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Carte de la Baie de Diego Suarez dressée en 1825 par Leguevel de Lacombe
Carte de la Baie de Diego Suarez dressée en 1825 par Leguevel de Lacombe. Les chiffres de sondes expriment des brasses

Mais, de véritable port, il n'y en eut pas avant la fin du XIXème siècle, même si -en un endroit ou l'autre de la baie- on a quelquefois parlé de « port ». En effet, si nous en croyons les dictionnaires, pour qu'il y ait port, il faut qu'il y ait « aménagement ».

Pendant des siècles, et peut-être des millénaires, les navires ont donc cherché, dans la rade de Diego Suarez, des havres plus ou moins naturellement protégés mais il fallut attendre 1885 pour qu'un embryon d'aménagement puisse justifier l'appellation de « port de Diego Suarez ».

Une baie presque ignorée

Nous avons vu dans un article précédent que le Cap d'Ambre a été un des principaux obstacles à l'accès à la rade de Diego Suarez. L'audacieux pilote arabe Ibn Magid en parle avec terreur et il semble que, pendant longtemps, les navires aient emprunté une route passant très au nord (quelquefois jusqu'aux Seychelles) et qui les éloignait donc de la baie de Diego Suarez.
La seconde raison est de nature économique: les capitaines de navire, arabes ou persans, recherchaient essentiellement des denrées négociables, comme celles qu'ils pouvaient trouver sur les côtes africaines: or, ivoire, bois, esclaves. Denrées que l'on pouvait difficilement leur fournir dans une contrée à peu près vide d'hommes.
Certains, cependant s'aventurèrent dans le Nord espérant en ramener de l'ambre gris ou des écailles de tortues.
D'autres, surpris par les tempêtes, ou à la recherche d'eau et de ravitaillement, franchirent la passe qui leur offrait parfois le salut
Nous verrons donc ici quels ont été, au fil du temps, les mouillages qui ont offert leur abri aux navires d'autrefois.

Au temps des boutres

Comme nous l'avons vu dans de précédents articles, il semble que depuis longtemps, ce que nous appelons la baie des français ait été un lieu d'escale occasionnel pour les navigateurs.
En effet, les archéologues ont retrouvé, dans ce qui reste du petit ilot de l'embouchure de la rivière Betahitra (au bord de la route de Ramena)des tessons de verre et de sgraffiatos (céramiques produites dans le golfe persique). On a découvert également, dans une grotte de la gorge d'Andavakoera (dans la Montagne des Français) des vestiges analogues ainsi que des débris de poteries chinoises.
Il semblerait donc que le site de l'îlot de Betahitra ait constitué le point de débarquement de marins s'abritant dans la grotte d'Andavakoera lors d'une visite pour se ravitailler ou découvrir des produits de traite comme l'écaille de tortue

Qui étaient ces hardis navigateurs ?
Vraisemblablement des islamisés venant de la côte d'Afrique ou du golfe persique.
En effet, dans les siècles précédant l'arrivée des Portugais au XVI ème siècle, les rares relations avec Madagascar se firent à partir des comptoirs musulmans de la côte orientale de l'Afrique.
Une des rares sources de documentation à ce sujet est la « Hâwiya » d'Ibn Mâgid (1462) dont les vers 101 à 104 donnent des renseignements assez précis sur le Cap d'Ambre qu'il appelle « le cap du sel »:
102: « j'entends, mon brave, au Cap du Sel (Ras al-milh) que connaissent (les pilotes) aussi bien Arabes que Persans »
103: « Certains ont dit (ce cap) à douze doigts de hauteur, mais, au couchant, c'est bien Grande Ourse à onze doigts ».
Dans le chapitre VII, au vers 137 Ibn Magid évoque le « Port-Bani Isma'il », c'est à dire le port des Arabes, que l'on pense être Ramena.
Nous verrons plus loin qu'en 1823, sur la carte qu'il donne de la baie de Diego Suarez, Leguevel de Lacombe, situe, à l'emplacement de l'actuel village de Ramena, un « Port des Arabes » (Moncale-Antalotches) appelé aussi le « Port des Boutres ».
Les boutres, symboles de la navigation arabe dans l'Océan Indien sont des bâtiments non pontés, gréés d'une voile arabe ayant la forme d'un trapèze assez pointu. Pendant des siècles, ce sont ces boutres (encore construits dans le Nord de Madagascar, notamment à Antalaha et à Nosy Be) qui ont touché les côtes de Madagascar, essentiellement la côte Est.

Les portugais
A partir du XVIème siècle, les marins portugais vont supplanter les marins arabes dans la recherche des richesses que peuvent fournir les côtes africaines et, accessoirement, Madagascar.
D'après Castanheda: « Au printemps 1506, la flotte de Lopez de Sequeira doubla le cap de Bonne-Espérance puis l'Amiral fut poussé par la tempête au sud de Madagascar. Il contourna l'île par le sud-est.
Poursuivant vers le nord, il arriva à une grande baie où aboutissaient trois rivières. Il donna à ce port le nom de Sâo Sebastiâo, parce que c'était le jour de ce saint. Et, ne trouvant rien à acheter, il partit, mettant le cap sur Ceylan »
.
Pour Grandidier, Lopez de Sequeira serait, en fait, parvenu à la baie de Diego Suarez (d'autres historiens pensent qu'il s'agissait du cap Saint-Sébastien.)
Mais qui a donné son nom portugais de la baie de Diego Suarez?
Plusieurs hypothèses ont été avancées, sans qu'aucun document déterminant ne permette de trancher.
Pour certains, la baie porte le nom de Diogo Soarez qui commit en 1543 des exactions dans cette zone et qui fit relâche dans la baie.
Pour d'autres (l'historien Decary) elle doit son nom à deux navigateurs portugais, Diego Dias qui découvrit Madagascar le 10 août 1500 et qui longea la côte orientale et Fernan Soarez qui suivit la même côte du 1er au 19 février 1506.
En tous cas, il fallut attendre 1635, soit un siècle plus tard, pour voir apparaître ce nom sur la carte du pilote Berthelot.

Les pirates
Il y en eut certainement dans la baie, soit qu'ils aient voulu se soustraire aux tempêtes, soit qu'ils aient voulu échapper aux navires qui les pourchassaient, soit encore, qu'ils aient voulu se ravitailler.
Mais ils n'ont laissé aucune trace de leurs passages.
Quant à Libertalia, nous savons maintenant que cette belle histoire romanesque n'est que ...du roman!

Carte générale de Madagascar dressée par Coronelli en 1506
Carte générale de Madagascar dressée par Coronelli en 1506
Les premières explorations de la baie au XIXème siècle

Avec le début du XIXème siècle et l'expansion commerciale et coloniale des Etats européens, la baie de Diego Suarez va attiser les convoitises, notamment celles des anglais et des français.
Nous avons parlé plus haut de Leguevel de Lacombe. Ayant passé 8 ans à Madagascar, de 1823 à 1830 ( dans un but uniquement commercial...), il publia, en 1840 un « Voyage à Madagascar et aux Iles Comores » dans lequel il donne les premiers renseignements précis que nous ayons sur la baie de Diego Suarez. Il en donne aussi une description qui fera naître les convoitises des grandes maisons de commerce et, plus tard, des puissances coloniales.
« La baie de Diego Suarez, dans le N.O (?) de Madagascar, à cent soixante -dix lieues environ de Tamatave, est le port de l'île le plus sain et le mieux situé ; sa position est si avantageuse que les rivières qui se jettent dans ses havres assurent au commerce des communications faciles...».
Et il ajoute, plus loin: « La baie de Diego Suarez me paraît réunir des avantages qu'on chercherait vainement ailleurs ».
L'année suivant le voyage de Leguevel de Lacombe , l'anglais Owen explora la baie en détail et donna des noms anglais à ses différentes parties :- Irish Bay, Scotch Bay, English Bay, Welch Bay...
Leguevel de Lacombe, qui eut connaissance de cette nouvelle nomenclature quand il publia son livre, en 1840, s'insurgea contre ces appellations et proposa une carte restituant aux différentes indentations de la baie le nom que leur donnait les « naturels », c'est à dire les malgaches.
Il nomme ainsi « Douvouch Vatou Foutchi » (Andovobatofotsy) l'English Bay d'Owen; « Douvouch Varats » (Andovokavaratra), l'Irish Bay ; « Douvouch Vasa » (Andovobazaha) la Scotch Bay.
Au sujet de cette dernière baie, Leguevel de Lacombe fait preuve du même esprit de clocher qu'Owen puisqu'il traduit vazaha - qui signifie « étranger » par « français ».
Dix ans plus tard, en 1833, le commandant Bigeault, à bord de la corvette La Nièvre parcourut la côte et fit de nombreux relevés hydrographiques: c'est de cette expédition que date le nom du « Port de la Nièvre ».

Les boutres, symboles de la navigation arabe dans l'Océan Indien
Les boutres, symboles de la navigation arabe dans l'Océan Indien
L'appétit des grandes puissances

Les années qui vont suivre vont voir les nations européennes, notamment la France, s'intéresser de plus près à la baie de Diego Suarez.
En 1863 et 1864 les agents de la Compagnie de Madagascar, envoyés en reconnaissance dans le Nord, sont éblouis par une baie qui, selon Guinet « est la plus belle de toutes celles que je connaisse à Madagascar ».
Guinet, envoyé par le roi Radama et reçu à Ambohimarina, a observé le port Rigny qui est le port du gouvernement merina de la Province Nord, mais il note:
« Quoi qu'il en soit, Diego Suarez sera toujours le principal port de toute cette côte; par lui, il est facile de relier des communications avec la côte ouest où la navigation avec la côte d'Afrique, Zanzibar etc. est toujours facile et peut donner de magnifiques résultats commerciaux ».
Son collègue, le Dr Gunst, sera encore plus enthousiaste:
« Il n'y a pas de discussion possible: le port de Diego Suarez surpasse même le fameux port de Sydney. Là, il y a mouillage pour tous les navires du monde, de toutes les dimensions.
La fertilité des terres qui avoisinent le port, les facilités de transport pour les produits, les ressources qu'on y trouve pour les constructions, permettent facilement de prévoir que ce port comptera plus tard parmi les plus importants du monde pour son commerce et son industrie »
.
20 ans plus tard, par le traité de 1885, la France obtenait le Territoire de Diego Suarez et le droit d'y faire « des installations à sa convenance »...

■ S. Reutt - Ass. Ambre

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