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La rue Colbert après l’incendie du 10 août 1925
La rue Colbert après l’incendie du 10 août 1925

Si les cyclones furent, sur Diego Suarez, les phénomènes les plus destructeurs, l'histoire de la ville a été marquée par d'autres catastrophes , de natures variées, dont l'écho retentit jusqu'en Europe. Souvent dues à la négligence, elles eurent des conséquences plus ou moins graves mais marquèrent durablement les esprits. Ce fut notamment le cas de l'explosion de la poudrière dont parlèrent abondamment les journaux français et qui eut des répercussions importantes sur la technologie militaire.

L'explosion du 19 février 1904

Le 17 mars 1904, le journal Le Temps rapporte ainsi les faits : « L'Oxus apporte la nouvelle que le 19 février dernier le magasin central de réserve d'artillerie de Diego Suarez-Suarez a été détruit. La poudrière de ce magasin central était de construction récente, bâtie en béton armé. Elle renfermait diverses caisses de poudre B, certains approvisionnement d'obus ordinaires et 5 000 obus à la mélinite. Le 19 février, un violent orage se déchaîna sur la ville et, dit-on, la foudre tomba sur la poudrière qui n'était pas munie de paratonnerres. Dix minutes après une explosion formidable se produisit qui fut entendue du camp d'Ambre, situé à 30 kilomètres. Aucun soldat ne se trouvait aux abords de la poudrière, mais l'explosion fit une vingtaine de victimes. Au village d'Antsiranana situé à trois kilomètres de la poudrière, les cases du village furent littéralement criblées de blocs de pierres et de projectiles. Un grand nombre d'indigènes purent se sauver mais sept d'entre eux furent tués et une douzaine d'autres plus ou moins grièvement blessés ».
Le Petit Parisien donne un peu plus de détails : « une grande lueur illumina la ville, et, au dire de divers témoins, une immense colonne de flammes s'éleva au-dessus du bâtiment, cependant que des détonations sourdes se faisaient entendre ». Dans son numéro du 25 mars 1904, Le Temps reprend son article en fournissant de nouvelles précisions et, surtout, en posant certaines interrogations : « L'explosion de la poudrière du Sakaramy (en fait, il s'agit du quartier de la Pyrotechnie NDLA) [...] a détruit tout un secteur de la défense du front de terre de notre point d'appui, tuant ou blessant 18 personnes du village indigène d'Antanambao, situé à 800m environ de la poudrière. La population fut d'abord mise en éveil par une grande lueur fusant vers le ciel, puis il y eut une série de détonations provenant des projectiles qui éclataient, enfin la formidable explosion détruisant tout, projetant d'énormes blocs de béton sur le village indigène et causant à Diego Suarez, distant de 3 kilomètres, l'impression d'un violent tremblement de terre. Les dégâts se montent à 800.000francs et soixante pièces d'artillerie du front de terre sont complètement démunies d'approvisionnements. Cette catastrophe est attribuée à la foudre, du moins officiellement ».
Du moins officiellement... En effet, très tôt, la catastrophe fut attribuée à la malveillance. En effet, toujours selon Le Temps, ce jour-là, l'orage « était à plus de 30kms, sur le Sakaramy ».
Qui était le coupable? Pour le correspondant du Temps, la ville regorge d'individus douteux que le journaliste verrait bien en espions gravitant autour de la guerre russo-japonaise. (Rappelons que Diego Suarez et Nosy Be avaient accueilli l'escadre russe partie combattre le Japon). Autre circonstance qui justifiait cette « espionnite », trois semaines plus tôt on avait trouvé la porte de la poudrière d'Orangea – qui approvisionnait le front de mer – fracturée. Par ailleurs des traces de mise à feu furent découvertes à proximité.
Fallait-il donc voir dans cette catastrophe la main d'un espion japonais?
Une autre hypothèse, avancée quelques années plus tard, mettait en cause la fameuse Poudre B, responsable de nombreuses explosions si l'on en croit un certain Victor Meric qui dressa la liste des explosions dues à cette poudre.

La poudre B

Qu'était donc , cette redoutable poudre B ?
En fait, il s'agit d'une poudre inventée par un français, l'ingénieur Paul Vieille. Substance explosive à base de nitrocellulose, c'est une poudre blanche, surnommée « la poudre sans fumée » ou « fulmicoton » ne laissant aucun résidu et trois fois plus puissante que la poudre noire. Cette poudre fut rapidement adoptée par l'Armée Française qui en équipa l'artillerie de marine. Cependant, d'après Meric, qui la qualifie « d'invention diabolique », c'est elle qui fut responsable des explosions d'Antsiranana et d'Orangea, ainsi que de beaucoup d'autres, dont celle de Toulon qui fit 100 morts.
Alors ? orage, sabotage ou explosion spontanée de la poudre B ? On ne le saura sans doute jamais... Il faut cependant espérer qu'il n'en reste pas des dépôts à la Pyrotechnie sur des terrains maintenant occupés par de nombreuses familles ! Mais la dépollution du dépôt de munitions, opérée par les Forces Françaises de l'Océan Indien le 12 septembre 2012 a sans doute débarrassé le site des résidus qui pouvaient peut-être subsister...plus de cent ans après !
Autre cause de désastres : les incendies.

Les incendies à Antsiranana

Dans les vingt premières années de la ville, construite en matériaux inflammables (bois - falafa - paille), les incendies furent nombreux. Aussi, l'Administration prit -elle de nombreuses mesures pour les prévenir : Le « quartier indigène » de la Place Kabary, était constitué de cases légères, en paille, séparées par d’étroites ruelles. Par arrêté de police chaque case était entourée d’un enclos fermé d’une palissade destinée à empêcher la propagation des incendies. La crainte de ces incendies fut d'ailleurs une des raisons avancées pour déplacer le quartier malgache à Tanambao. La nouvelle ville, qui s'établit sur le plateau, vit se construire un certain nombre de maisons en dur, moins vulnérables à l'incendie. Cependant, un incendie important se déclara dans le centre ville en 1925.

L'incendie de la rue Colbert du 9 aout 1925
Cet incendie, qui détruisit la partie centrale de la rue Colbert fut sans doute le plus spectaculaire qu'ait connu la ville, même s'il ne fut pas le seul. Voici le récit qu'en donne La Gazette du Nord du 10 août 1925 :
« Un incendie d'une grande violence s'est déclaré dimanche soir vers dix heures dans une case située rue Colbert, près du pont Froger. En un instant plusieurs maisons furent en flammes. L'alarme donnée, les pompes arrivèrent sur les lieux du sinistre. Malgré les efforts de la troupe et de la population, il fut impossible d'arrêter le feu. Les pompes étant en mauvais état et n'ayant pas suffisamment d'eau pour fonctionner utilement, les flammes continuèrent leur travail et attaquèrent la pharmacie Giuliani qui fut complètement détruite ».
Bien sûr, cette catastrophe ramena sur le tapis l'éternel problème de Diego Suarez  : le manque d'eau et le mauvais état du matériel. Pour ce dernier, l'Administration fit des efforts, en dotant la ville d'une motopompe. Mais le problème de l'eau resta sans solution, la Gazette du Nord remarquant : « La ville entière est à la merci des flammes. Nous avons eu à déplorer les incendies d'Alberto, Mareuil, Giuliani etc. Au moins huit désastres importants qui auraient pu être évités si la ville avait eu une distribution d'eau sérieuse ».
Le problème de l'eau n'a jamais été totalement résolu; celui des moyens dont disposent les pompiers non plus... Mais aucune ville n'est à l'abri des incendies, surtout lorsqu'elle est battue par des vents violents comme ceux que connaît Diego Suarez. Il faut espérer que les catastrophes qui endommagèrent la ville ne se reproduiront pas...
Et, pour nous rassurer il suffit de constater, d'après les vieilles photos, que l'ancienne pharmacie Giuliani a su renaître de ses cendres et que le bâtiment, qui occupe le coin opposé à l'Alliance Française, reste un des plus harmonieux de ceux qui ornent Antiranana !
■ S.Reutt

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