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Tirailleurs malgaches dans une tranchée-abri en 1915
Tirailleurs malgaches dans une tranchée-abri en 1915

Le 3 août 1914, l'Allemagne déclarait la guerre à la France et à la Serbie. Mais, dès le 1er août, la France avait déclaré la mobilisation générale. Quelles répercussions ces nouvelles eurent-elles à Madagascar, et principalement sur les militaires malgaches? Allaient-ils devoir partir en Europe?

1914-1915 : Seuls les français sont concernés...

La déclaration de guerre inquiéta les anciens militaires malgaches redoutant une mobilisation. Mais le Gouverneur Général Picquié fit savoir dans les Provinces que la mobilisation concernait uniquement les français. Cependant, d'après le décret du 24 septembre 1903, les malgaches engagés dans l'armée française restaient, après leur libération, inscrits dans la réserve et pouvaient être rappelés. Mais ces dispositions furent appliquées avec parcimonie (456 rappelés au 30 juin 1915). Il fut cependant envisagé de faire appel aux troupes de Madagascar pour des opérations en Afrique. Ainsi, la Dépêche malgache du 17 juillet 1915 informe ses lecteurs que « Dès le début des hostilités, une compagnie de marche dont une portion se trouvait à Tananarive et l'autre à Diego Suarez avait été mise à la disposition de nos Alliés, les Anglais. Cette compagnie devait, le cas échéant, se rendre soit à Dars-ès-Salam, soit en Afrique du Sud pour aider nos alliés. L'Armée allemande du Sud-ouest Africain s'étant rendue au Général Botha, notre compagnie de marche a été dissoute ». Il fut également question, en août 1914, d'envoyer deux bataillons au Cameroun mais on fit finalement appel aux troupes du Maroc. Il sembla donc inutile, dans cette première période de la Guerre d'utiliser les tirailleurs malgaches. Et ceci, d'autant plus que les opérations s'annonçaient bien sur le front français, notamment avec les succès remportés , lors de la première bataille de la Marne ,en septembre 1914, par le Général Joffre - que tout le monde connaissait bien à Diego Suarez - et qui avait stoppé l'avance allemande... Cependant, dès 1915 et surtout avec le début de la bataille de Verdun qui fait des centaines de milliers de morts, la France va avoir besoin de combattants.

Pourquoi pas des malgaches?
C'est ce que beaucoup, à Madagascar et en France commencent à penser et c'est ce qu'exprime la Tribune de Madagascar dans un article du 26 juin 1915 qui se demande pourquoi on n'utilise pas les tirailleurs malgaches qui pourraient rapidement devenir « une troupe d'élite ». Et le même journal donne la parole, le 20 juillet 1915 à un tirailleur (dont personne n'a vérifié l'identité!) qui s'exclame: « qu'avons-nous fait pour être indignes d'aller à l'ennemi ?»

Les premiers recrutements de soldats malgaches

La nomination du Gouverneur Général Garbit, en août 1914, va accélérer le recrutement de soldats malgaches : en effet, celui-ci va insister pour envoyer des combattants. Dans une conférence de 1919, il décrit les opérations qui ont présidé à l' envoi d'un premier bataillon : « Sur l'insistance de la colonie, un premier bataillon fut envoyé en France, composé uniquement de volontaires choisis parmi les tirailleurs du corps d'occupation, déjà en service, et qui ne perçurent, cette fois, aucune prime spéciale ». Ce premier bataillon, était formé de trois compagnies de 650 tirailleurs qui furent regroupés à Diego Suarez. Ce bataillon, qui comprenait vraisemblablement des tirailleurs du 3ème régiment de Diego Suarez rassemblait en fait des volontaires (cependant sélectionnés !) de toute l'île. Le départ des volontaires de Tananarive (une quarantaine) donna lieu à de grandes manifestations d'un enthousiasme sans doute organisé. La Tribune de Madagascar publie un « poème » à leur gloire:
« Ils sont partis les tirailleurs;
Ils ont quitté Tananarive;
Sur leurs chéchias pleuvaient les fleurs;
Ils vont au loin , sur l'autre rive,
Le cœur ardent, l'âme expansive,
Le regard fier et menaçant.»

En fait, l'enthousiasme guerrier n'était pas la seule raison de ces engagements. Garbit détaille d'ailleurs les moyens de persuasion employés : « Les procédés employés furent, en dehors de l'appât de la prime (variable suivant la catégorie de l'engagement) offerte par l'Etat: des « kabarys » (discours) patriotiques faits par les chefs indigènes, les administrateurs et le gouverneur général lui-même; des cérémonies militaires (revues, défilés, etc.) ; des représentations patriotiques, etc.». Cependant le Ministère de la Guerre s'inquiéta de la valeur de ces recrues: il demanda par télégramme « si sélection faite avec soin parmi races dont courage éprouvé- - intention étant les employer à opérations actives ». Sur les assurances de Garbit, le Ministère répondit : « Pouvez embarquer tirailleurs » et ce premier contingent de tirailleurs malgaches s'embarqua à Diego Suarez les 21 et 22 octobre sur l'Océanien et le Ville d'Alger.

Une « véritable armée d'indigènes »
Embarquement des troupes à Diego Suarez sur le paquebot Ville d’Alger
Embarquement des troupes à Diego Suarez sur le paquebot Ville d’Alger

La guerre devenant de plus en plus meurtrière, la France demanda au Gouverneur Général, fin 1915, d'envoyer un détachement d'un millier d'hommes. Le recrutement fut organisé par 2 décrets parus au Journal Officiel français du 18 décembre 1915. Ces décrets prévoyaient que les engagements étaient contractés pour la durée de la guerre. Les engagés recevaient une prime de 200 francs pour les unités combattantes (soit environ 670 euros). Par ailleurs, par un arrêté du 9 octobre 1915, une allocation journalière est accordée « aux familles des tirailleurs indigènes désignés pour servir hors de la colonie en vue de participer aux opérations de la guerre actuelle et qui remplissent les devoirs de soutien indispensable de famille ». Mais avant même la signature de ces décrets, le Gouverneur Général avait été invité à lever 4 bataillons malgaches qui seraient formés dans la colonie jusqu'en mars 1916. Le 19 février 1916 , on comptait 5943 engagements de volontaires mais le flux des engagements se ralentit vite et il fallut trouver d'autres moyens de persuasion que ceux évoqués plus haut par Garbit. D'autant plus que le Ministère de la Guerre demandait de plus en plus d'hommes... Garbit, d'ailleurs, dans sa conférence de 1919, évoque pudiquement certains de ces moyens : « Dans la suite, ces moyens furent complétés par la remise en vigueur , dans certaines régions, d'une vieille coutume indigène le « tsondrana », cadeau offert en supplément de la prime aux militaires indigènes partant pour le front, par ceux qui restaient, au moyen de cotisations volontaires; puis par l'emploi de recruteurs indigènes, chargés de renseigner leurs compatriotes et qui recevaient, à cet effet, par homme recruté par leur entremise, une prime payée par la colonie ». On peut imaginer les dérives qu'entraina l'usage de ces moyens... Le « tsondrana » devint un « véritable achat de mercenaires » (M.Gontard); les autorités firent de plus en plus pression sur les populations pour qu'elles fournissent des « volontaires » si bien que le « volontariat » devint de plus en plus un enrôlement forcé qui irrita non seulement la population malgache mais également les colons dont les ouvriers désertèrent les plantations et les entreprises. D'après Maurice Gontard, ces moyens de pression donnèrent les résultats attendus puisque « On eut, dans la seconde quinzaine d'août 1916, 280 engagements, 380 dans la première quinzaine de septembre, 447 dans la seconde. Du 16 octobre au 29 décembre 1916, 14 026 volontaires se font inscrire; en janvier 1917 : 8 494 ». Cependant, comme le dit Chantal Valesky (Le soldat occulté), on assista à « un recrutement en coups d'accordéon », le Ministère réclamant ou refusant alternativement les envois d'hommes pour la guerre. En effet, comme nous l'avons vu plus haut, et surtout au début des hostilités, la France doutait des qualités physiques et militaires des soldats malgaches. Par ailleurs, les protestations des colons se firent entendre de plus en plus fort ; enfin, les envois de troupes buttèrent contre l'insuffisance des navires susceptibles de les transporter. En tout, d'après le Gouverneur Garbit, 45 863 malgaches s'engagèrent, dont 41 355 combattants. Mais le recrutement de « volontaires » n'eut pas le même succès dans toutes les provinces : il fut important sur les plateaux mais beaucoup moins sur les côtes, et pour Diego Suarez, il ne représenta que 0,5 % des effectifs ! Si bien qu'après le départ de Garbit, qui s'était lui-même porté volontaire, on insista sur le recrutement dans les régions côtières pour « réparer d'injustes pressions faites sur les régions centrales ».

Diego Suarez, centre de tri.

Cependant Diego Suarez joua un rôle important dans la participation des tirailleurs à la grande guerre. D'abord comme centre de regroupement des troupes devant rejoindre la France. En effet, les volontaires de toute l'île ont souvent été regroupés à Diego Suarez. Nous avons vu plus haut que les premiers volontaires recrutés , notamment sur les plateaux, furent dirigés sur Diego Suarez. Quelquefois, les soldats mobilisés vinrent de plus loin. C'est ainsi que l'on peut lire dans Le Tamatave du 19 mai 1915 : « Un détachement de 50 tirailleurs pris parmi les races du sud, sera dirigé sur Diego Suarez par le prochain « Bagdad » en vue de compléter les deux nouvelles compagnies mobilisées du 3ème malgache ». Et parfois, de plus loin encore, puisque Diego Suarez fut un important point de regroupement des tirailleurs asiatiques avant leur départ pour la France. Le Tamatave du 26 février 1916 annonce : « Prochainement 2 steamers amèneront à Diego Suarez 1 200 tirailleurs tonkinois. Cet effectif pourra être augmenté ». Un mois plus tard, c'est la Dépêche malgache qui indique : « Le vapeur Derwent est attendu à Diego Suarez. Il a à bord 590 tirailleurs annamites. L'autre moitié du contingent suivra de près ». Peut-être d'ailleurs s'agissait-il des mêmes...
Tonkinois, Annamites... en tous cas la coexistence avec les tirailleurs malgaches ne fut pas toujours sereine. C'est toujours la Dépêche malgache qui signale à Diego Suarez, le 10 juin 1916, « une violente bagarre entre Annamites et Malgaches ».
C'est également à Diego Suarez que furent regroupés les soldats réquisitionnés de La Réunion dont le premier contingent , embarqué sur le paquebot Djemnah fut formé sur place avant son départ pour la France en mars 1915. En effet, le rôle de Diego Suarez ne se borna pas à celui de centre de tri. Diego Suarez fut essentiellement un centre d'instruction militaire pour les contingents recrutés. C'est également à Diego Suarez que se tient une des commissions médicales qui contrôlent l'aptitude des recrutés : y siégera sans doute le célèbre médecin Girard qui, blessé au front, est affecté en 1917 à l'hôpital de Diego Suarez. Cependant, si Diego Suarez a joué un rôle logistique essentiel dans l'envoi des recrutés, la plus grande partie des troupes déjà formées resta dans le Nord pour défendre la place qui constituait un élément important de la défense extérieure de la France.
(à suivre)
■ Suzanne Reutt

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