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« Avec ce métier j'arrive à faire vivre et à élever mes 3 enfants, ils vont à l’école publique car nos rendements ne permettent pas de payer l’écolage d'une école privée »
« Avec ce métier j'arrive à faire vivre et à élever mes 3 enfants, ils vont à l’école publique car nos rendements ne permettent pas de payer l’écolage d'une école privée »

Lorestine, dite Laures ou maman’i Tiavina, vends des produits pharmaceutiques traditionnels depuis son enfance. Elle tient cette vocation de sa mère, pharmacienne traditionnelle durant plus de 50 ans qui a elle-même héritée ce métier de sa grand-mère

Pendant toutes les vacances, elle avait l'habitude d'aider sa mère. C’est ainsi qu’elle a peu a peu appris a connaître un grand nombre des produits qu’elle vend. Grâce aux conseils de sa mère et de son expérience, elle a acquis une très bonne connaissance de l'efficacité des plantes pour soigner. Actuellement, Laures est âgée de 29 ans. « Le jour où j’ai quitté l’école, dit-elle, j’étalais mes produits juste à côté de la place de ma mère. Je n'étais pas désignée pour être une pharmacienne traditionnelle comme ma mère, mais je trouve que la pratique de ce métier est facile pour moi ». Son stand de vente est situé à côté du Tsena kamisy, elle travaille toute la semaine du lundi au dimanche de 5 à 18h 30. Les gens ont besoin de feuilles vertes ni trop sèches ni trop fanées. « Je vais dans tous les coins de la brousse pour trouver les plantes nécessaires à ma pharmacie ». Pour certains produits, elle s'approvisionne bien au-delà de la commune de Diego. Le mardi, elle va jusqu’à Ambilobe. « Il y a des médicaments que nous ne trouvons pas ici et que nous devons faire venir d’Antananarivo tel que « vongovongo ou vakana », d'autres médicaments viennent de Toliara comme le « Mandrakabe » explique-t-elle. Il y a des gens d’Antananarivo qui font aussi des livraisons tous les 3 mois. La commande se fait par téléphone. Pour les produits de mer tel que les algues, les coquillages, il y a des plongeurs qui font des livraisons sur place. Le prix des produits varie de 50 ariary à 30 mille ariary. Les plus chers sont des marmites en argile qui vont de 3 000Ar la petite marmite sans couvercle et la grande marmite jusqu’à 30.000Ar à 40.000Ar avec couvercle. Ces marmites sont indispensables pour la préparation de certains médicaments. Les ancêtres les utilisaient déjà pour faire cuire le riz. Il y a également les zébus porte-bonheur faits d'argile qui viennent d’Ambilobe. Des barres d’argile venant de cette région de Mahavavy sont également proposées à la vente. Les produits d'Antananarivo, une fois arrivés à Diego doublent de prix. Durant la saison sèche et surtout pendant les épidémies telles que la toux, le rhume, les clients sont plus nombreux ainsi qu’au cours de la période de « doany » (rites traditionnels) à Mahajanga et Ampasinantenina, Ambilobe. Laures connaît bien les plantes et leurs vertus. « Pour la rougeole, il faut de l’écorce de lazalaza », il élimine aussi les points noirs, explique-t-elle. L’ « harongana », c’est la jaunisse qu’il guérit et « vite ».
« Avec ce métier j'arrive à faire vivre et à élever mes 3 enfants, ils vont à l’école publique car nos rendements ne permettent pas de payer l’écolage d'une école privée » dit Laures. Les recettes sont faibles, les pharmaciens traditionnels touchent plus d’argent pendant les passages des étrangers. Ils achètent plus car ils apportent pour leur famille.
Le jour de notre entretien avec Laures était particulièrement rude pour elle puisqu’elle venait juste de se faire voler un sac rempli de barres d’argile dans sa boutique durant la nuit. Elle estime à 15 000 ar la valeur de ces produits qu’elle avait fait venir d’Ambilobe. « Malheureusement, dit elle, ce type de vols devient une habitude. La dernière fois, on m’a volée des marmites d’ argile ». La marchande n’a pas de kiosque pour garder les produits, ceux-ci sont juste entreposés durant la nuit sous la table. « Pendant la saison des pluies ceci nous cause beaucoup de problèmes. Déjà c’est la saison où les clients sont peu nombreux, mais nos produits sont trempés » déplore Laures. De plus, le marché est devenu difficile et les pharmaciens traditionnels risquent de perdre les produits le soir cause de l'insécurité. Les gens de ce métier ont constitué une association qui comporte maintenant 33 membres. Elle existe depuis 2009, et à chaque activité sociale nous cotisons. Laurence parle de solidarité entre les marchands « nous nous entraidons et si un client vient et que les médicaments que le client cherche ne se trouve pas chez moi, je cours pour en prendre chez ma voisine. Nous nous partageons également des informations sur les noms de médicament et leurs actions ». Laures explique que pour évoluer dans leur métier, les pharmaciens traditionnels ont besoin d’appui financier. « Nous voudrions avoir deux représentants dans notre association pour aller faire nos courses par exemple à Antananarivo et Toliara » souhaite-t-elle. « A l’arrivée, nous distribuerions les produits et nous rembourserions le prêt selon ce qui serait convenu ». J’ai une amie qui a voulu emprunter auprès d’une agence de micro-finance. On lui a demandé son travail et lorsqu’elle a répondu qu’elle était pharmacienne traditionnelle, la personne qui l’accueillait a dit que ce métier ne figure pas dans les statuts de l’agence et qu’elle ne peut donc pas obtenir un prêt. Laures indique « nous souhaitons également avoir des kiosques. Pourquoi pas avec gardiens ? »
■ Angéline C.

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