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Le rocher de Cap Diego
Le rocher de Cap Diego

Lieu des premières implantations des colons dans la baie, le plateau d’Andrakaka, dans la presqu’île de Cap  Diego a fait, au cours des siècles, l’objet de plusieurs aménagements et reconversions. Histoire.

Diego ou Antsirane ?
Pour nous, Diego et Antsiranana (Antsirane à la fin du XIXème siècle) ne font qu’un. Pourtant, pendant longtemps « Diego » a désigné Cap Diego et non la ville que nous connaissons. Et, pendant plusieurs années l’administration française a hésité sur le choix de la ville en train de naître .En effet, dans la perspective d’une installation militaire Cap Diego semblait disposer de meilleurs atouts.


Des avantages naturels d’abord. On pouvait lire, dans la Revue Maritime et coloniale en 1885 :
« Du fond de la baie dans l’ouest se détache une grande presqu’île formée d’une partie évasée se rétrécissant peu à peu pour se rattacher à la terre ferme…c’est à l’extrémité de cette presqu’île que se trouve le Cap Diego formant dans la baie de la Nièvre une sorte de petit port naturel, parfaitement abrité et absolument caché pour quiconque vient de l’Est »
Des avantages stratégiques ensuite. D’après les Instructions Nautiques de 1885 « Ce cap est le seul point de toute cette côte qui présente un réduit naturel de facile défense ».
Les autorités militaires furent donc longtemps convaincues que la position du Cap Diego les mettrait « à l’abri d’un coup de main » qu’il vienne d’Ambohimarina, la place forte tenue par les troupes merina, ou qu’il vienne de la mer.

Vue de Cap Diego
Vue de Cap Diego


Aussi, alors qu’Antsirane n’était encore qu’un tout petit village, des installations militaires furent établies à Cap Diego. Cependant, en 1885, tout était encore à faire.
Voici ce qu’écrit, François de Mahy, député de La Réunion, dans une lettre de 1885 :
« Il n'y a encore rien de construit au Cap Diego, sauf un petit quai en pierre, qui a été fait par un créole de Bourbon, sous la direction du commandant Caillet. Ce dernier avait tracé, au milieu des brousses qui revêtent cette partie du terrain, un chemin qui a été exécuté par les canotiers de la baleinière. Les bâtiments que nous avions visité la veille ont été faits par les hommes de la Dordogne et par la troupe au moyen des débris du transport l'Oise, naufragé en février dernier à Tamatave. Bref, on a tiré parti de tout, le mieux qu'on a pu. »

Mais, très rapidement, des bâtiments vont sortir de terre.
A cet effet, on utilise le calcaire du rocher de Cap Diego en construisant des fours à chaux qui vont permettre de fournir les matériaux nécessaires.
« Un dépôt de charbon a été créé en ce point ; sous peu, les vastes hangars élevés sur la plage seront terminés et reliés par un chemin de fer Decauville à des appontements que pourront accoster les grands navires. Des magasins, des ateliers de réparation, un petit arsenal en un mot, doivent y être établis, assurant le ravitaillement et l’entretien de nos navires dans la mer des Indes.
Un embryon de ville s’élève déjà sur les flancs, déserts il y a quelques mois, du cap Diego… »
(Revue Maritime et Coloniale)

La grotte de Cap Diego
La grotte de Cap Diego


Et, en effet, entre 1885 et 1886, tous les efforts furent portés sur cap Diego ; on y construisit un hôpital, des ateliers, des casernements, des dépôts de vivres; le petit village d’Antsirane, de l’autre côté de la baie de la Nièvre, fut à peu près négligé à l’exception de la construction de deux petits fortins sur la hauteur dominant la plage.

C’est donc à cap Diego que fut installée la garnison composée d’une compagnie d’infanterie de marine, d’une compagnie de tirailleurs sakalaves et d’une compagnie de disciplinaires.

La situation changea avec les instructions du 28 août et du 2 septembre 1886 qui préconisaient l’occupation des hauteurs qui dominent la baie au sud.
Le commandant militaire Caillet regroupa alors une partie de la garnison à Antsirane.
Dès 1887, se trouvaient donc à Antsirane, le commandement et les services administratifs, trois compagnies d’infanterie de marine, une compagnie de disciplinaires et l’Artillerie.

Cap Diego abritait une compagnie d’infanterie de marine, une compagnie de disciplinaires, la compagnie des « Sakalaves », l’hôpital, les magasins et le parc à charbon.
Cette séparation entre les services se révéla rapidement difficile à organiser, les communications entre les deux points « stratégiques » ne pouvant se faire que par mer.
De plus, la petite ville « civile » d’Antsirane se développait rapidement, favorisée par sa position ouverte vers l’intérieur du pays, ce qui permettait un approvisionnement plus facile.

A son arrivée, en mars 1887, le gouverneur Froger avait regroupé tous les services civils à Antsirane qui devint ainsi le centre administratif de la colonie de Diego-Suarez.
Se posa alors la question de la division des services, les militaires répugnant à abandonner Cap Diego où de gros travaux avaient été effectués et dont la position paraissait plus sûre.

Logement des légionnaires
Logement des légionnaires

Cependant, en 1888, la compagnie des disciplinaires et celle des tirailleurs malgaches, les « sakalaves »furent affectées au poste de Mahatsinjoarivo, qui faisait face au poste merina d’Ambohimarina.
Il ne resta plus alors à Cap Diego qu’une section de l’artillerie de marine et l’hôpital militaire.
Le transfert de celui-ci à Antsirane fut dès lors envisagé mais ne fut réalisé que 10 ans plus tard. En effet, il semble que l’Administration ait répugné à la dépense : « J’estime qu’il n’est pas rationnel de dépenser 600.000 F à Antsirane pour construire un hôpital quand, à Diego, il est possible d’en avoir un très convenable avec une dépense de 50.000F » jugea l’Inspecteur-Général venu inspecter les travaux en 1891.
Mais cet éloignement de l’hôpital était source de problèmes et, en 1899, on pouvait lire dans l’Annuaire Général du Gouvernement de Madagascar :
« L’ancienne ambulance du Cap Diego, transformée en hôpital ne peut encore satisfaire à tous les besoins. Aussi, la construction d’un nouvel hôpital de 300 lits à Antsirane a-t-elle été décidée. La ville d’Antsirane a été choisie de préférence à Orangea et à Cap Diego, parce que c’est là qu’est réunie la garnison la plus importante et qu’habite aussi la population civile presque toute entière »
Antsirane avait gagné…


Et après…

En 1900, lorsque Diego fut déclaré « Point d’appui de la flotte » sous la direction du colonel Joffre, Cap Diego ne fut pas oublié mais ne bénéficia cependant pas du formidable développement des fortifications qui devaient devenir « la ligne Joffre ».Cet abandon relatif se lit dans le texte de D’Anfreville de la Salle, daté de 1902 :
« Le port militaire occupera la baie de la Nièvre. On passera, en le quittant, devant Antsirane à droite, Diego à gauche, puis, traversant la baie de Diego sous le feu des diverses batteries qui s'y trouvent, on atteindra enfin le goulet, formidablement défendu.
Outre les batteries qui battent la passe, des deux côtés, la superbe batterie de Vatoumanti (sic), entièrement taillée dans le roc, prend celle-ci d'affilée, puis à droite, se succèdent les batteries installées à Orangea et Ankeriki (sic). D'autres encore se trouvent à Diego, bourg exclusivement militaire, composé d'un hôpital, de magasins divers, avec un petit appontement pour permettre de plus faciles communications maritimes. »

Ancien hôpital de Cap Diego
Ancien hôpital de Cap Diego

Un bataillon de la Légion Etrangère fut cantonné à Cap Diego où il occupa l’ancien bâtiment des disciplinaires.
La légion resta à Diego jusqu’en 1974 et beaucoup d’Antsiranais se rappellent la présence des légionnaires et les anecdotes qui accompagnaient les exploits –plus ou moins appréciés- de ce corps . Ce qui frappa surtout les esprits c’étaient les descentes du haut du rocher par le « ventral », c'est-à-dire le long de câbles qui plongeaient dans la mer où les légionnaires arrivaient tête première !

Cap Diego devint aussi un lieu d’excursions à la mode. En 1929, on vantait ainsi cette excursion « facile » :
« Au Cap Diego, service quotidien par chaloupe à vapeur.
Ascension du rocher ; escalier et route à travers la forêt calcaire ; vue splendide sur toute la baie, la ville et le massif du cap d'ambre.
Déjeuner dans la grotte du Cap Diego, au bas du rocher. Village indigène très pittoresque, jolie plage sur la baie du sépulcre, ainsi appelé à cause des sépultures malgaches qu'elle contient.
Cette excursion peut être faite dans une demi-journée ».


L’aérodrome d’Andrakaka

La base d’Andrakaka a été construite et aménagée par la Royal Air Force (RAF) dès 1942 après l’opération «Iron Clad».
Elle a été prise en charge par l’Armée de l’Air à partir du départ des Anglais (approximativement entre mi 44 et début 45).
Par décret du 19 Septembre 1946, l’Armée de l’Air était affectataire principal avec comme affectataires secondaires, l’Aéronautique Navale, les Transports Aériens (civils) et l’Aviation de tourisme.

L'aérodrome d'Andrakaka
L'aérodrome d'Andrakaka

Jusqu’en Décembre 1951, un détachement de l’Armée de l’Air a effectivement occupé le terrain mais les besoins en personnel des autres théatres en ont nécessité le départ, officiellement le 1er janvier 1952.

A partir de là et jusqu’en 1954, il est resté sur la base une «garde» composée d’un sous-officier et de 3 Hommes.
Depuis le 1er Janvier 1952, le terrain n’est plus ouvert à la circulation aérienne que sur demande exeptionnelle
Les installations sont juste «gardiennées» (à minima)


Depuis Mai 1948, la Marine Nationale envisage la création à Andrakaka d’une base d’aéronautique navale (BAN) pour des Formations «d’exploration et de surveillance» ainsi que d’»hélicoptères».
Cette mise en place, initialement prévue à partir de 1953, est retardée.

BAN Andrakaka
BAN Andrakaka

La situation d’Andrakaka est exceptionnellement priviliégée.
En dehors des rares journées cycloniques, l’arrivée est toujours réalisable à vue.
L’absence totale de brûme ou de nuages basse altitude permet toujours les mouvements d’aéronefs (décollage / atterrissage).
Les vents dominants, alizés du Sud / Est ou les moussons du Nord / Ouest sont dans l’axe de la piste.
La nature du sol a permis, par simple désherbage et nivelage, l’utilisation de la piste par des avions de trente tonnes.
De fortes pluies prolongées peuvent rendre la surface de la piste légèrement glissante, mais en moins d’une heure après la fin de la pluie, la surface de la piste retrouve son caractère normal.
Beaucoup d’espace est disponible sur le plateau. Il n’y a donc aucune difficulté d’implantation pour l’installation de stations météo, radio, d’aides à la navigation et d’atterrissage

L’implantation d’Andrakaka présente de multiples intérets : raccourcissement des lignes impériales (En 1953, la France parle encore de son «Empire»...), situation au «coeur» du point névralgique de Madagascar, proximité d’un port de ravitaillement «stratégique» de la Flotte.

Skyraiders AD sur l'aérodrome d'Andrakaka
Skyraiders AD sur l'aérodrome d'Andrakaka

La construction d’une piste «moderne», (type A) est rendue possible en profitant de la «trouée» du col du Courrier qui permet aux avions de faire une très longue approche avec une faible incidence -idéale pour les gros porteurs.
A peu de frais, la piste en dur peut alors être portée à 3 200 m avec 150 m disponible (POR, Piste Occasionnellement Roulable) à chaque extrémité soit 3 500 m au total.

Lors de la réunion du Comité des Chefs d’Etat-Major du 9 Février 1953, l’Aéronavale a acceptée d’être l’Affectataire principal de la base d’Andrakaka.
La piste d’Andrakaka a été désherbée en Octobre 1952 et est rendue utilisable par les avions militaires.
L’entretien de la piste et des installations pour l’année 1953 seront réalisés grâce à des crédits de l’Aéronavale.
La date officielle de changement de statut de la base sera le 1er Janvier 1954.
Cette année 1954 verra officiellement la disparition de la BAN DIEGO-SUAREZ et la naissance de la BAN ANDRAKAKA.
Il s’ensuit un transfert progressif des installations techniques de Caméléon (Pyrotechnie) vers la nouvelle BAN. «Provisoirement (sic), les aéronefs continueront à «loger» dans le hangar habituel d’Arachart».
Remarquons que «ce provisoire, style Marine» durera un peu..longtemps, puiqu’en 1972 (18 ans plus tard), il était encore d’actualité et majoritairement appliqué lors du stationnement du C47 à Diégo.
Tout le personnel quittera également la zone vie de Caméléon progressivement pour être caserné à l’Unité Marine.

Ce terrain a servi à des transports de civils (notamment les étudiants qui faisaient leurs études à Tananarive) pendant la Seconde République.
Le DC4 de M MONTEL, Secrétaire d’Etat à l’Air, y a fait escale en Mars 1953 lors de sa tournée d’inspection à Madagascar et la Réunion.
Le 6 juillet 1953, un DC 6 de la T.A.I(Société Commerciale Civile) en difficulté au nord de l’ile et dans l’impossibilité de rallier Tananarive, s’est posé à Andrakaka avec 53 passagers à bord. Il en a redécollé sans problème particulier le 13 juillet après le changement d’un moteur.

On parle d’y créer un nouvel aérodrome… Le Ministre des Transports malgache Rolland Ranjatoelina a annoncé en octobre 2010 la possibilité d’exploiter à Diego Suarez un second aéroport international. Cap Diego aura-t-il un jour l’activité qu’on lui prédisait en 1885 ?
■ S. Reutt - Ass. Ambre

L'aérodrome d'Andrakaka
Le C47 Dakota n°45 FYALA de la section liaison Madagascar (SLM) à l'atterrissage sur la BAN Andrakaka

Commentaires   

# Paulette Hrychiw 14-04-2012 21:47
I was so happy to find this article about Cap Diego. My paternal grandmother, Berthe Emilie PIVERT (nee POUTEAU) died there on 22 April, 1901 after the birth of a still-born son on the 15th April. I could not understand why she was there, but I see from your article that there was a hospital there. (maybe the only one in the area?) Her husband, Alphonse Pivert had a "briqueterie" at Ankorika, which I understand was on "la baie des Francais."

I was wondering if I could have your permission to use the picture of the hospital in my genealogy.
Thank you,
Mrs. Paulette Hrychiw,
Grande Prairie,
Alberta, Canada

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