna sa gratitude à la France qui lui avait offert l’hospitalité en lui offrant un magnifique centre de table ; énorme composition en argent massif qui a trôné longtemps à l’entrée de la salle à manger de la Résidence de l’Ambassadeur de France à Ivandry1. Le 16 mars, la flotte leva l’ancre. Elle n’avait pas été rejointe par la totalité de l’escadre de l’Amiral Nebogatov que les marins attendaient avec impatience : non pas parce qu’ils en espéraient un grand renfort (les bâtiments de l’escadre Nebogatov avaient été surnommés « coule-tout-seul » par les marins) mais l’arrivée de leurs camarades représentait un certain réconfort moral.

Une traversée pénible

Il fallut vingt jours à l’escadre russe pour traverser l’Océan Indien. Dès le début du voyage, un matelot se jeta à la mer et cet acte fut répété, les jours suivants par d’autres marins : actes désespérés et inexplicables. Comme le pense Novikov-Priboï : « Est-ce la peur de la mort qui les poussait à se tuer ? ». Opinion surprenante et que partage toutefois notre autre « chroniqueur », l’ingénieur Politovski : « Hier un marin du Kiev s’est jeté à la mer et s’est noyé […] Avait-il peur d’être tué ? […] j’ai entendu dire qu’il y a des cas où les hommes, craignant d’être tués dans l’action, se suicident. ». En tous cas, ces actions en disent long sur l’état d’esprit des équipages ! L’ordinaire de la navigation se résume à charger du charbon, en pleine mer, ce qui est un travail épuisant et dangereux. Les marins, uniformes déchirés, pieds enveloppés de chiffons, la tête couverte de torchons chargeaient le combustible dans un brouillard noir qui recouvrait tous les navires « Ils ressemblaient plutôt à des débardeurs qu’aux matelots de la marine impériale » (N-P). On racontait que l’Amiral, dans son sommeil, s’écriait parfois « Charbon ! Charbon ! Je vous ordonne de charger encore ! » Autre obsession du commandement : les bateaux espions japonais. Dès que l’escadre rencontre d’autres bâtiments, on redouble de précautions : Politovski : « Comment empêcher un croiseur rapide, sans lumières de nous approcher, déterminer notre position et disparaître ? » On redouble d’attention aux approches des terres et des bruits inquiétants courent : « Il y a des rumeurs, selon lesquelles les navires japonais sont stationnés à l’archipel des Chagos, qui appartient à l’Angleterre ». Et Novikov-Privoï : « Tandis que nous côtoyions l’île de Sumatra, nous continuions à recevoir des nouvelles alarmantes de nos croiseurs, qui voyaient partout des navires ennemis ». Près de Singapour, l’escadre a la visite du consul de Russie à Singapour qui communique l’information (qui s’avèrera infondée) selon laquelle « La flotte japonaise est au nord de Borneo ». L’escadre se prépare donc au combat… mais les japonais restent invisibles ! Enfin, en dehors de l’angoisse et de la paranoïa, il y a le problème, plus concret, des pannes incessantes sur l’un ou l’autre des bateaux de l’escadre : l’ingénieur Politovski doit aller sans cesse de l’un à l’autre, dans une mer parfois démontée qui rend l’accostage des chaloupes extrêmement dangereux. Tout ceci entretient une énorme tension qui démoralise et énerve toute la flotte. Et entraîne de nombreuses mutineries, dues, le plus souvent à la mauvaise qualité de la nourriture. La plus importante se produisit sur l’Orel, le 29 avril. Et fut motivée, comme d’habitude par la fourniture de viande avariée. « Les matelots commencèrent à maugréer : « On va nous donner de la charogne pour le premier jour de Pâques ». Un des matelots ayant été mis au cachot, cette arrestation mit de l’huile sur le feu et les choses se gâtèrent. Il fallut l’intervention apaisante du capitaine pour calmer les 900 matelots révoltés. Mais l’Amiral Rojetsvensky entra dans une rage démente : « Je n’admets pas de trahison. Un bâtiment honteux. Je le ferai bombarder par toute l’escadre et le ferai couler sur place ! » Finalement, 8 hommes furent désignés au hasard et enfermés dans d’horribles conditions, sur un bateau, qui servait de prison flottante.
Arrivée au nord de Saïgon, l’escadre mouille dans la baie de Camramh : « De Madagascar à Camramh, nous avions couvert, sans escale, 4500 milles, en 28 jours de navigation épuisante…Pendant ce trajet, l’escadre avait été obligée de stopper 112 fois, 39 arrêts motivés par la rupture des amarres des torpilleurs et 73 par suite d’avaries diverses. » (Novikov-Priboï). Mais, après quelques jours au mouillage dans la baie, la France demande à Rojestvenski de quitter les eaux territoriales. L’escadre lève l’ancre après avoir terminé son ravitaillement. Enfin, le 8 mai, on apprend l’approche de la troisième division de l’escadre, celle de Nebogatov. Cette 3e escadre rassemblait tous les bâtiments qui restaient dans la Baltique. Sous le commandement de l’Amiral Nebogatov, embarqué sur le cuirassé Nicolas 1er, elle avait appareillé le 15 février 1905, pour rejoindre l’escadre de Rojestvenski à Nosy Be. Passée par le canal de Suez, elle prit du retard et reçut l’ordre de rejoindre Rojestvenski, parti de Nosy Be le 16 mars. La jonction entre les deux escadres se fit le 9 mai. Les « retrouvailles » comblent de joie les marins de Rojestvenski : « Sur chaque navire, les hommes formés en rangs sur le pont supérieur, poussaient des hourrahs joyeux. ». L’amiral Rojesvenski adressa la proclamation suivante à tous les bâtiments : « Par suite de l’arrivée des bâtiments amenés par le contre-amiral Nebogatov, non seulement notre escadre a acquis une force égale à celle de l’ennemi, mais nous avons un nombre de cuirassés de beaucoup supérieur à celui du Japon ». Il ajoutait cependant : « Mais il ne faut pas oublier que les japonais sont mieux entraînés que nous… ». Les marins ne l’oubliaient pas : « Nous savions parfaitement bien que les navires nouvellement arrivés ne représentaient qu’une très petite force. » dit Novikov-Priboï…

Un choix d’itinéraire déroutant

Le matin du 14 mai, l’escadre, composée de 50 unités se forma en ordre de bataille et se dirigea vers l’île de Formose. Le but était d’atteindre Vladivostock mais pour y parvenir, trois itinéraires étaient possibles : le détroit de Corée au milieu duquel se trouve la grande île de Tsoushima, le détroit de Tsugarou et le détroit de Lapérouse entre le Japon et l’île de Sakhaline. L’opinion générale est que « ce serait un malheur pour nous que d’essayer de nous ouvrir un passage à travers le détroit de Corée » (N-P). Le matin du 23 mai l’amiral Rojestvenski donne ses ordres pour la bataille qui s’annonce, mais aucun plan détaillé n’est fourni aux officiers, ni même à l’Amiral Nebogatov : « Nous n’avons jamais parlé d’aucun plan ou d’aucune bataille. Il ne m’a donné ni instructions, ni avis » (Nebogatov). « Jusqu’au 12 mai (25 mai), personne ne sut par quel chemin nous entrerions dans la mer du Japon. Ce ne fut qu’à 9 heures du matin de ce jour que nous apprîmes que nous nous dirigions vers l’île de Tsoushima » (Novikov-Priboï). Une nouvelle qui bouleverse tout le monde… mais qui ne surprend pas les japonais.

Les Japonais à l’affût

Même si, lors de la longue odyssée de l’escadre russe, les japonais étaient restés invisibles, ils n’avaient cessé d’être tenus au courant de la progression de la flotte de Rojestvenski. Dès le 14 avril, l’Amiral japonais Togo avait été informé, par ses espions, de l’itinéraire de l’escadre russe. Le 18 mai, un renseignement lui apprend qu’ « une grande escadre de cinquante navires arborant un pavillon à croix bleue avait quitté la baie de Wanfong, faisant route vers le nord ». Le 27 mai est une fête à la fois pour les russes (anniversaire du couronnement du Tsar) et pour les japonais (anniversaire de l’impératrice du Japon). Mais Togo ne pense pas à la fête : il prépare son offensive et déploie sa flotte. Dans son rapport, l’Amiral Togo raconte les derniers préparatifs du piège dans lequel allait tomber l’escadre russe : « Lorsque la première partie de la flotte ennemie fit son apparition dans les mers du sud, nos escadres, en exécution des ordres de Sa Majesté, adoptèrent comme ligne de conduite de l’attendre et de la combattre dans nos eaux territoriales ; en conséquence, nous avons concentré nos forces dans le détroit de Corée et nous y avons attendu son arrivée dans le nord. » Il envoie également des éclaireurs en surveillance dans le sud-ouest, pendant que « les escadres de bâtiments militaires se tenaient prêtes pour le combat, chacune étant mouillée à sa base de façon à pouvoir appareiller au premier signal » (rapport Togo). Ce signal arrive par télégraphie sans fil, en provenance d’un des croiseurs envoyés en surveillance : « La flotte ennemie est en vue dans le carreau 203 ; elle semble se diriger vers le détroit de l’est. ».
La tragédie est en marche : une des plus terribles batailles navales de l’histoire va commencer…
(A suivre…)
■ Suzanne Reutt

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