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La rue du Port, dans la ville basse, où s’est déclarée l’épidémie de peste de 1924
La rue du Port, dans la ville basse, où s’est déclarée l’épidémie de peste de 1924

Pendant longtemps, Diego Suarez s'est cru miraculeusement préservé des épidémies de peste qui sévissaient dans les autres grandes villes de l'île. Mais le malheur s'abattit sur la ville en 1924...

La peste à Madagascar

S'il est à peu près admis que la peste existe à l'état endémique à Madagascar depuis longtemps, c'est cependant seulement en 1898 qu'une épidémie de peste, frappant Tamatave, est clairement identifiée. Sans doute «importée « de l'Ile Maurice, la peste tue plusieurs dizaines de personnes. Le Journal Officiel de Madagascar et Dépendances fait état, le 12 octobre 1898, de 26 cas dont 20 décès; le 19 novembre 1898 de 41 décès. D'après Grandidier cette première épidémie touche 296 personnes et en tue 197. D'après le rapport de Gallieni, « l'épidémie s'est prolongée jusqu'au 3 février 1899, date à laquelle les derniers cas ont été constatés ». Cependant, une deuxième épidémie reprend le 24 juillet 1899 et se termine le 26 novembre de la même année. Puis, en 1900 l'épidémie reprend. D'autres foyers se déclarent à Majunga en 1902 et en 1907où la peste tue 49 personnes entre juillet et octobre. En 1921 la première épidémie pesteuse survient à Tananarive (46 décès en juin-juillet, 48 cas entre novembre 1921 et février 1922) et s'installe durablement sur les Hauts-Plateaux.

Les premiers cas de peste à Diego Suarez : 1898

La peste à Madagascar ayant été vraisemblablement introduite par des bateaux venant de l'Inde via l'Ile Maurice, il était vraisemblable que le port de Diego Suarez serait touché à son tour. Des mesures furent immédiatement prises pour assurer une surveillance des importations et une protection sanitaire des entrepôts. En novembre 1898 plusieurs cas de peste sont cependant constatés sur le paquebot La Gironde après l'escale de Diego Suarez. Mais, d'après le J.O de Madagascar, l'épidémie se serait manifestée « après que ce bâtiment aurait communiqué en mer avec un navire anglais venant de l'Inde ». Optimiste, le J.O conclut « il est donc présumable que nos ports de la Colonie sont jusqu'ici complètement indemnes ».
Cependant des mesures de surveillance rigoureuses sont prescrites qui prévoient entre autres que « Tout bâtiment suspect sera soumis à une quarantaine sévère » et que « En cas de besoin l'ancien hôpital de Cap Diego serait facilement transformé en lazaret ».
Mais Diego Suarez est touché : 3 cas de peste sont relevés dont 2 se révéleront mortels. Il s'agit d'employés des magasins du port, ayant sans doute été en contact avec des personnes ou des marchandises contaminées. Un cordon sanitaire est mis en place et « En présence des cas de peste constatés à Antsirane, le conseil sanitaire a pris les mesures protectrices nécessaires; on a détruit par le feu les cases des pestiférés, et enfoui les immondices. L'épidémie a pu être ainsi rapidement étouffée ». (J.O de Madagascar -11 novembre 1898).
Avec la reprise de l'épidémie à Tamatave, en 1899, de nouvelles mesures seront appliquées :
- interdiction de toucher terre pour les colis provenant de transbordements (souvent du riz venant de l'Inde)
- les magasins des quais d'Antsirane, contaminés ou non, sont vidés et sérieusement désinfectés.
- les bateaux venant de La Réunion (où sévit l'épidémie) sont mis en quarantaine.
Moyennant ces mesures, et d'autres visant à améliorer la situation sanitaire de la ville (dans la mesure du possible !), Diego Suarez n'aura pas à déplorer d'autres décès.

1898-1923 : Diego Suarez miraculeusement épargné

Pendant 25 ans, et alors que le fléau touche les autres ports de l'île, Diego Suarez n'est pas contaminé. Bien sûr, des mesures ont été prises sur le plan national. En 1903, le Journal Officiel publie les « Mesures ayant pour but d'arrêter le développement de l'épidémie » et plus particulièrement applicables à Tamatave, Diego Suarez et Majunga. Voici l'essentiel de ces mesures :
A - Recherche des cas de peste, doublée d'un examen particulier des maison contaminées et obligation à chacun d'informer les autorités de tout cas suspect
B - Isolement des pesteux dans un lazaret (celui de Diego Suarez a été créé en 1901) et inhumation immédiate des cadavres dans un cimetière spécial.
C- Mesures préventives en direction notamment des personnels de santé et des habitants d'agglomérations contaminées. Nécessité de mettre les garnisons à l'abri de l'épidémie.
D- Mesures générales d'hygiène applicables aux villes contaminées: inspection des logements insalubres, destruction des rats et de tout agent de transmission (notamment les puces).
E- Surveillance de l'alimentation et notamment de l'eau potable
F- Mesures applicables aux maisons contaminées qu'il faudra détruire par le feu en cas d'impossibilité de les désinfecter.
G - Mesures touchant les marchandises « susceptibles » notamment les grains, qui devront être stockés à part. Les peaux et les étoffes sont totalement interdites à l'importation.
D'autres mesures auront pour but d'empêcher l'épidémie de se répandre au dehors :
A- Etablissement d'un cordon sanitaire dans certaines conditions pour les 3 ports principaux.
B- Interdiction de quitter la ville ou de franchir le cordon sanitaire sans subir une quarantaine et une injection préventive.
C- Mesures touchant l'exportation des marchandises qui seront désinfectées avant exportation.
D- Mesures touchant les navires: désinfection du navire et quarantaine avant tout départ.
Injection préventive aux hommes d'équipage.
Enfin, en cas d'épidémie, un avis sera à porter à la connaissance de la population indiquant que la peste a fait son apparition dans la ville et indiquant les recommandations à suivre sous peine de sanction.
La ville de Diego Suareza-t-elle était préservée par ces mesures visant à empêcher la propagation des épidémies qui touchaient Tamatave et Majunga ? Ou faut-il y voir, comme beaucoup l'ont dit, l'influence du climat particulièrement sain de la région ? Toujours est-il que Diego Suarez fut miraculeusement préservé pendant plus de deux décennies.

Des signes précurseurs

Pourtant, à partir des années 20’, certains signes étaient de nature à faire naître l'inquiétude. Le 25 décembre 1920, le Journal Officiel publie une circulaire « au sujet des mesures préventives contre la peste » , circulaire qui semble s'appliquer surtout à Diego Suarez et qui prévoit notamment la « Dératisation de tous les navires provenant de pays contaminés par la peste et devant passer au bassin à Diego Suarez ». La circulaire prévoit aussi la quarantaine pour les bateaux et les passagers débarquant de navires ayant touché un port contaminé par la peste. Enfin « des flacons de sérum anti pesteux et de vaccin anti pesteux seront déposés dans les principaux ports de la colonie ».
Mais, ce qui est particulièrement inquiétant, c'est qu'en juin 1921, la peste fait son entrée à Tananarive : en 3 semaines, 48 personnes appartenant à deux familles réunies pour un mariage décèdent. De là, l'épidémie se répand sur les plateaux. Puis, en 1921, un sergent malgache atteint de peste septicémique est débarqué à Diego Suarez. Admis à l'isolement à l'hôpital militaire, il y mourra le 21 septembre. Mais il s'agit d'un cas isolé qui ne sera pas suivi d'autres sujets d'inquiétude. Diego Suarez va-t-elle continuer à bénéficier de sa miraculeuse immunité ?
Janvier 1923 : l'apparition des premiers cas de peste à Diego Suarez
Dès le mois de janvier 1923 des cas sporadiques sont déclarés (5 en tout) s'échelonnant de janvier à mars. Le Journal Officiel du 24 mars 1923 publie alors un arrêté « déclarant contaminés de peste divers secteurs de la ville de Diego Suarez » et stipulant :
« Art. 1 er : Sont déclarés contaminés de peste les quartiers de la ville de Diego Suarez dénommés quartier de la Dordogne et quartier de l'Octroi ».
Les autres articles rappellent les mesures sanitaires indiquées par les instructions du 3 mai 1903, c'est à dire les mesures de quarantaine appliquées aux personnes et aux marchandises, ainsi que la « mobilisation sanitaire », mesures applicables – bizarrement – aux seuls quartiers de Diego Suarez désignés ci-dessus. La situation paraît maîtrisée et la vie suit son cours. Jusqu'à ce que...

22 juin 1924 : les débuts de l'épidémie

Ce jour-là, la direction du batelage informe le commissaire central de Diego Suarez que deux employés de la Compagnie sont morts dans la nuit, dans des circonstances suspectes, dans une maison de la Ville Basse. Déjà, les jours précédents d'autres décès s'étaient produits dans les mêmes conditions. Le médecin du service sanitaire, envoyé sur les lieux, constate que le permis d'inhumer avait déjà été délivré et que les corps avaient été transportés dans deux cases de Tanambao. Le Dr Haslé constate la présence de bubons sur les cadavres et conclut à des cas de peste bubonique, diagnostic qui fut confirmé par les examens de laboratoire. Dès le 23 juin, le Conseil sanitaire déclare la mise en quarantaine du port et prend les mesures nécessaires d'isolement de la ville.

Des signes prémonitoires

Depuis quelque temps, on avait remarqué de nombreux cadavres de rats, notamment dans la ville basse où se trouvent les entrepôts du port. Cette mortalité anormale des rats avait d'ailleurs été signalée.
Par ailleurs, dans la population malgache, la mortalité semblait avoir augmenté. Enfin, dans les mois précédents, plusieurs paquebots des Messageries maritimes avaient eu des malades atteints de la peste pendant leur voyage de retour en France.

D'où venait la peste?

Il semble donc que la maladie provienne des marchandises débarquées, contaminées dans les cales des bateaux ou par des rats pesteux contaminant les rats « autochtones ».
D'où arrivait la maladie ? Diego Suarez n'ayant aucune relation directe avec Durban, en Afrique du Sud, ou avec Maurice, villes où sévissait la peste, il semble que celle-ci ait « transité » par Tamatave, qui accueille beaucoup de voyageurs venant de Tananarive où près d'un millier de cas s'étaient déclarés entre janvier et août.

22 juin-23 octobre: le développement de l’épidémie

Elle s’étendit d’abord dans la ville basse, à peu près sur le secteur occupé actuellement par PFOI. Puis, grimpant le long de la rue Gouraud, elle atteint la ville haute. Simultanément, des cas furent déclarés à l’Octroi, près du Bazary Kely puis rue Lafayette et à Tanambao. Le Dr Raynal, dans son rapport sur l’épidémie, donne la topographie suivante :
« 1° 15 cas du 22 juin au 10 juillet (18 jours) ayant pour foyer: la Ville Basse:11 cas; 2 cas à l’Octroi; 1 cas à Tanambao, 1 cas à la Baie des Amis.
2°10 cas du 13 juillet au 31 juillet (15 jours) avec un foyer à l’Octroi, près du Petit marché (5 cas en 6 jours); 1 cas à la SCAMA(Usine); 2 cas à Tanambao; 1 cas à la Ville Basse; 1 cas à la Prison.
3° 17 cas du 1er août au 22 août (21 jours) avec un deuxième foyer à l’Octroi, rue Bougainville (6 cas); 2 cas à la Ville Basse; 2 cas à la Prison, 3 à Tanambao, 1 à la ville Haute, 3 cas au- dehors (Joffreville et Betahitra, Batterie du Lazaret)
4° 3 cas du 27 août au 15 septembre (18 jours); 1 à l’Octroi,1 à la Ville Haute,1 à Tanambao.
5° 6 cas du 18 septembre au 23 (5 jours); troisième foyer de l’Octroi, rue Lafayette (5 cas); 1 cas à Tanambao.
6° 3 cas, fin de l’épidémie, du 12 au 23 octobre: 1 cas à l’Octroi, rue Lavigerie; les deux autres rue Colbert à la Ville Haute »
.

Pestiférés entassés dans un hangar transformé en lazaret provisoire
Pestiférés entassés dans un hangar transformé en lazaret provisoire
Comment la maladie s’est-elle propagée?

D’après le Dr Raynal, les cas de contagion entre les hommes ont été rares. La propagation de la peste semble avoir été due aux rats et aux puces. En effet, la plupart des cas se sont déclarés dans des immeubles vétustes et insalubres où les rats pullulaient. Nous l’avons vu, il avait été constaté une mortalité anormale chez les rats avant de déceler les premiers cas de contagion. Dès que l’épidémie fut identifiée, les équipes de dératisation mises en place ramassèrent des cadavres de rats en grand nombre (le 24 juin, 22 rats morts sur la voie Decauville qui montait du port). On constata également un passage anormal des rats, fuyant l’épidémie et qui refluèrent de la Ville Basse pour atteindre les limites de la ville. Une prime de 0,10 francs par rongeur fut donc attribuée au ramassage des rats, prime qui dut d’ailleurs être portée à 0,25 F, les volontaires ne se précipitant pas pour effectuer ce travail! La chasse aux rats fut organisée de plusieurs façons: par des pièges, par des appâts empoisonnés mais surtout par la chasse au bâton, ce qui demandait une certaine adresse. Par ce moyen, les équipes rapportaient quotidiennement 50 à 100 rats par jour. Parallèlement, les autorités sanitaires s’occupèrent de détruire les rongeurs dans les terriers et surtout dans les égouts. L’opération consistait à envoyer violemment un flacon de poison dans chaque bouche d’égout, refermée immédiatement, de façon à ce que le flacon se brise et répande le poison.
Qui fut atteint?
A Diego Suarez, la peste a touché essentiellement des hommes jeunes mais adultes (46 cas sur 56), ce qui s’explique sans doute par le fait que les malades se sont sans doute contaminés dans les magasins du port. La quasi totalité des décès ont touché des malgaches, et essentiellement des Antaimoros, qui fournissaient à l’époque l’essentiel des travailleurs du port et dont les habitudes de vie communautaire ont pu favoriser le développement de la contagion. En ce qui concerne les activités professionnelles des malades, ce sont – sans surprise – les ouvriers du port qui payent le plus lourd tribut à la maladie (23 dont 20 travaillant au batelage).

Quelles furent les formes de la maladie?

Si les trois formes de peste, peste bubonique, peste pulmonaire et peste septicémique furent diagnostiquées, c’est la forme bubonique qui domina. D’après le Dr Raynal « Comme dans toute épidémie de peste bubonique, il y eut des cas de peste septicémique et pneumonique; le pesteux septicémique fait une infection trop rapide pour que puisse apparaître le bubon; le pesteux bubonique qui présente des complications pulmonaires contagionne par les crachats les personnes de son entourage; celles-ci inhalent des bacilles et font de la peste pulmonaire primitive ».
A Diego Suarez l’on constata 39 formes buboniques, 10 formes septicémiques et 5 formes pulmonaires.

La lutte contre l’épidémie

Nous l’avons vu, les premiers cas furent diagnostiqués sur des cadavres. Le 27 juin, le premier malade diagnostiqué, demeurant rue Gouraud, fut laissé dans sa case où il mourut. Le 29 juin, un ouvrier du batelage se présenta à la consultation due l’hôpital de Tanambao où il dut être hospitalisé, risquant ainsi de contaminer l’hôpital , qui servait également de maternité. Il fut donc décidé d’isoler les malades dans un groupe de 8 cases situées à proximité de l’hôpital (le lazaret avait été fermé en 1907). Ce groupe de cases fut entouré d’une enceinte constituée par un fossé d’un mètre de largeur entouré de barbelés et surmonté d’un pavillon jaune. Cette installation de fortune permit de traiter les malades; cependant la mortalité dans l’hôpital fut de 79%. Les traitements, qui s’avérèrent peu efficaces, consistaient essentiellement en une injection quotidienne de sérum antipesteux. Pour éviter la propagation de l’épidémie, en dehors de l’isolement des malades, des mesures sanitaires furent prises. Des postes de désinfection et de vaccination furent installés dans la Ville Basse, au môle du phare, à l’hôpital militaire et à l’hôpital de Tanambao. On installa un deuxième lazaret d’isolement à Andronobozaka . Divers locaux de l’Arsenal ainsi que des tentes servirent également à l’isolement des malades. Des mesures sévères de dépistage furent mises en place: obligation de dénoncer les cas suspects; cordon sanitaire; application stricte des règles d’hygiène. Lorsqu’un cas suspect était signalé, la camionnette sanitaire , dirigée par un infirmier transportait une équipe de 4 prisonniers qui se rendait auprès du malade: celui-ci était enveloppé dans un drap bleu trempé dans du crésyl, puis dans un drap blanc pour éviter un refroidissement. Pendant ce temps, les autres prisonniers procédaient à une première désinfection des locaux. Les personnes susceptibles d’avoir été contaminées étaient conduites aux lazarets d’isolement où elles étaient traitées, vaccinées et mises en quarantaine. Ce service permit de dépister plusieurs cas. Une désinfection générale de la ville fut entreprise (nettoyage des rues à l’eau de mer et au crésyl), assainissement des égouts. Quant aux locaux contaminés, ils étaient destinés à être brulés (s’il s’agissait de cases en matériaux légers) soit désinfectés à fond si c’étaient des locaux en dur. Dans ces derniers locaux, il était interdit d’habiter pendant une durée de trois mois. Pour les inhumations, des consignes strictes furent appliquées : « inhumation immédiate, cortège interdit, fosse à deux mètres de profondeur, chaux vive au-dessous et au - dessus du corps » (Dr Raynal).

Les réactions de la population

En fait, les autorités sanitaires eurent souvent à lutter contre les réticences de la population devant l’application des mesures à mettre en œuvre. Du côté malgache, un des premiers obstacles fut la réticence devant les procédures d’inhumation qui heurtaient les croyances traditionnelles: en effet les mesures sanitaires qui prévoyaient une inhumation immédiate et l’ensevelissement dans la chaux interdisaient aux familles de respecter les coutumes funéraires ancestrales. Les enterrements clandestins se multiplièrent, comme en témoigne « le cas d’une femme trouvée enterrée à 50 cm de profondeur dans le sol, du côté de la Baie des Amis, et découverte le 4 septembre après un mois environ » (Raynal).
Par ailleurs le dépistage était très difficile : beaucoup essayaient d’échapper aux mesures de destruction des maisons en cachant leurs malades ou en les transportant en dehors du cordon sanitaire. Les malades essayaient de cacher leur mal et n’étaient découverts qu’après leur décès comme en témoigne l’information parue dans la Gazette du Nord du 10 septembre: « Le cadavre du jeune chinois Chan Yeng, âgé de 17 ans, a été découvert sur le rivage de la mer près de la batterie du Lazaret [...] Il résulte des constatations médicales que ce malheureux est décédé de la peste ».
Du côté européen, les mesures sanitaires n’étaient pas mieux accueillies: en effet, le cordon sanitaire nuisait au commerce! De plus, le manque de main d’œuvre, endémique à Diego Suarez, était aggravé par la quarantaine que subissaient ceux qui avaient été en contact avec un malade ou un lieu contaminé. Il est frappant de voir, en lisant la presse de l’époque, comment celle-ci minimisait l’évènement. Le 25 juillet, au plus fort de l’épidémie, on pouvait lire : « L’identification d’un ou deux cas nouveaux de peste est cause que la date de levée de la quarantaine est retardée. C’est là un léger mécompte. Entre temps les mesures de protection générale continuent à être appliquées en sorte que la petite épidémie bénigne qui a tenu la ville en haleine s’éteindra sans avoir revêtu d’allures sévères ».
Les «vazahas» tentent souvent de franchir le cordon sanitaire, comme en témoignent les lignes suivantes : « Ayant franchi le cordon sanitaire, sans être en règle avec les autorités, le sieur D.A comparaissait devant la juridiction correctionnelle...». Et un article du 10 septembre, intitulé Le cordon déplorait : « Nous avons eu une fausse joie - le bruit courait que le cordon allait être levé- hélas, au dernier jour, un cas nouveau de peste le fit maintenir, et Tananarive attend toujours ! Nul ici n’ignore que le cordon est maintenant plus moral qu’effectif; il n’en est pas moins très gênant pour la bonne marche des affaires ». Et l’auteur de remarquer que « la main d’œuvre devient rare, et, sous peu, si ça continue, elle disparaitra complètement de la ville ». Et il va jusqu’à s’indigner que « les malins qui restent en profitent pour demander une augmentation de salaire » !
Et l’on alla jusqu’à publier des chansons sur la peste ! Le Dr Raynal, dans son rapport, déplorait , sans citer de nom : « La lutte ouverte engagée systématiquement par la population et même par certaines personnalités éclairées et très en vue (c’est moi qui souligne), contre l’action des autorités sanitaires a ainsi rendu très difficile, et presque toujours trop tardive l’application, à chaque cas des mesures prophylactiques ».

La fin de l’épidémie

La peste quitta Diego Suarez le 23 octobre 1924, à l’orée de la saison des pluies. En effet, les autorités sanitaires avaient constaté que la maladie - du moins sur les côtes-affectionnait la saison sèche. Elle avait duré 124 jours. Elle avait touché (du moins pour les cas recensés) 54 personnes parmi lesquelles on avait compté 48 décès. Statistiquement, le taux était faible par rapport à l’ensemble de la population (4,15%) mais les médecins jugèrent qu’elle avait été sévère en raison du taux élevé de mortalité (79%).
Les conclusions tirées de cette épidémie furent, d’après le Dr Raynal, qu’il restait bien des choses à faire si Diego Suarez voulait se défendre contre les épidémies, notamment la « reconstruction de la plupart des quartiers de la ville où les cases en tôle et en bois sont encombrées par des occupants trop nombreux et ont été construites en violation des règles les plus élémentaires de l’hygiène ».
Nous savons maintenant que la peste est à l’état endémique à Madagascar: elle a refait récemment son apparition dans notre région. Espérons que la situation économique ira en s’améliorant pour permettre d’écarter pour toujours ce hideux fléau!
L’essentiel de cet article s’appuie sur le rapport du Dr Raynal, médecin aide-major de 1ère classe qui dirigea la lutte contre la peste en 1924 à Diego Suarez-Suarez
■ Suzanne Reutt

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