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Des les origines, la population de Diego Suarez rassemblait des populations d'origines très diverses
Dès les origines, la population de Diego Suarez rassemblait des populations d'origines très diverses

L’installation du Point d’Appui de la flotte à Diego-Suarez a entrainé une augmentation considérable de la population. Attirés par les perspectives de travail, des milliers d’immigrants sont arrivés de tous les horizons, certains affluant d’autres provinces de Madagascar d’autres venant de France, de l’Océan Indien, d’Afrique ou d’Asie. La cohabitation entre ces divers groupes aux langues, aux traditions et aux intérêts différents ne s’est évidemment pas toujours déroulée très sereinement.

Les différents groupes ethniques présents à Diégo-Suarez en 1908

D’après les chiffres du recensement de 1906 la population totale de la province (qui ne comprenait plus la province de Nosy Be ni celle de Vohemar) était de 22.720 habitants dont 1868 Européens (militaires non compris), 2401 Asiatiques ou Africains et 18.451 indigènes (Rappelons que le terme « indigène » - devenu politiquement incorrect – désigne une personne originaire du pays.) Le principal centre de population de la province était la ville d’Antsirane qui comptait 12.873 habitants en 1909. Parmi les Européens, les Français étaient évidemment majoritaires mais dans ce groupe, il fallait distinguer les « français de France » et ceux que l’on appelait les créoles ou les Bourbonnais et qui étaient originaires de La Réunion. On comptait aussi, parmi les Européens un grand nombre de grecs et d’italiens. Parmi les Asiatiques, dominaient les Indiens et les Chinois. Les Africains venaient essentiellement de la corne de l’Afrique et on les confondait parfois avec ceux que l’on appelait les « Arabes » à Nosy Be et qui faisaient, depuis des siècles, du commerce avec Bombay. Enfin, chez les « indigènes », en dehors des Antankarana, originaires de la Province, on trouvait une grande proportion de malgaches venus des plateaux (Merina ou Betsileo) et de ceux qui venaient du sud-est et que l’on nommait indifféremment « Antaimoros ». Enfin, les Comoriens étaient la plupart du temps rangés parmi les « indigènes ». Tous ces groupes ne vivaient pas exactement côte à côte. L’installation des divers groupes ethniques dans la ville.Les malgaches qui étaient d’abord installés autour de la Place Kabary avaient été regroupés au nouveau village de Tanambao pour des raisons d’hygiène officiellement mais surtout pour des raisons de sécurité. Les « Arabes » qui travaillaient essentiellement pour le port où ils assuraient le batelage étaient installés dans la ville basse. Les Chinois se groupaient pour la plupart à Tanambao ou dans les villages de la Province (Cap Diego-Anamakia- Sakaramy) ; quant aux Indiens ils commerçaient à Antsirane et notamment dans la rue Colbert et dans le quartier de l’Octroi. En ce qui concerne les européens, ils habitaient pratiquement tous à Antsirane alors que la plupart des Réunionnais habitaient hors de la ville, le plus souvent à Anamakia ou à la Montagne d’Ambre. Plus de cent ans après, on ne peut pas dire que cette répartition géographique ait beaucoup changé ! Ces différents groupes ethniques s’étaient plus ou moins spécialisés dans certains domaines d’activité.

Les secteurs d’activité

Une grande partie des français étaient fonctionnaires, employés de bureau, agents de sociétés ou entrepreneurs. Parmi les autres européens, les grecs étaient souvent commerçants (principalement bouchers ou boulangers) alors que les italiens étaient pour la plupart artisans, et travaillaient souvent dans le bâtiment. Quant aux réunionnais, ils étaient principalement agriculteurs. Parmi les asiatiques, les chinois tenaient souvent des boutiques d’épicerie alors que les indiens commerçaient dans les bijoux et les tissus. Les « arabes » travaillaient pratiquement tous comme bateliers. Quant aux malgaches, ils faisaient la plupart du temps fonction de manœuvres (tireurs de pousse-pousse, manutentionnaires, « bourjanes ») ou de domestiques. Ils étaient également souvent employés dans les concessions des colons. Entre ces différents groupes la cohabitation avait été généralement pacifique pendant les premières années de la colonisation, alors que la quasi-totalité de la population était confinée dans la ville basse ou le « Camp malgache » (quartier de la place Kabary) où les Réunionnais habitaient auprès des malgaches. A l’époque, on voit se côtoyer toutes les communautés. Ainsi, en 1888 « Ismalzy « indien commerçant » achète la case d’O.Penaud et devient le voisin de Rollet et J.Ernest, Mauriciens. Auparavant, il s’est servi de D.Loupy, commerçant réunionnais, et de Uthural, métropolitain qui a borné la concession » (Claude Bavoux : Les conditions d’insertion sociale des créoles)
Avec l’installation du Point d’Appui, et la venue de milliers d’immigrants venus de tous les horizons, les rapports devinrent plus difficiles et des communautarismes se firent jour.

Les antagonismes

Il ne faut pas croire que l’animosité des Antsiranais ne vise que les populations d’ethnies différentes. Chez les colons français, le principal ennemi, c’est le fonctionnaire : celui qui ne connaît rien à Madagascar et qui a, aux yeux des colons, des privilèges exorbitants.
Les journaux de Diégo, La Cravache antsiranaise, Le Diégo-Suarez, L’Impartial attaquent, à longueur de colonnes, ces planqués de métropolitains qui les harcèlent de règlements, d’interdictions, de mesquineries. En un mot, qui les empêchent de vivre et de travailler. Le Signal de Madagascar du 14 avril 1909 citant L’Impartial de Diego-Suarez sort un article au vitriol contre l’administration qui refuse d’accorder aux colons les titres de transport dont bénéficient les fonctionnaires : « Il s’agissait de prélever chaque année, sur le budget de la colonie, la somme nécessaire au paiement d’un nombre restreint de passages gratuits dont auraient pu bénéficier les colons qui, malgré un long séjour et une lutte pénible se trouvent dans l’impossibilité d’aller, comme leurs collègues plus fortunés, prendre quelques mois de repos au pays natal ». Et l’article, intitulé « Les oubliés » se termine par ces mots : « Et pour soulager tant de douleur, pour donner la vie à ces victimes du travail il faudrait retrancher bien peu des sommes gaspillées à promener des fonctionnaires coûteux dans toute l’île pour des motifs futiles. » La Cravache antsiranaise est plus caustique : « Réjouissez-vous fonctionnaires de toutes classes, l’ère des étrennes approche et je puis vous affirmer que personne ne sera oublié…non, personne » Et il insinue avec ironie que, pour les satisfaire, le gouverneur Augagneur aurait fait affréter un torpilleur « pour apporter de France de quoi contenter les plus exigeants » ! Les accusations sont parfois plus graves : c’est L’Impartial qui affirme directement que les juges empochent l’argent des amendes qu’ils infligent ; c’est l’ancien commandant Imhaus qui attaque l’Administration pour entraves apportées à l’industrie du caoutchouc (en raison de l’augmentation des taxes).
Les choses ne vont pas mieux, entre colons français et colons créoles. Lors de la vague de criminalité de 1903 le colon d’origine métropolitaine Mogenet insiste sur la responsabilité des Créoles qui « font preuve d’une arrogance singulière à l’égard des malgaches dont ils ont souvent la couleur, se laissant aller à affirmer par des coups leur supériorité relative ». En sens inverse le créole Houareau affirme que le colon métropolitain Humbert a été attaqué en raison de sa conduite douteuse vis-à-vis des malgaches. Les jugements méprisants témoignent de cette incompréhension entre métropolitains et créoles. Ces derniers sont considérés comme « très indolents, très paresseux, incapables d’un effort personnel sérieux » (Avocat Clavier cité par J.Fremigacci).

Les tensions entre ethnies

D’ailleurs, d’une façon générale, chaque groupe a tendance à mépriser les autres groupes. Les créoles sont accusés d’être « sales » mais ils ne sont pas les seuls à être considérés ainsi. La Cravache antsiranaise dénonce la saleté des arabes de la ville basse « Rien de plus dégoutant que les habitations occupées par les Arabes de la Ville basse ». D’ailleurs, cette accusation de saleté atteint tous les indigènes : de nombreux habitants sont frappés d’amende pour la malpropreté de leurs maisons. Les tensions sont vives entre commerçants d’origine différente et entraînent des incidents particulièrement graves. Le Signal de Madagascar relate ainsi, sous le titre « Le Drame de Diégo-Suarez » une rixe mortelle entre les bouchers grecs et des membres de la communauté arabe : « Le 5 courant (mai 1909) au marché de Diego, une discussion insignifiante survint entre le Grec Costis et un enfant arabe. Le chef de la congrégation arabe étant intervenu, une querelle vive éclata, des voies de fait suivirent, violents. Les arabes accoururent à l’appel de leur chef et chargèrent deux fois, armés de matraques, sur les bouchers grecs et italiens, frappant rageusement. Un grec fut assommé et le chef arabe Mahmadi-Ali qui avait reçu un coup de couteau au flanc mourut peu de temps après son arrivée au poste où il avait été transporté d’urgence pour y être pansé. ». L’affaire eut évidemment des suites : « Le bruit a couru d’un complot arabe contre les bouchers italiens, accusés injustement d’être les auteurs du meurtre de Mahmadi-Ali ; toujours est-il que samedi un des bouchers italiens sortant du marché fut frappé d’un coup de couteau par un arabe, la blessure serait peu grave. Les grecs et les italiens sont exaspérés. Les arabes s’opposèrent à l’arrestation de l’auteur du coup de couteau qu’ils conduisirent eux-mêmes à la police ».
Les tensions vont encore s’aggraver avec la vague de criminalité qui sévit à nouveau dans les années 1908-1910.

Une nouvelle vague de criminalité qui attise les tensions

Avec la découverte des filons aurifères d’Andavakoera, une nouvelle vague de criminalité va s’abattre sur la région, accentuant les tensions entre communautés. Cette fois-ci, c’est la communauté Antaimoro qui sera mise en accusation. En effet, de nombreux travailleurs venus du sud-est se retrouvent sans emploi avec la fin des travaux du Point d’Appui de la flotte. Certains verseront effectivement dans la criminalité mais on aura tendance à parler d’Antaimoros chaque fois qu’un crime se produira ! Le Signal de Madagascar du 18 janvier 1908 relate l’attaque d’un convoi venant des mines d’or : « …un convoi d’argent appartenant à M.C. qui exploite des gisements du côté d’Ankatoka, a été attaqué à moitié chemin entre Ambondrofe et Aniverano par une bande nombreuse de malfaiteurs qu’on dit être des Antaimoros. Des trois arabes qui, avec un antaimoro, composaient le convoi, deux ont été assassinés et le troisième grièvement blessé. Quant à l’antaimoro, il s’enfuit sans attendre les agresseurs, en laissant les sacs d’argent qu’il portait ».
Autre assassinat d’un indien de la rue Colbert impliquant des Antaimoros : « Cet Indien devait acheter de la poudre d’or aux Antaimoros descendant des placers, et, en raison de la chasse que l’on fait aux receleurs de cette matière, il avait dû leur dire de venir chez lui la nuit [...]Pendant qu’il examinait le contenu, l’un d’eux l’a frappé d’un coup de hache derrière la tête et la mort fut instantanée ». En fait, malgré leur mauvaise réputation dans la population de l’époque, les Antaimoros sont plus souvent les victimes que les auteurs d’assassinat. Souvent gardiens de concessions, ils payent un lourd tribu à la criminalité. Et il semble que la solidarité ethnique ne compte pas beaucoup, comme en témoigne l’attaque du village des travailleurs antaimoro du bassin de radoub par une bande …d’Antaimoro ! « MM. les antaimours deviennent de plus en plus sans façon : dans la nuit du 30 au 31 décembre, organisés en une bande avec chefs et sous-chefs, ils ont attaqué à coups de pierres le village habité par les manœuvres du bassin de radoub. Ceux-ci forcés à la retraite, les assaillants ont tranquillement dévalisé les paillottes. De là aux attaques à coups de fusil, il n’y a qu’un pas à faire, et ils finiront par le franchir » (Le Diégo-Suarez).
Les français métropolitains sont des « planqués » incompétents, les créoles sont sales et paresseux, les indigènes aussi, les arabes sont sales et violents, les indiens sont des receleurs, les antaimoros sont des assassins : toutes ces accusations, qui paraissent constamment dans la presse de l’époque, sont l’expression d’une société en crise. La fin des travaux du Point d’Appui inaugure une crise économique qui attise les tensions entre des groupes ethniques qui avaient coexisté jusque là de façon assez sereine et qui commencent à trembler pour leur avenir
■ Suzanne Reutt

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