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Le Khat à Diego Suarez : fléau ou mal nécessaire ?
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Société
Vendredi, 23 Juillet 2010 08:54


Ceux qui arrivent à Diégo Suarez pour la première fois sont toujours étonnés de voir ces hommes et parfois ces femmes aux joues gonflées. Ils s’assoient à l’ombre d’un arbre ou aux balcons, avec une bouteille d’eau glacée et une botte de khat dont ils mâchouillent les feuilles une par une.

On en fait une chique afin d’obtenir une boule dans la joue, l’eau est nécessaire pour lutter contre les tanins contenus dans les feuilles (provoquant une sécheresse de la bouche). Pour conserver leurs qualités stimulatrices, il faut les consommer rapidement après la cueillette soit dans les trois jours maximum.

 A Antsiranana, le khat arrive d’Antsalaka et d’Anjavy (Joffreville) à midi, vendeurs et consommateurs se précipitent sur la Rue Justin Bezara ou à Bazarikely pour acheter bottes et paquets de khat aux transporteurs-grossistes. Un vendeur achète 7 ou 8 paquets par jour qu’il redistribue en des bottes de cinq à six branches chacune. 2000 Ar, c’est le prix moyen d’une botte de khat. Selon Hassany, vendeur de khat, il obtient en moyenne un bénéfice de 4000 Ar pour chaque paquet et il parvient à vendre au moins cinq paquets par jour. Un revenu assez important qui permet à lui et à sa famille de vivre aisément. De mai à juillet, le khat coûte cher car la culture nécessite beaucoup plus d’attention, il n’y a pas assez de pluie et le Varatraza souffle fort.
Un consommateur de khat dépense en moyenne 2500 Ar par jour. Pour ceux qui ont un revenu assez important, 2500Ar n’est qu’une petite somme et tant que cela ne devienne une habitude et un besoin au quotidien, la famille peut tolérer. Mais pour les familles défavorisées, sans parler du temps perdu à la mastication, la consommation du khat alourdit les charges du ménage. Une mère nous confie : « Au lieu de nous apporter à manger, mon fils et mon mari préfèrent dépenser leurs argents en mâchouillant ces plantes vertes. Tous les jours, cela devient un sujet de dispute.»
Les conséquences au niveau socio-économiques sont considérables et même si le khat n’entraîne pas forcément une toxicomanie, on ne peut négliger ses effets sur la santé. Nous avons demandé l’avis d’un médecin pour cela. En fait, les alcaloïdes contenus dans cette plante agissent sur le corps comme les amphétamines, mais contrairement à ces derniers, leurs quantités ne peuvent présenter un danger immédiat pour l’organisme.
Après une heure de mastication, les alcaloïdes agissent sur le cerveau : euphorie, parole abondante…, les pupilles dilatées et le gonflement des vaisseaux sanguins montrent qu’il y a accélération du rythme cardiaque et hypertension artérielle. Pendant les 24 heures qui suivent la mastication, les médecins ont constaté d’autres effets : insomnie, syndrome dépressif, problème digestif…Donc les risques les plus graves qu’encourent les consommateurs (à long terme) sont une œsophagite, un dysfonctionnement sexuel et un accident cardio-vasculaire.
A Madagascar, la culture, la vente et la consommation de khat ne sont ni interdites ni légalisées par la loi. En 1977, l’Etat français a promulgué une loi interdisant la production et la commercialisation du khat dans l’ensemble de son territoire et ses possessions. Mais à cette période, la plupart des pays africains consommateurs de khat (dont Madagascar) ont déjà obtenu leurs indépendances. Malgré ses conséquences sur la santé et sur la société, la mastication du khat est déjà ancrée dans la Culture des Antsiranais. Et ne négligeons pas le fait que cet arbrisseau introduit il y a un siècle sur la grande île, fait vivre actuellement une centaine de personnes à Diego : cultivateurs, transporteurs et vendeurs.
V.M


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