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Des rêves... et des réalités : les projets avortés de développement de Diego Suarez
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Histoire
Samedi, 12 Novembre 2011 04:11

les projets avortés de développement de Diego SuarezAu cours de son histoire, Diego a été l'objet de projets grandioses, parfois irréalistes ...et souvent non réalisés. La liste que nous allons en donner n'est certainement pas exhaustive, mais elle permet de rêver sur ce qui aurait pu être et n'a pas été...

L'exploitation du caoutchouc.

Tous ceux qui connaissent Diego, connaissent cette liane, aux feuilles vernissées et aux jolies fleurs roses que les botanistes nomment cryptostegia madagascariensis et les malgaches lombiry.
Il fut , un temps, question de l'exploiter à grande échelle pour en extraire du caoutchouc de grande qualité et possédant, de surcroît un fort pouvoir isolant.
A cet effet, le Général Gallieni accorda une concession à un industriel de la ville. Ce dernier assura quelques essais de production mais Diego ne devint, hélas, jamais le fournisseur des usines Michelin!


Le tramway électrique

Ce projet fut soumis au Général Gallieni - de passage à Diego par un ingénieur, entrepreneur de travaux-publics, nommé Botier. Il s'agissait d'installer un tramway électrique destiné à relier Antsirane au Camp d'Ambre (actuellement Joffreville). En effet, les communications pour le Camp d'Ambre étaient assurées par un chemin de fer Decauville (dont nous vous parlerons davantage dans un prochain article). Cependant, la voie Decauville n'allait pas jusqu'au Camp d'Ambre: elle s'arrêtait à Sakaramy et le reste du trajet se faisait par traction à mulets.
Le concepteur du projet de tramway faisait remarquer que cette voie permettrait d'utiliser le sanatorium de la Montagne d'Ambre "qui, par son altitude et la douceur de son climat, paraît réunir toutes les conditions requises à ce effet". Et, voyant plus loin, il ajoutait « Elle permettrait, en outre, aux habitants d'Antsirane d'avoir leur habitation personnelle dans la montagne et de s'y rendre tous les soirs, ne conservant dans la ville même que leur bureau ou leur maison de commerce, comme le font les habitants de Hong-Kong ».
Hélas, le projet ne vit jamais le jour et Diego ne ressemble toujours pas à Hong-Kong!


La route Diego Suarez - Fort-Dauphin

En 1901, le Journal Officiel de Madagascar publiait des Instructions concernant l'établissement des routes à Madagascar. Parmi celles-ci, on relevait le projet du Général Gallieni d'établir une route reliant Diego Suarez à Fort-Dauphin.
A partir de là, on se mit à rêver à une ligne de chemin de fer, longeant cette artère centrale (et d'où un réseau de routes auxiliaires se détacheraient pour aboutir aux différents ports de l'Est et de l'Ouest).Diego Suarez deviendrait alors "la tête de ligne de toutes les compagnies de navigation...et toutes les marchandises seraient envoyées par cette artère principale desservant le réseau de routes auxiliaires".
La Revue de Madagascar, n'hésitait pas à écrire, an 1901: "Le jour où la route sera doublée d'un chemin de fer, Diego Suarez sera le grand et unique port de la Colonie"!
Cependant, l'auteur de ces lignes ne se faisait pas trop d'illusions puisqu'il terminait ainsi: "Mais l'exécution de ce projet grandiose est tellement éloignée, que l'on ne peut en faire fonds dès maintenant, et que l'avenir seul décidera, à ce point de vue, du rôle assigné à Diego Suarez".
Saine précaution puisqu'il fallut attendre cent ans l'établissement de cette route centrale. Quant à la voie ferrée du Nord au Sud ...on l'attend toujours!

Un projet pharaonique ...et qui faillit se réaliser : la liaison entre les deux côtes

Devant les dangers que présentait le passage du Cap d'Ambre pendant la saison des alizés, l'idée de relier la baie du Courrier à la baie de Diego s'imposa très vite.
L'idée la plus grandiose consistait à couper la presqu'île d'Ambre par un canal permettant aux navires d'éviter le Cap d'Ambre. Dès 1899, la Revue de Madagascar relatant le voyage du Général Pennequin à Diego, indiquait: « D'autre part, le percement de la presqu'île d'Ambre entre la baie du Courrier et le Cul de sac Gallois, sur un parcours de 6 km environ, est à l'étude. Ce passage permettra aux navires à voiles et surtout aux boutres, en évitant de doubler le Cap d'Ambre, d'entrer par toutes saisons dans la baie ».
Les détails du plan étudié pour le trajet du canal sont un peu plus explicités par J.Xior, dans la Revue Questions diplomatiques et coloniales : « Le fond de la rade n'est séparé de la côte ouest de l'île que par un isthme de six kilo¬mètres de largeur, dont le-percement est à l'étude ; un premier plan fait aboutir le canal projeté d'un côté dans la baie du Courrier, de l'autre dans le cul-de-sac Gallois; malheureusement,ce dernier n'est pas navigable, et cette circonstance nécessitera la construction d'un chenal d'au moins six kilomètres de long. Il serait peut-être plus avantageux de réunir l'une des baies d'Amponkarana ou d'Amba¬vanibé à celle des Cailloux blancs, qui a des fonds variant de 10 à 30 mètres : le canal ne serait pas plus long, et il n'y aurait pas besoin de chenal. ».
Ce projet de canal fut bien près d'aboutir mais la guerre de 14-18 fit oublier à la France ses projets lointains... Et Diego n'eut jamais son canal de Suez!


Une voie ferrée entre les deux côtes

Faute de pouvoir faire passer les bateaux à travers la presqu'île d'Ambre, on envisagea - a minima- de faire transiter les marchandises; et, pour cela, d'établir une voie ferrée entre les deux côtes.
On pouvait lire les grandes lignes de ce projet, dès 1903, sous la plume d'Etienne, Vice-Président de la Chambre des Députés:
« Une autre entreprise intéressante, pourra aussi, d'ici quelques années, contribuer efficacement au développement du commerce maritime de Diego Suarez en permettant à un grand nombre de voiliers de prendre part au trafic général du port. La mer, toujours très houleuse dans les parages du cap d'Ambre, malmène souvent les petits bâtiments jusqu'aux abords de Diego, et il est arrivé fréquemment que tel d'entre eux ayant manqué la passe, n'a pu faire route en arrière et a dû attendre le changement de mousson, c'est à dire environ six mois, pour tenter de nouveau l'entreprise. En fait, la rade de Diego se trouve ainsi à peu près interdite aux bâtiments de faible tonnage. Or, sur la côte Est où débouche la passe, la mer est presque toujours très calme sur la côte Ouest opposée, dans les baies d'Ambavahibe, d'Amponkarana et dans celle du Courrier qui est la plus vaste, la plus profonde, et en même temps la plus rapprochée d'Antsirane.
Cette circonstance a conduit le général Joffre à faire étudier tout récemment le tracé d'un chemin de fer qui, avec un dévelop¬pement d'environ 35 kilomètres, reliera la baie du Courrier à Antsirane en desservant, sur son parcours les belles régions de culture et d'élevage d'Antongobato et d'Anamakia. L'étude très complète, faite sur le terrain par M. le capitaine du génie Fénéon, a montré que ce projet ne rencontrera aucune difficulté d'exécution particulière et ne comportera pas de dépenses dépassant la moyenne de celles à prévoir pour les travaux de ce genre. La construction de cette ligne aura pour premier résultat de créer à la baie du Courrier une sorte de port annexe de celui de Diego. En outre, le tracé, relié à la ligne déjà existante de la concession d'Antongobato à celle de la montagne d'Ambre et aussi aux divers établissements militaires et maritimes, aura, une double utilité et servira à la fois les intérêts économiques du port de commerce et ceux de la défense du port de guerre »
.
Mais, là non plus, les études ne furent -comme souvent- pas suivies d'effet et les petits bateaux continuent à affronter les immenses vagues du Cap d'Ambre...

Au cours des decennies, et de nos jours encore, bien des projets ont été formés: une route littorale qui contournerait Diego, un village touristique à Orangea, un golf aux Sakalaves, un aéroport international à Cap Diego, que sais-je...Quelquefois, les rêves se réalisent...

■ S.Reut - As. Ambre.

 

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