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La Baie des Russes de nos jours. Photo : Palma Nova
La Baie des Russes de nos jours. Photo : Palma Nova

Nous avons vu dans l’article précédent que malgré les résultats décevants des prospections de charbon dans la presqu’île de Bavatobe, beaucoup croyaient encore à l’existence, dans le Nord de Madagascar, d’un bassin houiller, trois fois plus grand que celui de la France. Le plus fanatique de ces « convaincus » fut M. Locamus

Le rêve de Locamus

M.Locamus, avait créé l’énorme usine de la Graineterie Française d’Antongombato, à Diégo-Suarez. Cette usine, ultra -moderne pour l’époque devait produire des conserves de bœuf pour l’armée française. Cependant elle fonctionna très peu de temps en raison, d’après son promoteur, d’une mauvaise gestion. La Graineterie Française appartenait à une Société Anonyme, disposant d’énormes disponibilités financières. Locamus fut donc chargé de trouver d’autres utilisations pour les capitaux que l’on mettait à sa disposition.
Mis en contact avec Guinard, qui avait rendu un rapport négatif sur Bavatobe, il ne se laissa pas décourager par le pessimisme de celui-ci sur la valeur du bassin houiller et prit contact avec le Premier ministre Rainilaiarivony, pour obtenir l’autorisation de continuer les travaux de prospection.
Sa demande fut rejetée, le gouvernement hova craignant d’une part que l’on profite de ces prospections pour chercher de l’or, d’autre part redoutant - à juste titre - l’intrusion des européens à Madagascar.
Locamus fit cependant effectuer, sans grands résultats, quelques recherches par un technicien. Malgré le peu de résultats tangibles, Locamus ne se découragea pas. Il contacta sa Compagnie , à qui il apporta quelques échantillons qui, d’après lui, étaient d’une qualité « excellente ».
Pour pouvoir se livrer à des recherches, il fit attribuer à deux malgaches la jouissance des pâturages de la presqu’île de Bavatobe: ceux-ci, qui avaient obtenu, grâce à Locamus, un crédit pour l’achat des bœufs qu’ils vendaient à l’usine de viande, lui servirent en fait de prête-nom pour continuer ses travaux de prospection. Parallèlement, il demanda une autorisation pour effectuer ses sondages, autorisation qui lui fut refusée.
En 1893, les recherches n’avaient pas avancé et les troubles causés par le conflit franco-merina empêchèrent toute tentative de prospection.
Il fallut attendre 1897: Madagascar étant devenu colonie française, Locamus reprit ses recherches. En 1898, Locamus installa un premier poste minier à la pointe d’Amboboka et un second près de l’ancienne galerie creusée par l’infortuné M.D’Arboy qui, comme nous l’avons vu dans un article précédent, avait été assassiné en 1889. Mais les travaux furent interrompus par l’insurrection de 1898 dans le Sambirano.
En 1899, Locamus céda sa concession à la Compagnie Franco-Malgache et en 1900, les travaux reprirent sur le cap Amboboka mais ces travaux furent rapidement abandonnés.
Au début du XXème siècle le Gouvernement Général envoya le commandant d’artillerie Villiaume pour étudier la question.
Dans son rapport du 25 décembre 1902, le commandant Villiaume évoquant ces débuts de prospection reconnait que:  de tous les dépôts de cette nature étudiés dans la région, c’est, à beaucoup près, celui qui nous a le plus séduit, et c’est celui sur lequel les efforts d’un commencement d’exploitation ont porté à peu près uniquement ».
Mais il ajoute: « A vrai dire, sauf une excavation à flanc de talus et à ciel ouvert cubant peut-être trente mètres cubes, tout au plus, il n’existe aucun vestige qui rappelle des travaux sérieux ».
Dans son rapport il avance notamment: « Nos premières investigations portèrent tout d’abord sur les terrains de la pointe de Bavatobe. La constitution de cette partie de la formation a tous les caractères pétrographiques des dépôts houillers bien en place. »
Malgré les constatations décevantes du commandant Villiaume, et bien qu’il ait cédé sa concession, Locamus ne cessa jamais de s’accrocher à son rêve. Il faut dire que le rapport Villiaume était ambigu puisqu’il évoque la possibilité que certaines zones, non étudiées, puissent se révéler fécondes, contrairement à ce qu’avait constaté Guinard :« Ce fut donc une erreur d’invoquer le peu d’étendue des terrains primaires, qui n’existe nt pas sur le littoral, pour déclarer stérile une formation qui ne leur appartient pas » .
Et, constatant que l’on avait toujours fouillé à la même place, il concluait « On ne sera fixé sur la nature et la valeur des zones profondes que par des sondages ».
Il n’en fallait pas plus à Locamus pou continuer à espérer et même à développer son rêve: « La lecture de ce rapport ne pouvait que m’encourager, puisqu’il contenait une affirmation de l’existence du bassin houiller, et qu’il en étendait même les limites jusqu’à Analalava. Il laissait en outre espérer que nous pouvions nous trouver en présence de nappes de pétrole; quelle transformation dans la fortune générale de Madagascar!
Alphonse Mortages, qui a bien connu Locamus, évoque ironiquement le rêve fou de son ami dans ses Mémoires écrites en 1938:« Ce brave homme, car c’était un bien brave homme, ne voyait que par la baie de Bavatobe au fond de la baie de « Passandava ». C’est là qu’aurait dû être la capitale de Madagascar, c’est là qu’aurait dû être le bassin de radoub car Bavatobe, avec ses immenses gisements de charbon et ses non moins immenses champs d’or aurait dû être, d’après lui, le Centre du Monde. Il y a 34 ans de cela; il n’y pas encore une case ».
Mais s’il se moque gentiment, Mortages explique aussi avec émotion pourquoi ce gros brasseur d’affaires se désintéressa de ce qui avait été son rêve quand sa femme fut assassinée pendant une de ses absences..Bavatobe ne portait pas chance à ceux qui convoitaient ses richesses réelles ou supposées...

Le charbon de Bavatobe : légende ou réalité ?

Pendant quelques années encore le rêve d’un bassin houiller à Madagascar subsista...

Dans le « Mémorial d’Aix » du 10 août 1902 on peut lire: « On se préoccupe beaucoup en ce moment des capitaux que paraissent devoir amener les recherches minéralogiques auxquelles depuis plusieurs années s’est consacré M.Villiaume, officier d’artillerie dans les environs de Bavatobe où des affleurements ont de tout temps été signalés ».
En 1905, on n’a toujours pas trouvé de charbon mais on espère encore...
Le très sérieux Annuaire du Gouvernement Général de Madagascar annonce: « A Nossi-Be, comme à la Grand-Terre, il n’existe encore aucune entreprise minière. On est encore à la période de la recherche et des essais. C’est surtout dans la presqu’île de Bavato-Be, ou l’on espère trouver des mines de charbon ou de métaux précieux, que se portent les efforts des prospecteurs (Compagnie Générale Franco-Malgache, mission Villiaume.) Des puits ont été creusés et des échantillons mis à jour. »

Et puis...plus rien.

Les annuaires des années suivantes ne mentionnent plus le fol espoir.
Espoir qui avait été raillé, dès 1902, par D’Anfreville de la Salle: rappelant les débuts de recherche du malheureux M.D’Arvoy, il ironise : « Un travail de cette importance ne mérite pas le titre d’exploitation; c’est cependant sur lui qu’est en partie fondée la légende du charbon malgache.
Depuis la mort de d’Arvoy, ce charbon a fait d’autres victimes, mais c’étaient cette fois, des actionnaires! La renommée des mines de Passandava et Bavatobe subsista après l’assassinat de d’Arvoy, peut-être grâce à cet évènement. Certains ouvrages en font mention, sans trop préciser, du reste.
Guillemin, ingénieur de la Compagnie de Madagascar, assigne juste 7,200km2 au bassin houiller de cette région; 250 kgs de charbon natif, recueillis par ses soins, brûlèrent à la satisfaction générale, dans les chaudières du Surcouf . On s’en tint là, ces faits si probants n’ayant plus encouragé personne.
Deux ingénieurs de Saint-Etienne publièrent en 1885 une étude consciencieuse de la région où ils infirmaient l’existence des mines, mais la légende l’emporta.
Une compagnie s’est formée depuis, qui devait entre autres richesses, exploiter celle-là. L’anecdote suivante, bien coloniale, courut même sur ce sujet: Le directeur de cette compagnie, ne trouvant pas de charbon et ayant, toutefois, le plus vif désir d’en rencontrer, résolut de s’en faire envoyer de Cardiff quelques centaine de tonnes. Il escomptait déjà qu’en expédiant en France ce charbon, préalablement baptisé malgache, il pouvait réaliser une excellente opération financière par la vente de ses titres. Le malheur voulut que le bateau charbonnier qu’il avait affrété fît naufrage avec sa cargaison.
C’est pour cet unique motif, disent les mauvaises langues du pays, que les mines de la côte sont encore vides de charbon. Il est à craindre qu’elles ne s’enrichissent jamais »
.
Moins caustique et plus scientifique, le géologue Lemoyne, affirma en 1903: « il est certain que les couches de charbon, épaisses de plusieurs mètres, qu’on voit, au dire d’auteurs anciens, se poursuivre sur des kilomètres entiers, n’existent pas. Il s’agit probablement de couches de schistes noirs, intercalés dans des grès jaunes ou rouges, que l’on a dû prendre de très loin pour des couches de houille. »
Et voilà! Le rêve d’un bassin houiller, capable de fournir le précieux combustible à tous les vapeurs de l’Océan Indien s’éteignit...
Ce sont maintenant d’autres sources d’énergie qui font maintenant fantasmer les gouvernements et les investisseurs...
■ S.Reutt

Carte : La Baie des Russes
Située à l’extrémité de la presqu’île d’Ampasindava, la Baie des Russes, désormais attraction touristique à proximité de Nosy Be, a porté de multiples noms à travers les âges : - Baie Conconis (1650) - Conquimbo (1680) - Port-Rond (1700) - Dalrymple bay (1806) - Baie Bavatoby (1885) - Baie d’Ambavatoby (1894) - Baie de Bavatoube ...et enfin Baie des Russes après le séjour d’une flotte russe relaté dans un précédent article.

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