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Eric Cassam, pilote de ligne chez Air Madagascar
Eric Cassam, pilote de ligne chez Air Madagascar

Beaucoup de jeunes rêvent d’exercer le métier de pilote d’avion, mais ne savent pas comment y arriver. Eric Cassam est originaire de Diego Suarez. Il est commandant de bord sur ATR72/42-500 chez Air Madagascar. Âgé de 41 ans, il a à son actif 6 800 heures de vol au total sur Twin-otter, ATR, Boeing 737 et Boeing 767. Il répond à nos quelques questions sur son métier

La Tribune de Diego : Être pilote a été pour vous un rêve d’enfant ? Et pourquoi « pilote »?
Comme la plupart des petits enfants, je rêvais très tôt de faire ce métier qui en fait m’était devenu familier car j’avais la chance d’avoir des pilotes dans le cercle amical et familial. Un ami proche de mon père venait à Diego aux commandes de son avion privé. De là est venu le déclic. Il m’emmena enfant faire un tour au dessus de la baie de Diego Suarez et me laissa les commandes en croisière. Cette sensation de liberté, de voir la beauté de cette Terre vue du ciel et parcourir de longues distances en quelques minutes ont fait naître une passion. Je ne me voyais tout simplement pas dans un autre métier plus sédentaire.

LTdD : Comment devient-on pilote ? Est-ce lourd financièrement ?
Il y a plusieurs voies pour devenir pilote. Dans mon cas personnel et ceux des promotions d’Air Madagascar, la formation était prise en charge par la société dans ses locaux et avec ses propres avions écoles. La partie théorique qui durait un an pour obtenir les cinq certificats pilote de ligne théorique se faisait en Ab initio avec l’ENAC (Ecole Nationale de l’Aviation Civile française). La partie pratique (250 heures de vol pendant 2 ans) était assurée par les instructeurs de l’ESMA (École Supérieure des Métiers de l’Aéronautique de Montpelier) sous la supervision de commandants instructeurs d’Air Madagascar. A l’issue de la formation, on obtient la licence PP-IFR (pilote professionnel vol aux instruments) nécessaire à l’exercice du métier, au sein de compagnies aériennes. La formation était donc gratuite, mais nous étions liés par un contrat de dix ans avec la compagnie Air Madagascar. Malheureusement, actuellement à Madagascar, la formation ne se déroule plus ainsi. Les élèves pilotes doivent intégrer des écoles privées et donc se heurtent à l’obstacle financier. Le métier devient de plus en plus inaccessible. Il faut débourser en moyenne 200 millions ariary pour former un pilote (à Madagascar ou à l’étranger).

LTdD : Comment avez-vous réussi à intégrer ce type de formation ? Vous vous y êtes préparé dès l’enseignement de base ?
Toute ma scolarité s’est faite au lycée français de Diego Suarez jusqu’au baccalauréat série C que j’ai obtenu en 1991 avec mention. Ensuite, déjà dans l’optique d’exercer dans les métiers de l’aéronautique, j’ai poursuivi mes études dans la région parisienne, en Mathématiques supérieures / Mathématiques spéciales et je me suis spécialisé en dynamique des fluides et des transferts thermiques à l’Université Paris XI où j’ai obtenu la Maitrise et le DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies). C’est à ce moment, en 1997, que mon rêve de devenir pilote s’est concrétisé. J’ai pu intégrer la quatrième et dernière promotion d’élèves pilotes d’Air Madagascar après un concours basé sur des tests théoriques et psychotechniques ouverts à tous les étudiants malgaches, seuls les sept premiers ont été acceptés.

LTdD : Comment évolue une carrière chez Air Madagascar ? Chez Air Madagascar, les promotions se font tous les deux ans, mais parfois plus rapidement pour les besoins de la compagnie et suivant la liste de séniorité. On commence officier pilote (OPL) sur Twin, ensuite OPL sur ATR, puis Commandant de bord (CDB) sur Twin, OPL sur Boeing737, OPL sur Boeing 767 (ou Airbus A340), CDB ATR, puis CDB Boeing 737 et enfin CDB Boeing 767 (ou Airbus A340). C’est un très long parcours. Je suis donc à deux promotions du sommet de la courbe de carrière.

LTdD : Quelles sont les contraintes (voire le danger) à prendre en considération quand on est pilote? Qu’est-ce qui est passionnant et qu’est-ce qui est stressant ?
Lorsqu’on occupe la fonction de commandant de bord, le danger peut venir de partout. Cela peut aller d’un simple défaut de centrage à l’escale jusqu’à une grave panne technique comme par exemple une fumée dans le cockpit ou une panne moteur. Nous évoluons dans un environnement qui tient compte de beaucoup de paramètres. L’un des plus importants est la météo, les orages requièrent beaucoup de concentration et de savoir faire pour les évitements de cumulonimbus ou l’atterrissage en faible visibilité sur une piste mouillée et glissante. Tout ceci demande beaucoup de vigilance et de responsabilité. Chaque mauvaise décision peut coûter la vie à des centaines de passagers et la perte d’un avion à plusieurs dizaines ou centaine de millions de dollars.
D’autres contraintes d’ordre physique comme les décalages horaires ,les veillées pendant les vols de nuit en long courrier ou la pressurisation fatiguent et influent sur la santé. Sans oublier le stress des différents contrôles de compétence, comme par exemple les tests sur simulateurs de vol tous les six mois. Ils mettent en jeu notre qualification et même notre carrière à la moindre défaillance.
Ce sont justement toutes ces montées d’adrénaline qui peuvent aussi faire de ce travail,un métier passionnant, cela casse la routine. Il y a aussi les voyages, la découverte d’autres pays, d’autres cultures et le contact avec différentes personnes que je trouve particulièrement agréable pour l’homme sociable que je suis.

LTdD : Quelle a été la plus grande difficulté que vous ayez dû affronter dans votre carrière ?
Je peux dire que la situation la plus stressante que j’ai connue était une dépressurisation rapide sur Boeing 737 au dessus du Canal de Mozambique sur un vol pour Johannesburg. La dépressurisation est survenue suite à une ouverture de la porte Cargo. Il faut savoir qu’un avion qui vole à 12 000 mètres d’altitude doit maintenir un atmosphère adapté à l’homme en oxygène et en pression. Lorsque ce système est perdu comme dans ce cas précis, le danger est imminent car la perte de connaissance et la mort arrivent très vite. Heureusement que nous (les pilotes) sommes régulièrement entrainés sur simulateur pour y faire face. La procédure de descente d’urgence a été appliquée de manière rapide et efficace, d’où une issue heureuse pour les 120 passagers et membres d’équipage.

LTdD : Que pensez-vous de la situation actuelle d’Air Madagascar ? La compagnie peut-elle se relever malgré les difficultés ?
La situation actuelle d’Air Madagascar n’est un secret pour personne. Nous traversons une crise très grave depuis l’inscription de la compagnie sur l’Annexe B de la liste noire de l’Union Européenne en 2011. Cette situation a été aggravée par certaines mauvaises décisions dans la politique de la compagnie et la gestion de cette crise. Il en est ainsi du choix des appareils Airbus A340. Toutes les erreurs peuvent être corrigées. Je garde donc espoir que nos dirigeants actuels prendront les mesures adéquates et les bonnes décisions pour redresser cette société et la rendre enfin rentable. Nous avons un personnel compétent et motivé qui se bat tous les jours dans ce sens. J’implore les différents responsables de nous aider à y parvenir.

LTdD : Des pilotes malagasy choisissent de travailler dans des compagnies étrangères ? Qu’en pensez-vous ? Désirez-vous rester chez Air Madagascar ?
Il est vrai que l’idée m’est venue souvent de partir à l’étranger comme la moitié de ma promotion qui exerce dans des grandes compagnies du Golfe comme Emirates, Qatar Airways ou Etihad. Les conditions de travail et de rémunération font rêver, mais quand j’ai voulu faire ce métier c’était non seulement pour être pilote mais aussi pour être pilote d’Air Madagascar. Je veux travailler pour notre pays et pas ailleurs. C’est mon coté patriote. Bien que j’aie les qualifications nécessaires pour exercer sur d’autres cieux, je reste et je continue à espérer pour notre chère compagnie, et surtout je ne veux pas m’éloigner de Diego Suarez (rires).

LTdD : Avez-vous une préférence sur les appareils que vous avez pilotés ou y-a-t-il un appareil que vous désirez piloter ?
L’avion que je préfère est sans aucun doute le Boeing 737 car c’est un avion turbojet très puissant, performant et rapide mais qui laisse encore le plaisir de la maniabilité aux pilotes. Actuellement, mon avion fétiche, que je rêve de piloter est le Boeing 787 (Dreamliner). Un petit clin d’œil à nos dirigeants qui hésitent encore entre Airbus et Boeing sur le choix des avions long courrier.

LTdD : Etre pilote à Madagascar, qu’est-ce que cela représente ? Est-ce vraiment un métier prestigieux ?
Il est vrai que le métier de pilote est considéré comme un métier prestigieux. Cela vient surement de l’aspect inaccessible du métier et les différentes compétences requises, sans oublier le côté voyage qui fait rêver la plupart des gens.

LTdD : Vous êtes né à Diego Suarez, vous voyagez beaucoup à cause de votre travail. Quel est le lien que vous gardez avec Antsiranana ?
Je suis né à Diego Suarez. je suis le dernier né d’un couple de personnalités qui ont beaucoup apporté à cette ville, à savoir M. Cassam Aly inspecteur des impots et commissaire au compte de la JIRAMA à la retraite, ayant aussi occupé plusieurs postes de responsabilité dans la ville de Diego et de Mme feue Fatima Achimo, première femme Sénatrice malgache et Ministre sous la première république. Mon attachement à Diego Suarez est donc naturel, ce sont mes racines, c’est la ville qui m’a vu grandir, même si je l’ai quittée très tôt à l’âge de 18 ans pour poursuivre mes études. J’y retourne très souvent pour me ressourcer, c’est un besoin quasi-vital pour moi de respirer l’air du Varatraza et sentir la douceur de cette cité qui est ancrée au plus profond de mon âme.

LTdD : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent suivre votre choix de carrière ?
Aux jeunes qui souhaitent suivre cette carrière, je conseillerais d’abord de rester humble car c’est un métier difficile qui demande beaucoup d’effort. Il n’y a pas de place pour les excès de confiance, on vous demande juste d’être professionnel. Si vous êtes passionné, ayez le sens de la responsabilité et des relations humaines requises dans le travail en équipage. Soyez polyvalents dans votre scolarité (scientifiques, mais avec une bonne maitrise du français et de l’anglais ainsi qu’une bonne culture générale). Les plus aisés peuvent intégrer des écoles privées et il ne faut pas perdre espoir pour les autres. Je souhaite vivement que d’autres jeunes originaires de Diego Suarez suivent ce chemin. Bien étudier pour avoir d’excellents résultats. Les opportunités existent comme les bourses de l’Etat, ou le concours, directement à l’ENAC. C’est un très beau métier, j’invite les jeunes de Diego à bien travailler pour intégrer ce cercle encore très fermé des pilotes de ligne d’Air Madagascar.

■ Propos recueillis par V.M

Commentaires   

# Baccalauréat, Université, Centre formationANDRIAM 26-03-2015 23:01
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- http://www.education.gouv.fr/cid2570/la-voie-generale-au-lycee.html#La_série scientifique (S)

- http://www.u-psud.fr/fr/index.html#

- http://www.enac.fr/ (civil et armée)

- http://www.esma.fr/fr/

Armée
- http://www.defense.gouv.fr/air/acces-specifiques/ecoles-et-formation

- http://www.defense.gouv.fr/terre/formation-entrainement/formation/specialisee/ecole-de-l-aviation-legere-de-l-armee-de-terre

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