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L’insécurité à Diego Suarez …un fléau déjà il y a 100 ans !
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Histoire
Dimanche, 04 Septembre 2011 04:56
Execution capitale à Diego Suarez
Exécution capitale à Diego Suarez

Agressions, bagarres, ivresse, vols, règlements de comptes : une réalité quotidienne dont se plaignaient déjà les habitants de la ville au début du siècle dernier.

L’insécurité dans la région fait la une des journaux, les foroches font trembler la ville, la police et les politiques semblent à court de solutions…Et les anciens se lamentent sur un passé où l’on pouvait se promener sans crainte, même la nuit, où l’on pouvait laisser les maisons ouvertes et permettre aux fruits de mûrir sur les arbres.
Et pourtant…

La lecture des journaux d’autrefois donne une autre version de ces temps idylliques.
Mais peut-être faut-il remonter au-delà de la mémoire des plus vieux Antsiranais…
Aux années 1900-1925 par exemple. Il suffit de lire les titres et les sous-titres des journaux de l’époque.

Ainsi, le « Signal » du 7 février 1909 affole les lecteurs par ce titre à sensation : « Graves événements à Diego Suarez » et continue ainsi : « Les troubles augmentent – Pillages, assassinats, attaques à main armée – trois crimes – Un village pris d’assaut – Une ferme assiégée.L’administrateur réquisitionne la troupe – En pleine ville de Diego Suarez – Au secours disent les colons ».

Prisonniers Fahavalos en 1896Prisonniers Fahavalos en 1896

Le journal « L’impartial » développe ces informations alarmistes dans cet article que l'on pouvait lire en 1908 : « Malgré la quantité de troupes et la police existant à Diego- Suarez nous ne sommes pas en sécurité ».

Pour vous en faire une idée exacte suivons une route partant d’Antsirane vers l'intérieur, celle de la Montagne d'Ambre par exemple. Comptons les fermes et voyons combien il y en a qui n'ont pas été attaquées.
Et l'auteur de l'article, d'énumérer pillages, assassinats, pour résumer ainsi la situation : « en résumé sur les 17 fermes, trois cantines et un commerce indien échelonnés entre Antsirane et le pic Badens, soit sur 21 habitations, il y en a eu 19 d'attaquées, mais plusieurs l’ont été deux fois et, à cela, il faut ajouter les assassinés sur la route et les attaqués. »

Le chef de province de l’époque, Hesling, confirme : « les crimes et les délits de droit commun sont plus nombreux dans cette région que partout ailleurs dans la colonie ». L’augmentation de la criminalité est d’ailleurs confirmée par les statistiques des affaires de police:

 

  • En 1904 : 289
  • En 1905 : 550
  • En 1906 : 863
  • En 1907 : 1167
    dont :
    • 33 crimes
    • 447 délits
    • 637 contraventions
    • 50 affaires diverses

A quoi est due cette criminalité galopante ? Pour les colons, il n’y a pas de doute : la police est insuffisante et incompétente.

A quoi est due cette criminalité galopante ? Pour les colons, il n’y a pas de doute : la police est insuffisante et incompétente.

Les autorités ont d’autres versions. Il a été constaté que dans plusieurs cas, les colons qui avaient été attaqués, étaient coupables de mauvais traitements vis-à-vis de leurs employés, « oubliant » parfois de verser les salaires qu’ils devaient. Les agressions et les pillages sont donc souvent des actes de vengeance. Certains colons profitent d’ailleurs de ces attaques pour surévaluer leurs pertes et se faire octroyer une aide par le gouvernement.

D’autres attaques sont le fait de bandits, les Fahavalos, qui opèrent surtout en brousse. Les habitants des villages, soupçonnés parfois de leur fournir assistance, vont être associés à la chasse aux hors-la loi.
C’est ainsi qu’un des plus célèbres chefs de bande qui avait attaqué plusieurs villages est tué par le fokonolona d’Anjaviniavana en novembre 1907. Le fokonolona prit soin d’apporter sa tête au chef de district…qui, à son tour, dut faire une drôle de tête !

En ville, à Diego Suarez, les choses sont moins graves même si certaines maisons, notamment à la rue Colbert, sont cambriolées (à 8h du soir !).

Prisonniers balayantPrisonniers balayant

Les violences en ville sont souvent dues à des rivalités ethniques ou professionnelles : « le Signal », sous le titre « Le Drame de Diego Suarez » relate ainsi, le 13 mai 1909, la tragique querelle entre les bouchers grecs et les arabes : « Le 5 courant, au marché de Diego Suarez, une discussion insignifiante survint entre le grec Costis et un enfant arabe. Le chef de la Congrégation arabe étant intervenu, une querelle vive éclata, des voies de fait suivirent, violents. Les arabes accoururent à l’appel de leur chef et chargèrent deux fois, armés de matraques, sur les bouchers grecs et italiens, frappant rageusement. Un grec fut assommé et le chef arabe Mahmadi Ali, qui avait reçu un coup de couteau au flanc mourut peu de temps après son arrivée au poste où il avait été transporté d’urgence, pour y être pansé ».

On déplore souvent, également, les débordements des marins et militaires qui, souvent en état d’ivresse se croient tout permis dans la ville. Ainsi « La Gazette du Nord », le 10 décembre 1924, relate, sous le titre « Ivresse » : « M.Akazaki ayant refusé de servir à boire à un militaire du Camp d’Ambre qui avait déjà bu plus que de raison, ce dernier, dans un accès de colère, ne trouva rien de mieux que de casser des vases de fleurs d’une réelle valeur, appartenant à cet établissement ».
Et puis, il y a ce que nous appelons maintenant les « incivilités » : les vendeurs qui mettent de l’eau dans le lait, le tapage nocturne, les coups de feu intempestifs…

Mais, et cela surprend davantage à l’heure actuelle, les habitants de Diego Suarez font preuve dans l’ensemble d’une grande honnêteté : à tel point qu’une rubrique est créée, dans la Gazette du nord, intitulée : « Au Commissariat de police : objets aux épaves », rubrique qui donne la liste des objets trouvés à récupérer. On trouve ainsi, dans une de ces rubriques, la liste suivante :

  • « béret d’enfant
  • montre
  • pompe de bicyclette
  • portefeuille
  • parapluie
  • lanterne ».

De quoi ne pas désespérer de la nature humaine !

Que faut-il en conclure ?

Que l’insécurité n’est pas une donnée nouvelle dans notre ville.
Et que ce n’est pas une raison pour ne pas la combattre par tous les moyens possibles, qu’ils soient de prévention ou de répression !
■ S. Reutt - Ass. Ambre

 

La prison de Diego Suarez en 1900

La Prison de Diego SuarezLa Prison de Diego Suarez

La prison civile est construite sur le plateau d’Antsirane, vers la lisière Est du quartier dit « de l’Octroi », intermédiaire entre la ville européenne et le nouveau quartier malgache.
Les bâtiments comprennent la prison proprement dite avec ses accessoires et deux pavillons d’entrée accolés au mur d’enceinte.
Ces pavillons, pourvus de vérandas sur trois faces, servent, l’un de logement du gardien-chef, et l’autre de bureau, de poste de police, de magasin et de dépôt-vestiaire.
La prison proprement dite est disposée en forme de T, à l’intérieur d’une enceinte rectangulaire de 50m de longueur sur 30m de largeur, fermée par un mur de 4m de hauteur ; cette disposition a permis d’isoler suffisamment les diverses catégories de prisonniers.

Le bâtiment contient :
deux prisons pour indigènes (de 18 places chacune)
une prison pour européens (6 places)
quatre cellules pour prévenus
quatre cellules de correction
une prison pour femmes (5 places),
Soit en tout 55 places.

Il y a en plus, dans ce même bâtiment, une cuisine pour les détenus européens, une pièce à destination d’infirmerie, un magasin aux vivres et deux latrines.
Dans la cour se trouvent un lavoir couvert avec lavabos, ainsi qu’un hangar en maçonnerie servant de cuisine aux indigènes.
Une conduite d’eau spéciale à la prison alimente une borne-fontaine, la cuisine, le lavoir et les lavabos.

Les travaux ont été faits par M.Chamming’s, entrepreneur.
Commencés en juillet 1901, ils ont été terminés en mars 1902.
La dépense a été de 95.000 francs.
(In « Territoire de Diego Suarez », rapport gouvernemental de 1901)

…Où l’on voit que les bâtisseurs de Diego Suarez ne s’attendaient pas à une forte criminalité !

 

 

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