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Tirailleurs sénégalais à Diego Suarez
Tirailleurs sénégalais à Diego Suarez

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Le 5 août, le Gouverneur Général de Madagascar, Albert Picquié, adresse une « Proclamation aux habitants » et mobilise « toutes les forces militaires de Madagascar ». Et pourtant, ce qui a été la principale base militaire de Madagascar, Diego Suarez, ne jouera qu’un rôle secondaire dans le terrible conflit qui commence et qui durera quatre ans…

La Proclamation de guerre à Madagascar.

C’est deux jours après la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, et 5 jours après la mobilisation générale des français que le Gouverneur Picquié va annoncer la déclaration de guerre aux habitants de Madagascar, français et malgaches.
« Proclamation aux habitants »
« L’Allemagne vient de déclarer la guerre à la Russie et à la France. Les deux nations alliées, fortes de leurs droits et soucieuses de leur dignité, répondent à cette brutale agression.
L’Italie a notifié sa neutralité -L’Autriche n’est pas engagée dans le conflit – L’Angleterre reste notre amie.
Déjà, les hostilités sont ouvertes et les armées en marche. L’armée française, fière d’un long passé de gloire, aidée par la puissante armée russe soutiendra vaillamment les intérêts qui lui sont confiés. Sa cause est juste, c’est la cause de la civilisation et de l’humanité-Elle triomphera.
Nous ferons de notre côté tout ce qu’il sera possible de faire pour le service de la France. Bien que nous soyons éloignés du théâtre de la guerre, j’ai fait mobiliser toutes les forces militaires de Madagascar et rappeler les réservistes européens et malgaches. Nous sommes prêts ainsi à repousser toutes les attaques.
Je n’ai aucune appréhension. Je sais que tous les Français acceptent joyeusement les sacrifices qui leur sont demandés, et que tous accompliront ce que le Devoir et la Patrie exigeront d’eux.
Restons calmes et confiants, faisons trêve à nos discussions, n’ayons qu’un objectif, LA FRANCE »

Picquié, aurait pu s’arrêter là, puisqu’il s’adressait, en principe, à tous les « habitants » …Il se crut obligé de faire un appel particulier aux Malgaches, discours empreint d’un paternalisme choquant et témoignant de la crainte que les Malgaches ne profitent de la guerre pour retrouver leur souveraineté :
« Malgaches ! »
« Vous savez ce que vous devez à la France, elle vous a adoptés comme ses enfants, elle vous protégera.
Montrez-vous dignes d’elle, n’ayez aucune crainte, n’écoutez pas ceux qui colportent des fausses nouvelles, vaquez à vos travaux, continuez vos cultures, fermez l’oreille aux mauvais conseils. Signalez les méchants à l’Administration qui les arrêtera et les punira. Obéissez à tous les ordres qui vous seront donnés, vous ne serez pas inquiétés car vous serez défendus par nos soldats.
Vive la République !
Vive la France !
Vive Madagascar ! »
.
En fait, la France n’eut pas à défendre Madagascar – qui ne fut pas attaqué- mais plus de quarante mille malgaches partirent défendre la France !

Le rôle de Diego Suarez dans la guerre

Diego Suarez, un territoire où, à une certaine époque, la population militaire était plus importante que la population civile, paraissait destiné à jouer un rôle important dans le conflit qui allait opposer les grandes puissances mondiales de 1914. Sa position stratégique, ainsi que les fortifications du « Point d’Appui de la Flotte » de l’Océan Indien paraissaient destiner la base à devenir un atout important dans la guerre maritime. En fait, le rôle de Diego Suarez fut relativement secondaire.

Un bastion inutile ?
Quand débute la première guerre mondiale, Diégo n’est plus une base militaire de première grandeur. La Revue des questions coloniales et Maritimes de mai 1914 mentionne « la constitution récente » d’un « Comité de défense du Point d’Appui de Diego Suarez ». « Aujourd’hui, en effet, cette magnifique rade, si admirablement placée au point de vue stratégique pour assurer la sécurité de nos communications avec nos possessions de l’Afrique orientale, de l’Asie et de l’Océanie, est vide de tout élément de défense mobile ; elle est à la merci d’un adversaire audacieux qui voudrait s’en emparer, sans même qu’il eût besoin d’une surprise ni de plusieurs unités. Or, le caractère précaire des routes de Panama et de Suez oblige la France à posséder une puissante station navale sur la seule route indépendante que ses escadres puissent utiliser en cas de conflit maritime en Asie, dans l’Océan Indien et dans le Pacifique. » Et, effectivement, Diego Suarez, qui avait abrité plus de 10.000 militaires n’offre plus en 1914, comme forces militaires qu’un Bataillon d’infanterie coloniale, le 3e régiment de Tirailleurs malgaches et une partie du 7e Régiment d’Artillerie coloniale ; plus la 11e Compagnie Mixte d’Ouvriers. De plus, durant la guerre, une partie des troupes d’active, mobilisées, partiront rejoindre le front. Si bien qu’en 1916, la Dépêche malgache peut affirmer « Diego Suarez se vide ». Cette dernière affirmation n’est cependant pas tout à fait exacte : si, en effet, une partie de la population civile et militaire a été mobilisée pour le front, Diégo va accueillir – pour des périodes plus ou moins longues – des milliers d’appelés arrivant de toutes les colonies.

Diego Suarez, plaque tournante des convois de militaires.

Dans les colonies françaises et au fur et à mesure de l’intensification du conflit (et de la nécessité de fournir de nouvelles troupes pour remplacer les dizaines de milliers de tués !) de nouveaux contingents de combattants vont être levés. Dans la majorité des cas, il s’agit d’appelés qui doivent être équipés et formés. Tel sera essentiellement le rôle de la base de Diego Suarez pendant le conflit. Les premiers arrivants- proximité oblige ! – seront des Réunionnais. Dès le 4 aout 1914 le Gouverneur de La Réunion publie l’Ordre de Mobilisation : il concerne « Les hommes de la réserve et de l’armée territoriale nés à La Réunion, ayant servi dans l’armée active et appartenant aux classes 1892 et suivantes ». Le premier départ a lieu presqu’aussitôt, par le paquebot Djemnah des Messageries Maritimes, que les Antsiranais connaissent bien. Les Réunionnais feront escale à Diego Suarez…et y resteront jusqu’en mars 1915. Beaucoup d’autres contingents arriveront (à La Réunion environ 1/10e des habitants ont été mobilisés) ; certains seront dirigés sur Tananarive mais beaucoup resteront à Diego Suarez pour assurer la défense de la place. D’autres convois arrivent de plus loin : la Dépêche malgache annonce en mars 1916 : « Le vapeur Derwent est attendu incessamment à Diego Suarez : il a à bord 590 tirailleurs annamites et comme chargement du charbon de terre. L’autre moitié du contingent suivra de près ». On verra également arriver des Sénégalais. Cette population disparate ne coexiste pas toujours pacifiquement. C’est encore la Dépêche qui précise « Notre correspondant nous signale que la bagarre qui a eu lieu récemment entre Annamites et Malgaches n’a pas été aussi violente qu’on le disait : il y a eu pourtant plusieurs blessés » D’autres convois partent dans l’autre sens pour transporter des troupes vers la France : les troupes coloniales en transit mais aussi les militaires qui étaient sur place : « Il est parti par le Yarra pour la France 600 Annamites avec leur cadre ; 54 sous-officiers et une dizaine d’officiers ont embarqué sur ce même courrier. La Marine doit aussi rentrer par notre "dreadnought" le Vaucluse » (La dépêche malgache).
On voit également passer des Alliés, notamment une escadre anglaise en septembre 1914 (Madagascar a mis à la disposition des Anglais une compagnie de marche). On verra même l’ « ennemi » : les malheureux allemands qui avaient le tort d’être à Madagascar au moment où les hostilités ont commencé : « Les austro-boches internés à Tananarive et à Diego Suarez seront embarqués sur le Sydney à destination de la France pour être ensuite dirigés sur des camps de concentration » (La Dépêche du 21 octobre 1916). Et enfin, on verra, au fil des mois, revenir les blessés ; puis, à la fin des hostilités, les survivants. Du moins ceux qui n’auront pas péri dans le naufrage du Djemnah, parti de Marseille, qui mitraillé par les Allemands coula au large d’Alexandrie le 14 juillet 1918, catastrophe qui coûta la vie à 436 personnes dont 200 malgaches !
Car la guerre se déroule aussi sur mer et Diégo aurait pu jouer un rôle plus important si le bassin de radoub avait été opérationnel…

Où en est donc le bassin de radoub ?

Les travaux avancent…lentement… Pour pouvoir fonctionner la forme de radoub devait être fermée par un bateau-porte en tôle d’acier dont l’étanchéité se ferait par du chanvre goudronné. Le marché de fourniture du bateau-porte avait été passé le 30 novembre 1910 avec la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée. La construction se fit dans les ateliers de La Seyne et il était prévu un délai de 9 mois pour la construction et de 2 mois et demi pour le transport. Le bateau-porte arriva à Diego Suarez le 10 janvier 1912 mais il ne put être mis en place que le 2 juillet 1913 en raison de travaux de maçonnerie de la forme. Il fallut attendre 1915 pour terminer la construction de l’usine et l’installation de la station d’épuisement (qui avait dû être déplacée en raison de glissements de terrain). Les travaux avaient été ralentis par le cyclone du 24 novembre 1912 qui avait occasionné des dégâts importants aux ouvrages métalliques et aux ouvrages de maçonnerie. En 1916, la majeure partie des installations était terminée mais les plus grandes incertitudes régnaient sur la gestion de l’exploitation du bassin. Dès juin 1912, le Gouvernement français avait modifié le rôle que devait jouer Diego-Suarez en temps de guerre et l’avait réduit à un centre de ravitaillement pour les navires. En conséquence, il avait été proposé à la Colonie de prendre en charge les établissements de la Marine. Une Commission locale avait conclut à l’affectation des casernes aux services de la Colonie mais avait refusé le bassin de radoub en raison des lourdes charges qu’entraîneraient la fin des travaux et l’exploitation. Or, pour la Marine, c’était tout ou rien ! Les pourparlers continuèrent jusqu’en 1916, quand le Gouvernement Général de la Colonie accepta l’ensemble appelé « Bassin de radoub » qui comprenait :
- La forme de radoub et l’usine
- L’ancien arsenal
- les bâtiments d’habitation.
Le service d’exploitation ainsi créé fut mis sous les ordres du Chef du Service Régional de Diégo du 16 aout 1916 au 1er juillet 1917 ; il passa ensuite sous le contrôle du Directeur des Travaux publics jusqu’en 1919. Inutile de dire qu’en raison de tous ces contretemps et de toutes ces tergiversations, le bassin de radoub n’avait été d’aucune utilité pour les flottes de guerre des Alliés !
(à suivre)
■ Suzanne Reutt

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