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Jean Louis, fabriquant de marmites en aluminium
« [le système des démarcheurs - "mpanera" ] nous oblige à augmenter le prix de nos marmites car nous sommes obligés d’acheter aux démarcheurs à des prix plus importants que d’habitude avec nos fournisseurs réunionnais »

Ramandimbiarisoa Jean Louis est un fabriquant de marmites en aluminium. Âgé de 50 ans, c’est avec son père qu’il a appris ce métier pendant son enfance à Ambatolampy Antananarivo. Jusque là d’un bon rapport, son activité souffre désormais de la spéculation sur l’aluminium

C’est à 25 ans qu’il a quitté sa famille pour travailler seul. Arrivé à Diego Suarez, il ouvert son atelier de fabrication à la Cité Ouvrière près de Bora Réglage, puis il a déménagé à Soafeno à coté de l’ancien parkage Ambilobe. Actuellement il travaille dans l’atelier familial situé à cet endroit. En 2002 il a engagé quatre jeunes apprentis pour l’aider à la fabrication. Car « je commence vieillir affirme-t’il, je n’ai plus assez de force pour tout faire dans ce métier. Ce travail exige beaucoup d’énergie et de force. La seule chose que je fais en ce moment c’est de diriger ma petite entreprise et surveiller les jeunes, les guider, et leur donner des conseils ». Il ne se limite pas à réaliser que des marmites, parfois il reçoit des commandes pour la réalisation de pièces pour moto et voiture et aussi des louches et écumoires. Il accepte les commandes de tout ce qui concerne des pièces en aluminium.
La matière première qu’il utilise est importée de La Réunion. Les réunionnais passent chaque mois pour vendre leurs marchandises à domicile. Quand ils ont de la matière première, Jean Louis et son équipe travaillent tous les jours. En plus de l’aluminium, de nombreux outils et autres matériaux sont nécessaires pour la fabrication des marmites. « Nous achetons par exemple de la terre noire que nous faisons venir d’Ambatolampy car il nous faut de la terre molle comme de la farine » explique t-il. La terre noire est utilisée pour la réalisation des moules destinés à recevoir le métal en fusion. « Nous utilisons des outils pour réaliser les finitions, ainsi que des barriques pour faire cuire la matière première ». Les barriques remplacent en effet désormais les anciens fourneaux en terre. Il faut aussi les sacs de charbons (2 à 3 sacs par jour), sans oublier les barres de savons qui servent pour les finitions. Le travail se fait par groupe de deux pour faire les marmites. L’un s’occupe du feu, des taches techniques dans l’atelier, et l’autre travaille à la finition. Cette organisation permet la fabrication de 30 marmites dans la journée. Les quatre personnes qu’il emploie parviennent ainsi à fabriquer 60 marmites dans une journée si l’approvisionnement en matières premières le permet.
Le prix des produit est de 12 000 Ariary pour la plus petite marmite numéro 20 et va jusqu’à 300 000 Ariary pour une marmite numéro 80 (les numéros des marmites correspondent au diamètre intérieur de la marmite exprimé en centimètre et pris sur le bord supérieur). Les produits sont vendus à Diego bien sûr, mais aussi à Sambava, Ambilobe, Ambanja, et Nosy Be. Tout les mois il envoie entre quatre et cinq sacs de marmites par région, chaque sac pouvant contenir jusqu’à 30 marmites. Le règlement se fait en général via les téléphones mobiles. Il y aussi des jeunes qui s’occupent de vendre les produits et se déplacent dans les quartiers et les villages alentours de Diego tel que Ramena, Mahavanona. Les produits sont cependant plutôt vendus en gros sauf pour les gens qui passent des commandes particulières comme ceux qui souhaitent avoir un nom écrit sur leurs marmites.
La principale contrainte dans cette activité est l’approvisionnement en matières premières. Il existe en effet une intense spéculation sur l’aluminium et certains démarcheurs n’hésitent pas à intercepter les fournisseurs au moment où ils s’apprêtent à livrer leur produits, pour les racheter afin de les revendre au prix fort aux fabriquants de marmite. « Ce système nous oblige à augmenter le prix de nos marmites car nous sommes obligés d’acheter aux démarcheurs à des prix plus importants que d’habitude avec nos fournisseurs réunionnais » déplore Jean Louis. Depuis la présence des démarcheurs le prix des marmites a augmenté. Il n’est pas exceptionnel que Jean Louis et son équipe soient obligés d’arrêter de travailler à cause du manque de matière première. La personne qui apporte l’aluminium de la réunion est souvent bloquée au port à cause de la complexité des formalités douanières. « Et ça nous ralenti pour notre travail, ce qui est dommage pour nous car nous perdons beaucoup de commandes à cause de ça » explique Jean Louis. Ils font également des échanges de marmites abîmée. Un kilogramme vaut environ 4 000 Ariary. Il achète les canettes usagées 2 000 Ariary le kilo. Selon Jean Louis, l’aluminium de La Réunion offre la meilleure qualité.
Auparavant satisfait de son activité, Jean Louis déplore maintenant que l’augmentation des coûts et la montée des prix contribue à la rendre de moins en moins rentable. Il interpelle les pouvoirs publics en dénonçant le fait que cette dégradation est principalement du à l’activité des démarcheurs, qui agissent dans l’illégalité, alors que lui et ses confrères sont officiellement déclarés et s’acquittent de l’impôt pour leurs ateliers.
■ Angéline C.

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