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La tranchée de la mine d’Andavakoera pendant les grandes heures de l’extraction
La tranchée de la mine d’Andavakoera pendant les grandes heures de l’extraction

Mortages était donc passé de la misère à l’opulence, de l’obscurité à la célébrité. Qu’allait-il faire de cette manne que, sur un coup de chance, le destin lui avait apportée ? Il lui fallait d’abord, pour commencer l’exploitation de ses terrains aurifères, monter une société , et pour cela il dut s’associer avec quelqu’un susceptible d’assurer les premiers investissements.

Cet associé, Mortages n’alla pas le chercher très loin: fidèle à sa bonne ville de Diego Suarez, il alla frapper à la porte d’un des commerçants de cette ville, M.Grignon.

Qui était Grignon?

Fils de « bonne famille » (son père est Président du Conseil Général de Maine et Loire), il arrive à Diego Suarez sans doute avant 1900. Dès 1901, il semble qu’il ait eu comme principale activité la recherche de concessions domaniales, soit directement à son nom, soit en tant que mandataire pour d’autres personnes. Ainsi, le 30 septembre 1900, il se fait octroyer, à Mahagaga, une concession de 57 hectares à laquelle il devra renoncer en 1902 (sans doute parce qu’il n’a pas exécuté la mise en valeur à laquelle il est astreint). En 1902, 1903 et 1904 il se présente comme mandataire de différentes personnes pour l’attribution de plusieurs maisons ou propriétés en ville. En 1905, dans l’Annuaire Général de Madagascar, il est répertorié comme employé de la Société Franco-Antankara et de la Compagnie Marseillaise de Madagascar. En 1906, il semble s’être essayé à la culture des « essences caoutchoutifères » dans la forêt d’Ambilo.
Enfin, en 1907 — sans doute enrichi par son association avec Mortages — il devient propriétaire de la gigantesque ferme d’Andranomanitra (dont on peut voir les vestiges sur la route d’Ambilobe, après le carrefour de la route de Joffreville) qui englobe 657 hectares.
Il m’a été impossible de savoir quelles étaient les raisons qui avaient poussé Mortages à s’associer à Grignon : pour ses relations ? son argent (?)...ou simplement par amitié. Ou bien, plus probablement, parce que, se sachant piètre gestionnaire (la suite devait le prouver), il a voulu s’assurer le soutien d’un homme d’affaires. C’est d’ailleurs ce qu’avance A.Bordeaux, dans le Bulletin économique de Madagascar : «Mortages n’eut pas trop de peine à trouver les fonds nécessaires à l’achat d’une production, si élevée qu’elle fût, grâce à M.Grignon, son associé actuel.» En tous cas, il ne sera plus question de Grignon après la fin de la période faste et Mortages ne le citera pas une fois dans ses mémoires écrits en 1937...

Le banquet de la demi-tonne

La production des premiers mois de l’exploitation fut assurée par le « mamelon miraculeux » qui, d’après Mortages « continua à donner plus de cent kilos par mois ». Pour payer ses orpailleurs, Mortages dut organiser des convois de numéraire: l’argent, retiré au Comptoir National d’Escompte de la rue Colbert, partait à dos d’homme, dans des caisses pour un long voyage de 6 jours. Ces convois d’argent furent quelquefois attaqués, sans que ces vols prennent des proportions considérables. Par contre les convois d’or, en sens inverse, étaient épargnés, l’or étant beaucoup plus difficile à négocier.
Fin 1907, la production totale atteignait les 700 kilos d’or. Mortages avait voulu marquer le cap symbolique des 500 kilos en donnant, en novembre 1907, un grand banquet de 70 couverts au Cercle français du Bd Bazeilles. Voici la description que donne de cette fête La dépêche de Madagascar : « Le 30 novembre dernier, MM.Mortages et Grignon, les heureux propriétaires des mines d’or de l’Andavakoera, avaient convié au Cercle Français de Diego Suarez-Suarez leurs nombreux amis à venir fêter l’arrivée du convoi d’or qui devait marquer le chiffre de la demi-tonne depuis le commencement de l’exploitation. La production de leurs mines atteignait en effet, le 26 novembre, 520 kilogrammes. On peut dire que tout ce que Diego-Suarez compte de notabilités dans l’Administration, l’armée, la magistrature, le barreau, le commerce et l’industrie assistait à cette fête de famille...». A cette occasion, qui fit connaître à tout Madagascar le nom de l’heureux Mortages, celui-ci, de passage à Tananarive, fut interviewé par un journaliste de la Tribune (celle de l’époque!). Celui-ci, après avoir décrit Mortages : « M.Mortages est grand [...] bien en chair [...] souriant [...] aimable [...] et il est du midi », l’interroge d’abord sur sa découverte :
« — Quand avez-vous planté votre premier piquet ?
— Les permis de recherche sont de juin, mais les premiers résultats ne se constatent qu’en juillet. La prospection de la région intéressée, c’est à dire la région située au sud-ouest de Diego, à trois jours environ de cette ville, fut commencée en août 1906. De cette période à juin 1907, la récolte fut d’environ 60 kilogrammes.
— Personne ne prospectait autour de vous ?
— Mais non, c’est bien tranquillement qu’il m’ a été donné de parcourir la région et de poser une quarantaine de poteaux signaux. Mais d’ailleurs, il n’y a que fort peu de temps qu’un rush s’est produit. Aujourd’hui tous ces terrains nous entourant sont piquetés »
.
Le journaliste observe ensuite des quartz aurifères que lui présente Mortages, puis l’interroge sur les emplacements de prospection (Ranomafanakely, Betsiakokely, Anisohy) puis sur les techniques de travail ( le concassage des quartz), sur les teneurs en or (« les analyses de notre ingénieur ont donné des teneurs extraordinaires variant de 750 à 1000 grammes à la tonne »), enfin sur les ouvriers :
« Au début, nous avions 250 Antaimoros, il y en a qui ont gagné des sommes importantes jusqu’à 4000 francs (15.400 euros d’aujourd’hui ou 13 millions d’ariary). Ils sont repartis avec eux à Farafangana! L’un d’eux toucha exactement 4650 francs! J’ajouterai que les ouvriers sont tous revenus et nous ont amené un grand nombre de camarades. Nous n’avons pas d’ennuis avec eux. Aujourd’hui beaucoup touchent de fortes semaines. En ce moment nous avons 3500 Antaimoros hommes et femmes et 500 bourjanes hovas.»
Enfin, après l’assurance que Mortages n’avait aucun ennui avec l’Administration, le journaliste prit congé de ce dernier « enchanté d’avoir vu un homme heureux ».

 

Départ d’un convoi vers les mines d’Andavakoera devant le Comptoir d’Escompte (rue de la Marne) à Diego Suarez
Départ d’un convoi vers les mines d’Andavakoera devant le Comptoir d’Escompte (rue de la Marne) à Diego Suarez
Un homme heureux

Heureux, Mortages pouvait l’être, la fortune lui souriait, lui, le fils d’un cultivateur du Roussillon, dont on voulait faire un cordonnier ou un menuisier mais qui rêvait d’être marin. Lui qui, arrivé comme garçon de cabine avait débarqué à Diego Suarez le 15 avril 1897, sans le sou, et qui avait commencé sa carrière de commerçant comme gérant d’un hôtel (sans chambre !) de la ville basse ! Sa découverte lui valut un changement complet de statut social. Voilà qu’il était ami avec tout ce que Diego Suarez comptait de notables, qu’il pouvait inviter le maire de la ville, qu’il était reconnu comme industriel. Dès 1909, il fut nommé Président de la Chambre consultative de Diego Suarez, puis, en 1912 membre du Conseil d’Administration de la Chambre des Mines de Madagascar. Sa vie personnelle avait été moins heureuse, assombrie par la perte en 1904,de son épouse, Victoire, une fille de chez lui épousée en 1900. Mais elle lui avait laissé un fils, prénommé Alphonse comme son père (ce qui occasionne aujourd’hui encore des confusions), et il avait beaucoup d’amis en raison de son heureux caractère et de sa générosité. Et sa découverte allait faire de lui un des hommes les plus riches de Madagascar!

1906-1910 : Les années fastes

En effet, d’après l’ingénieur Bordeaux, la production totale d’Andavakoera, jusqu’au 31 décembre 1909 fut la suivante :
— 1906 : 11 kg 184
— 1907 : 690 kg 803
— 1908 : 961 kg 965
— 1909 : 1282 kg 179
Soit, pour les 4 premières années, environ 3 tonnes d’or dont Bordeaux établit la valeur à 7 200 000 francs environ de l’époque, soit 2 772 000 euros ! Les mines d’or d’Andavakoera deviennent alors les principales exportatrices de poudre d’or de Madagascar et leur succès provoque un véritable rush. De nouvelles sociétés aurifères se créent dès 1909 : la Société des mines d’or de la Loky, la Société des mines d’or d’Antsahabe, la Société des mines d’or d’Andrafia. Plusieurs commerçants de Diego Suarez se lancent dans l’aventure: Leques, Caplong, Montagne,Zotier. Le Signal de Madagascar, en 1909, décrit cette « ruée vers l’or » : « L’arrivée des ingénieurs des mines qu’ont envoyés dans notre région [...] les Sociétés aurifères qui se sont fondées en France, a produit une véritable effervescence à Diego-Suarez. Les prospecteurs, avec cette anxiété qu’expliquent largement les sacrifices de toute nature qu’ils ont fait depuis longtemps, attendent impatiemment le jour où ils pourront être fixés sur la valeur de leurs espérances. Evidemment, il y aura des désillusions et des déceptions qui atteindront quelques-uns. Nous souhaitons que les plus petits ne soient pas atteints....» Mortages et Grignon, quant à eux, étendent la surface de leurs concessions. En 1908 de nouveaux permis de recherches sont octroyés à Grignon; en 1910, ils demandent une concession de 100.000 hectares dans la vallée de l’Andavakoera.
En 1910, l’Echo des Mines et de la Métallurgie écrit : « M.Mortages et son associé, M.Grignon, sont maintenant titulaires de la quasi-totalité des terrains reconnus productifs ».

La modernisation des exploitations d’Andavakoera

Le premier problème qu’ont à résoudre Mortages et Grignon, pour la poursuite du développement de leurs exploitations, c’est la création d’une voie de communication permettant l’acheminement du matériel. Au début, Mortages et Grignon ont fait acheminer le matériel par les boutres de Nosy Be en utilisant la petite rivière de l’Antoa et en prolongeant celle-ci par une voie de terre rudimentaire, traversant les rivières sur des ponts de fortune. Le transport du matériel par cette voie revenant à des prix prohibitifs, il a été envisagé de construire une route partant de Diego Suarez. Dès 1909, le tracé définitif, partant d’Antsiranana et aboutissant à Ambakirano, était adopté et, en 1910, 50 km de route étaient déjà terminés, les travaux devant être achevés fin 1911. C’est la route des Placers que nous nommons maintenant route d’Ambilobe. Cette facilité de communication a permis la modernisation des installations qui avait débuté dès 1908, comme la Revue de Madagascar en informait ses lecteurs : « Les placers d’Andavakoera (province de Nossi-Be) s’organisent industriellement sous l’impulsion de MM.Mortages et Grignon. Une importante machinerie très perfectionnée va y être installée incessamment, une route spéciale va y être construite pour l’exploitation ». Dès 1909, un arrêté autorise « MM.Mortages et Grignon, propriétaires des mines d’or de l’Andavakoera à installer une ligne électrique d’intérêt privé ». Une nouvelle phase commençait, celle de l’extraction industrielle de l’or.
(à suivre)
■ Suzanne Reutt

 

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