Vous êtes ici : La Une Histoire Histoire de Madagascar : la batterie de la Côte 84, un trésor historique en péril

Visitez le blog de l'Association Ambre
Les articles de cette section
Histoire sont écrits par les
membres de l'
Association Ambre

- Visitez le blog de l'Association Ambre -

Histoire de Madagascar : la batterie de la Côte 84, un trésor historique en péril
PDF Imprimer Envoyer
Histoire
Mardi, 18 Octobre 2011 12:30
Canon de 164 cm Mle 1893-96 dans la cuve n°3
Poste de tir et sa coupole blindée
Intérieur de la coupole du télémètre
1- Canon de 164 cm Mle 1893-96 dans la cuve n°3 2- Poste de tir et sa coupole blindée
3- Intérieur de la coupole du télémètre.

Cette batterie, encore équipée de ses quatre canons très spectaculaires, est selon les experts le plus bel exemple encore existant dans le monde de ce type d’installations. Alors que ce patrimoine devrait être un point focal des politiques de développement culturel et touristique, il fait l’objet d’un pillage sans merci dans l’indifférence générale.

Entre 1938 et 1942, on se décide enfin à moderniser la défense du front de mer, dont l'équipement remontait au début du siècle au moment où Diego Suarez avait été déclaré point d'appui de la Flotte.
Sont ainsi réalisées plusieurs batteries dont une batterie de quatre pièces de 164 cm Mle 1893-96 sur affût C Mle 23 qui ont été récupérées sur le croiseur Jules Ferry, et installées dans la presqu'île d'Orangéa, au lieu dit « le Point de Vue », à la côte 84, le long de la crête dominant les baies des Dunes et des Pigeons. Cette crête culmine à 84 m, d'où le nom de la batterie, aussi connue comme Batterie du point de vue ou Bellevue.


Les canons de 164 cm du croiseur Jules Ferry en 1914 Les canons de 164 cm du
croiseur Jules Ferry en 1914.

Ce croiseur de 12 550 t lancé en 1903 est désarmé en 1927 et vendu à la ferraille en 1928. Quatre de ses canons de 164 cm sont envoyés à Diego Suarez pour équiper la batterie du Point de Vue.

Canon n°1 en 2006 toujours revêtu de son blindageCanon n°1 en 2006 toujours revêtu de son blindage

C'est une batterie moderne, dotée d'un système de visée constitué d'un conjugateur de tir de type « Colonies », d'un télémètre à coïncidence de 5 mètres O.P.L 3, et d'un projecteur électrique de 150cm G.P.Sauter-Harié pour le tir nocturne. Les pièces ont une portée de 19 kilomètres et délivrent à une cadence de tir de trois coups à la minute des obus de rupture coiffés pesant 54,9 kilos chacun. La batterie est servie par le groupe d’Artillerie coloniale de Diego Suarez. C’est une batterie d’artillerie secondaire (de deuxième ligne).

Les pièces sont installées dans des cuves de 8 mètres de diamètre, encadrées de niches à munitions bétonnées. Ces niches sont ravitaillées, à partir d’un magasin souterrain, via un monte-charge et une galerie de desserte parcourue par une voie de 60.

Un casernement, tout en longueur, communique avec la galerie de desserte, par un escalier à 2 volées de marches.
Le Poste de Tir est situé entre les pièces 3 et 4. Un abri principal présentant une embrasure d'observation semi-circulaire supporte la coupole du télémètre. Un second abri plus petit flanque le premier. Une peinture représentant le paysage de la côte depuis la passe est encore visible dans l'abri du télémètre. Elle donne une idée de la vue qu'on avait depuis cet endroit avant que la végétation n'y ait repris ses droits.
Plusieurs casernements sont accolés en contrebas. Le magasin souterrain est constitué d'un ensemble de salles reliées par une galerie avec au sol une voie de 60 qui mène au puits du monte charge. L'aération est assurée par des cheminées dont les ouvertures sont visibles non loin du poste de tir.

Quoiqu’ envahie par la végétation tropicale, cette batterie possède encore, spectacle rare, ses quatre canons, encore très présentables. Elle est le plus bel exemple, encore existant, d’une batterie française d’artillerie secondaire

Au sud de la cuve n°1, un abri bétonné recevait le générateur et servait d'abri de jour pour le projecteur. Une voie de 60 permettait de déplacer rapidement le projecteur vers son abri opérationnel, à une cinquantaine de mètres de là.
La batterie était gardée par deux petits postes de garde bétonnés situés au nord-ouest et au sud-est du dispositif. A quelques dizaines de mètres du poste nord, une plate-forme d'observation était aménagée au bord de la ligne de relief. On a toujours depuis cet endroit un point de vue exceptionnel sur les abords de la passe qui marque l'entrée de la baie de Diego Suarez.

Jean-Jacques Moulins, expert historique militaire, dans son ouvrage L'index de la fortification Française, dit de la batterie de la Côte 84 que « Quoiqu’ envahie par la végétation tropicale, cette batterie possède encore, spectacle rare, ses quatre canons, encore très présentables. Elle est le plus bel exemple, encore existant, d’une batterie française d’artillerie secondaire ».

Poste de tir
Fresque représentant la vue depuis le poste de tir. On reconnait à gauche la Passe, au loin la Mer d’Emeraude, et à droite les baies de Dunes et des Pigeons séparées par le petit îlot.

 

Un patrimoine sur le point de disparaître

1942 : Iron Clad

Le 5 mai 1942 à 8 h 10, la batterie du Point de Vue signale un croiseur se dirigeant vers la passe. Il s'agit de L' Hermione, avec laquelle la batterie de 164 engage un duel dès que l' objectif est à moins de dix-neuf kilomètres. Celui-ci s'éloigne et est bientôt remplacé par le Devonshire, dont les canons de 203 ont une portée supérieure, ce qui lui permet de maintenir la batterie sous son feu, sans être lui-même menacé. Mais son tir reste sans grands effets et ce sont les servants eux mêmes de la batterie qui la rendront inutilisable avant de se rendre quand le reste de la garnison aura succombé.
Le 7 mai à 16h, le Ramilies, l' Hermione et le Lightning, précédés de dragueurs de mines, entrent dans la baie.
La batterie sera rapidement remise en état par les Anglais qui avaient pu juger de son efficacité, et elle est restée opérationnelle jusqu'au départ des Français qui ont pétardé ses tubes avant leur retrait dans les années soixante dix.

Source : Jean-Jacques Moulins
Diego Suarez 5-8 mai 1942 :
l’Opération « Iron Clad »

Les canons de 164 cm du croiseur Jules Ferry en 1914
A bord du HMS Hermione qui entre dans la Passe le 7 mai 1942 vers 16h. Noter la position des canons qui sont prêts à répondre par un tir en cloche à la batterie de la Côte 84 située non loin au sud. (Photo IWM)

Or ce patrimoine subit actuellement une dégradation très rapide. Alors que les canons possédaient encore leur blindage en 2006, ceux-ci ont disparus, enlevés par des récupérateurs de ferraille inconscients de la valeur de ce qu’ils détruisaient. C’est désormais à la maçonnerie que s’en prennent les pillards qui détruisent systématiquement chaque morceau de béton pour en récupérer qui la ferraille, qui les moellons. Les galeries, encore intactes en 2009, sont désormais à ciel ouvert sur quasiment toute leur longueur. Ce qui représente en plus un grand danger pour les visiteurs du site qui est désormais sillonnés de fossés profonds, abrupts, et infranchissables.
La visite de ces installations pourrait pourtant très facilement être intégrée à des circuits vers les trois baies en proposant, en plus d’un peu d’histoire, plusieurs points de vues particulièrement intéressants sur la région. La visite de la Côte 84 et son point de vue sur toute la zone de l’entrée de la Passe, pourrait être précédée par la visite, à une centaine de mètres de la piste qui mène à la Baie des Sakalava, du fort du Mamelon Vert, construit sur un promontoire offrant un panorama superbe et un bel exemple d’architecture militaire du début du siècle, avec notamment sa « Casemate de Bourges », ouvrage d’artillerie fortifié caractéristique de cette époque qui abritait deux canons de 95 mm.
Au coeur de la Nouvelle Aire Protégée (NAP) d’Orangéa, la mise en valeur ce site semble correspondre pleinement aux nouveaux objectifs de la gouvernance de ces zones.


Accéder à la Côte 84

Galerie principale en cours de destruction près de la cuve n°3Galerie principale en cours de destruction près de la cuve n°3

La principale raison du pillage de ces installations est sans doute qu’elles sont situées à l’écart du passage et ignorées de la plupart, ce qui laisse le champ libre aux rares personnes en connaissant l’emplacement. Il n’en a pas toujours été ainsi  : au nord, la batterie était en effet reliée au camp d’Orangea par une chaussée soutenue par un muret du côté de la pente sur le premier tiers de son parcours. Il semble qu’une voie de 60 permettait le transport des munitions depuis le grand magasin à munitions souterrain d’Orangea, situé à environ 3 km au nord de la batterie. La voie de 60 a depuis longtemps disparu, mais on retrouve cette chaussée, bien qu’envahie par la végétation, en partant depuis le haut du camp d’Orangéa et un 4x4 peut l’emprunter sans (trop) de difficulté. Le seul risque est de se perdre en s’engageant sur des pistes « à zébus » qui souvent semblent trompeusement plus accessibles.

Plan d'impantation de la Côte 84

Au sud, la Côte 84 était reliée au fort du Mamelon Vert (ouvrage E) par une piste rectiligne de 3 km. Cette piste, si elle est encore parfaitement visible sur les photos satellites, est par endroit totalement obstruée et ne permet pas le passage d’un véhicule.
Le secteur d'OrangéaDes randonneurs courageux pourront cependant assez facilement atteindre la batterie depuis son intersection avec la piste qui mène à la Baie des Sakalava. Mais il sera plus facile pour eux de partir depuis le nord de la Baie des Sakalava, de traverser la dune en direction du nord ouest et de gravir ensuite jusqu’au sommet de la colline qui se trouve en face. Mais attention : si de nombreux sentiers s’ouvrent dans la végétation, tous ne conduisent pas où on l’espère, et tant qu’un balisage digne de ce nom n’aura pas été mis en place, il est vivement recommandé de se munir d’un GPS afin de ne pas se perdre au milieu de la végétation. Les coordonnées des postes de garde nord et sud sont indiquées en légende du schéma d’implantation ci-dessus.

Partagez cette page : Facebook Google Technorati Digg-France Twinik

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont écrits par les lecteurs de La Tribune de Diego et engagent leur seule responsabilité.
La rédaction se réserve le droit de supprimer les commentaires injurieux ou inconvenants.


Code de sécurité
Rafraîchir


 

Visitez le blog de l'Association Ambre
Les articles de cette section
Histoire sont écrits par les
membres de l'
Association Ambre

- Visitez le blog de l'Association Ambre -

Météo

Prévisions

Vendredi

Risques de tempête
Max : 31°
Min : 23°
Samedi

Orage
Max : 30°
Min : 23°
Dimanche

Brouillard
Max : 30°
Min : 22°
Lundi

Risques de tempête
Max : 30°
Min : 22°

Toute la météo

Vendredi
MD320 /342 /343 /321 (B733)
Arrivée Départ
ANTANANARIVO 06h20
NOSYBE 07h25 07h50
ANTSIRANANA 08h15 14h50
NOSYBE 15h15 15h40
ANTANANARIVO 16h45
MD194 /195 (B733)
Arrivée Départ
ANTSIRANANA 09h20
REUNION 12h05 12h55
ANTSIRANANA 13h45

Tous les horaires

La Tribune de Diego en PDF

Télécharger La Tribune de Diego N°54 en PDF
N°54
Semaines du 16 au 29 mai 2012
Télécharger
La Une : L’enseignement public de Madagascar en crise
Commerce équitable et solidaire à Diego Suarez
Histoire : Des ailes dans le ciel de Diego Suarez... Deuxième partie : des débuts à la seconde guerre mondiale
Dossier : Zegny’Zo ! 2012 : c’est parti !



Initialisation de l'Agenda...



Bannière

Bannière
Bannière

Sports


RSS
Bannière

La situation des étrangers discutée en réunion avec le Ministre de l’Intérieur à Diego Suarez

Les instructions du Ministre de l'Intérieur Florent Rakotoarisoa ont été strictes « la situation des étrangers investisseurs et résidents à Madagascar doit obéir aux lois ». Des étrangers se trouvent en situation irrégulière, d'autres utilisent même des faux papiers pour pouvoir rester sur le territoire malgache. « Cela ne peut pas être toléré, de plus nous savons que les autres pays contrôlent strictement l'entrée des étrangers sur leurs territoires » a ajouté M. Florent Rakotoarisoa.

Lire la suite...

La Tribune de Diego
La Tribune de Diego
et du Nord de Madagascar

Tél : +261 32 75 068 35
tribunedediego@gmail.com

Galerie Impériale
5 Avenue Lally Tollendal
201 Antsiranana


LaTribune de Diego est éditée par :
SARL Groupe Nord Média

Capital : 2 000 000 Ariary
(durée 99 ans)
RCS-ANTS-2011-B-0032


Principaux associés :
Laurence D'HONDT, Laurent BOYER, Gilbert RAKOTONIRINA, Jean Marie DAVAL, Philippe ZENONE, Jean-Baptiste  MANSUY

Directeur de la publication:
Gilbert RAKOTONIRINA

Rédacteurs en chef :
Philippe ZENONE,
Jean-Baptiste MANSUY

Rédaction :
Maholy ANDRIANAIVO, Suzanne REUTT, Jean Marie DAVAL, Sandra VOKA, Christian BARBE

Fondateurs :
Laurence D'HONDT, Laurent BOYER

Responsable commercial :
Jean-Baptiste MANSUY
Tél : +261 32 75 068 35


Webmaster :
Philippe ZENONE
Tél : +261 32 04 925 17

Site hébergé par :
Amen
AMEN SASU,
12-14, Rond Point des Champs Elysées
75008 Paris.


Contenu du site :
les articles et les photos présentés sur ce site sont la propriété de leurs auteurs respectifs.

Le contenu de ce site est protégé par le droit d'auteur. Toute utilisation non strictement personnelle ne peut être faite sans l'accord de l'auteur.

Ces dispositions confèrent à l'utilisateur un droit d'usage privé, non collectif et non exclusif, sur le contenu du site. Il comprend le droit de reproduire pour stockage aux fins de représentation sur écran monoposte et de reproduction en un exemplaire, pour copie de sauvegarde ou tirage sur papier. Toute mise en réseau, toute rediffusion, sous quelque forme, même partielle, est donc interdite. Ce droit est personnel, il est réservé à l'usage exclusif et non collectif du licencié. Il n'est transmissible en aucune manière.

Tout autre usage est soumis à autorisation préalable. La violation de ces dispositions impératives soumet le contrevenant, et toutes personnes responsables, aux peines pénales et civiles prévues par la loi.

Bannière
Bannière