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Des veuves et des mères célibataires perdent leur source de revenu suite à la décision de la société de cesser le travail de 263 employés
Des veuves et des mères célibataires perdent leur source de revenu suite à la décision de la société de cesser le travail de 263 employés

A côté des 500 000 jeunes qui arrivent annuellement sur le marché du travail à Madagascar, des milliers perdent leur travail. Les uns comme les autres se débrouillent pour survivre, face à un Etat qui apporte des solutions par goutte, sans impact sur le quotidien de la population

Une lutte quotidienne pour survivre

Alors que les prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité flambent dans la Capitale, Joseph Patrice père de cinq enfants et d’un sixième à venir est en chômage technique. Il a été tricoteur dans une entreprise de zone franche. Depuis le 11 décembre, tous les jours, dans la matinée, il rejoint ses collègues à Andraharo pour un meeting de contestation devant le bâtiment où il a travaillé pendant plusieurs années, pour qu’il obtienne plus que 20 000 ariary par mois durant les mois où il doit cesser de travailler. Ses trois enfants ne vont plus à l’école parce que Patrice et sa femme n’ont plus le moyen de payer les frais de scolarité. Seul l’ainé qui est dans un collège public est scolarisé. En cette fin du mois, les 263 pères et mères mis au chômage technique par leur entreprise-employeur ont le même souci : le loyer, les factures d’électricité, les frais de scolarité, la nourriture… Bref, où trouver de l’argent en attendant que le travail reprenne. La reprise du travail n’est d’ailleurs pas une certitude et si ces travailleurs seront finalement licenciés, certains auront des difficultés à trouver un nouvel emploi à cause de leur qualification. Cécile Voahanginirina a travaillé pendant 26 ans sur une machine tricoteuse et ne sait pas dans quel autre domaine elle pourrait être compétente. Joseph Patrice se donne du courage « un homme qui n’est pas assez fort psychologiquement deviendrait fou en pensant à ces multiples problèmes ».

Des solutions urgentes que l’Etat tarde à apporter

« Il n’est pas nécessaire d'en parler pour se rendre compte que les Malagasy sont pauvres. Autour de soi, tout est misère » dit Lili Razafimbelo militante pour les causes sociales (femme, santé et éducation). Raherimandimby Marson, directeur de cabinet du ministère de l’emploi, soutient que « plusieurs centres de formation professionnelle et des lycées techniques ont été mis en place à travers l’île afin de fournir des emplois stables pour tous, pour tout Malagasy sans distinction ». Il avance que « les mesures ainsi prises n’apporteront leurs fruits que dans le long terme et que tout ne peut être fait en un jour ». Seulement, à l’heure actuelle au lieu de s’améliorer, même petit à petit, la situation de l’emploi et du travail à Madagascar ne cesse de se dégrader. A titre d’illustration, la proportion des jeunes ayant un travail régulier a connu une baisse. D’après les derniers résultats de l’enquête sur la transition des jeunes vers la vie active, en 2013, la proportion des jeunes occupants un emploi régulier était de 9,5% ; en 2015, elle était de 8,2%. 8 jeunes seulement sur 100 ont donc un emploi irrégulier. Des solutions sont à trouver pour les 75% de main d’œuvre jeune sous-utilisée et pour les 83% occupant un emploi vulnérable. Pour les représentants de travailleurs, il est inadmissible qu’un programme ministériel ou interministériel ne prévoie pas de mesures d’urgence pour faire face aux problèmes d’emploi et de travail de la population. La base de la vie même des familles qui constituent la population. « Les ministères concernés par le problème de travail ainsi que ceux concernés par la création d’emploi devraient avoir des dispositions adéquates à chaque situation » indique Raphaël Mananandro du syndicat FISEMARE. En effet, des mesures indépendantes les unes des autres, prises par chaque ministère suivant ce qu’il croit être efficace ne vont pas résoudre des problèmes interdépendants.

La concertation inclusive pour une meilleure stratégie

Lili Razafimbelo, en tant que membre du Collectif des Citoyens et des Organisations Citoyennes, dénonce « des décisions étatiques n’ont pas fait l’objet de concertation inclusive. Les conséquences sur les conditions d’existence de la population sont très importantes et néfastes ». Parmi ces décisions néfastes figurent la répartition du budget de l’Etat entre les ministères. Le budget alloué aux ministères dont l’impact des actions va directement à la population est minime et son augmentation d’année en année n’est pas conséquente. En 2016, les investissements de l’Etat en éducation ne représentaient que 6% (10% pour la santé) du budget général de l’Etat. Dans la situation d’extrême pauvreté qui prévaut actuellement « les gens ont urgemment besoin de quoi vivre, soit un travail et un revenu. L’Etat soutient qu’il encourage les investisseurs, mais ceux-ci ont aussi besoin d’un climat favorable à leur investissement. Il faut installer ce climat pour une création effective d’emploi et surtout pour la création de travail décent » soutient Barson Rakotomanga du syndicat SVS. Pour la majorité des travailleurs malagasy, il n’est plus question d’économiser ou de préparer un avenir meilleur pour les enfants, il s’agit de trouver de quoi se nourrir au jour le jour.

■ V.M

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