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La monoparentalité à Madagascar : les femmes « chef de ménage »
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Mercredi, 09 Novembre 2011 08:54
Photo de l'exposition « les femmes chefs de ménage » - Christian Barbe
Photo de l'exposition « les femmes chefs de ménage » - Christian Barbe

Les femmes élevant seule leurs enfants sont de plus en plus nombreuses, notamment à Diego Suarez. Ce mode de vie ne va pas sans poser de multiples problèmes tant affectifs qu'économiques. Enquête.

A Madagascar, on observe aujourd'hui une transformation du tissu familial composé essentiellement d'un ménage dit nucléaire (parents habitant avec leurs enfants non adultes). En effet, les instabilités conjugales rencontrées par les familles tendent à accroitre le modèle du « ménage monoparental ». Sans pouvoir encore dire si ce modèle prédominera dans l'avenir, nous constatons à Diego Suarez l'émergence de telles familles.

Le concept de « familles monoparentales » nait en France dans les années 1970. Il désigne administrativement un ménage ou une personne vivant sans conjoint qui a à charge un enfant de moins de 25 ans. Cette approche de la famille monoparentale s'est ensuite élargit, prenant en compte les familles dites « recomposées » que nous retrouvons aujourd'hui aussi bien en occident qu'à Madagascar. De même, les enfants, pour des raisons essentiellement matérielles, et l'allongement de la scolarisation restent aujourd'hui plus longtemps dépendants, et cohabitent parfois avec leurs parents au delà de 25 ans. Ce concept a donc changé au cours du temps et s'est adapté aux différents modes de vie des malgaches.
D'autre part, selon des études menées en 2003 par LPED (Des ménages « sans parents » : prévalences et différentiels régionaux à Madagascar), ces familles monoparentales restent à Madagascar aussi présentes en milieu rural qu'en milieu urbain. A l'exception de la capitale ou l'on enregistre une plus grande stabilité des ménages, et donc moins de familles monoparentales.

Première conséquence de l'isolement des mères avec leurs enfants, une relation très forte mère/enfant se crée au sein de la famille malgache. [...] Les enfants issus de ces familles où le père n'assure plus son rôle deviennent avant l'âge très responsables.

Un simple constat montre que de nombreux ménages, notamment à Diego Suarez, sont dirigés par des femmes seules. Seulement 8% des hommes sont en situation de monoparentalité selon l'enquête démographique et de santé ( EDS, menée entre novembre 2003 et mars 2004). La plupart du temps l'homme seul confie ses enfants à sa famille, sa mère ou sa sœur, ou à sa nouvelle épouse. Quant aux femmes, elles se retrouvent souvent délaissées par un homme parti rechercher une autre femme, et deviennent des « femmes chef de ménage » par obligation. Le témoignage de femmes rencontrées à Diego Suarez va dans ce sens. D., 56 ans, deux enfants, secrétaire de direction à l'université vit seule depuis 10 ans. « Je ne supporte pas, déclare t elle, d'être mal traitée. Les hommes que j'ai rencontrés ne savent pas ce que c'est que l'amour. Un jour une femme, un jour une autre. Ils changent souvent de femmes ». Et S., seule, 7 enfants, infirmière, de déclarer « Les hommes malgaches sont trop souffrant. Ils font souffrir les femmes, toujours c'est ça l'habitude des hommes. Ils abandonnent le foyer pendant quelques jours et les salaires ça ne vient pas. Mieux vaut que je reste toute seule ».

Première conséquence de l'isolement des mères avec leurs enfants, une relation très forte mère/enfant se crée au sein de la famille malgache. Par l'entraide aux tâches ménagères, par un soutien scolaire, mère et enfants unissent leur énergie à l'intérieur du foyer mais aussi à l'extérieur. Les enfants issus de ces familles où le père n'assure plus son rôle deviennent avant l'âge très responsables.

Deuxième conséquence, une prise en charge des petits enfants par les grands parents, et même une prise en charge de toute la famille monoparentale (mère/ fille(s) ou fils) s'opère. Une relation d'entraide et de solidarité envers les parents et leurs enfants ou petits enfants apparait. S., 30 ans, coiffeuse à Diego Suarez avec ses trois enfants se confie. Même si elle bénéficie de la cohabitation avec sa mère qui l'héberge gentiment, elle et ses enfants, elle avoue toutefois que son rêve le plus cher est de « vivre avec ses filles dans son foyer à elle et pas avec sa mère. Avoir un homme qui la protège ». A Diego Suarez cette cohabitation avec les grands parents existe, mais elle n'est pas un choix, comme d'ailleurs dans tout Madagascar. « De nos jours, l'adage ny havan-tiana tsy iaraha-monina signifiant qu'on ne doit pas habiter sous le même toit que des parents qu'on aime, est encore fréquemment utilisé dans les conversations quotidiennes (…) A travers cet adage, la sagesse populaire cherche à prévenir les difficultés engendrées par la cohabitation  : les différences d'habitudes ou de personnalité qui, du fait de la proximité physique ou de l'obligation de partage, peuvent devenir des sources de conflits » (Razafindratoina, 2005  :89-90). On attend des enfants qu'ils fondent leur propre famille dés qu'ils se sont mariés.

Quel regard les autres portent t-ils sur ces femmes chef de ménage ?
  Selon leur témoignage, les femmes rencontrées à Diego Suarez ne ressentent pas un regard méprisant de la part de l'entourage. Toutefois selon J., 25 ans, seule avec sa fille, serveuse « quand on est seule avec ses enfants, cela veut dire pour les autres que l'on est pauvre. Et c'est vrai. C'est un problème de tout payer, le collage, le loyer... »
Même si la monoparentalité devient un phénomène de société courant, les femmes retrouvent une revalorisation sociale par le travail qui leur procure une autonomie financière. Les femmes interrogées semblent assumer d'autant plus leur situation qu'elles ont une activité professionnelle. L'importance du regard des autres est amoindrie quand on parvient à assumer les besoins matériels de ses enfants. Certaines femmes rencontrées ont également une reconnaissance du groupe lorsqu'elles prennent à leur charge d'autres enfants de la famille. « Leur service d'utilité familiale » adoucit le regard des autres sur leur situation malgré tout difficile de « femmes chef de ménage ».

■ CB 

 

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