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Antsiranana, village français de la baie de Diego Suarez
Antsiranana, village français de la baie de Diego Suarez

Le 17 décembre 1885, un traité met fin à la première guerre franco-hova. Si les français trouvent que l’Amiral Miot et le consul Patrimonio, qui l’ont signé, ont fait trop de concessions, en revanche, le Premier Ministre de la Reine, Rainilaiarivony considère qu’on l’a « amputé » d’un membre

Ce membre, c’est Diego-Suarez que la France conserve, avec le droit d’y « faire des installations à sa convenance ». Cependant, Rainilaiarivony ayant demandé d’expliciter plusieurs articles, Miot et Patrimonio adressèrent, le 8 janvier 1886, une lettre qui leur fut âprement reprochée et dans laquelle il précisait, à propos de Diego Suarez, « En ce qui concerne le territoire nécessaire aux installations que le Gouvernement de la République fera, à sa convenance, dans la baie de Diego-Suarez, nous croyons pouvoir assurer qu’il ne dépassera pas un mille et demi dans tout le sud de la baie, ainsi que dans le contour de l’est à l’ouest, de quatre milles autour du contour nord de la baie, à partir du point de la dite baie le plus au nord...» Engagement que le Résident Général, Le Myre de Villers, se hâta de désavouer en déclarant qu’il ne reconnaissait aucune valeur à la lettre de Miot et de Patrimonio. De son côté, le Premier Ministre de la Reine, affirma qu’il considérait cette lettre comme une annexe indispensable au traité.

Les positions étant inconciliables, les négociations furent rompues jusqu’à ce que Rainilaiarivony propose de les renouer. Une mission comprenant un émissaire français et un officier hova (le propre fils du Premier Ministre), fut donc envoyée sur le terrain mais ne put trouver un accord.

Les empiétements français

Renonçant à trouver une entente, Le Myre de Villers décida de remplacer les discussions par des actes. Il ordonna au commandant de la division navale de « ne laisser occuper par les hovas aucun point situé en dedans de la ligne des crêtes qui entourent la ville côté sud ». Le 2 août 1886, un gouverneur fut désigné pour gouverner la baie de Diego Suarez avec mission d’étendre la colonie aussi loin que possible.

Les établissements français à Diego Suarez constituent un service distinct placé sous l’autorité du ministre de la marine et des colonies. Les relations entre le commandant de ces établissements et les autorités de l’île ont lieu exclusivement par l’intermédiaire du résident général  

Dans le même sens, en France, le 29 novembre 1886, après une interpellation à la Chambre, le Président du Conseil avait répliqué : « M.Freppel a semblé croire que nous étions enserrés dans les limites qui avaient été indiquées dans un document non-officiel, et il a supposé que nous aurions accepté à cet égard les exigences du gouvernement hova.Il n’en est rien ; nous avons pris à Diego Suarez la position que nous avons jugé à propos de prendre; nous comptons la garder[...] et nous l’étendrons autant que cela nous paraîtra indispensable, tant au point de vue de notre développement commercial qu’au point de vue de nos nécessités militaires et de notre dignité ». L’année 1886 vit ainsi les troupes françaises se heurter aux soldats hovas installés dans les territoires contestés. Le 19 janvier la garnison de Diego enlève un camp hova près d’Antsirane ; le 19 décembre des sakalaves, conduits par le capitaine Jacquemin détruisent le village de Bekaraoka où se trouvaient des hovas (La Dépêche malgache) ; « en octobre 1886, le commandant Caillet, passant outre aux protestations du gouvernement hova, occupa la hauteur de Madgindgarive [Mahatsinjoarivo], point stratégique de premier ordre » (La France coloniale).
Les quelques années qui suivirent allaient voir les français étendre le domaine qui leur avait été assigné par la lettre Miot-Patrimonio, sans trop d’incidents avec le gouvernement des hovas d’Ambohimarina avec qui un « modus vivendi » semble s’être établi. Et ce, d’autant plus que les Français font preuve de la plus grande mauvaise foi : « Il n’est pas nécessaire de donner à ces opérations un caractère officiel. Pendant ce temps, le règlement avec les Hovas interviendra et il sera même d’autant plus facilité que nous aurons la possession de fait » (lettre du 16 août 1886 au Sous-secrétaire d’Etat aux colonies).

Le gouvernement d’Ambohimarina face aux empiètements français
Ramaka, gouverneur général des Antakarana et son état-major
Ramaka, gouverneur général des Antakarana et son état-major

La province d’Antomboka, c’est à dire la province du Nord est très loin de la capitale et les communications sont difficiles entre Tananarive et le fort d’Ambohimarina où se sont repliés les hova. Aussi est-elle, jusqu’en 1886, à peu près délaissée par le pouvoir central. Avec l’installation des français à Diego Suarez, le gouvernement royal va entreprendre auprès des populations du Nord une politique de séduction pour ramener les populations tentées par le développement et l’animation d’Antsirane. Lorsque Rainizanamanga, le fils du Premier Ministre vient contrôler la délimitation de Diégo, il laisse aux officiers d’Ambohimarina une série d’instructions précisant la conduite à tenir vis à vis des étrangers mais aussi des populations du nord. Il s’agira d’accorder le pardon aux populations révoltées, de restituer les biens confisqués mais aussi de supprimer les abus( réquisitions abusives, escroqueries, taxes excessives etc.). Des gouverneurs de plus haut rang sont nommés qui réformeront la justice, développeront la scolarisation, supprimeront certaines corvées et confirmeront les privilèges des chefs locaux. Ceci suffit-il à ramener les populations tentées par le nouveau territoire ? Apparemment si l’on en croit, le gouverneur Ramaka qui écrit au Premier ministre le 16 octobre 1886 : « très peu de sujets royaux restent encore à Diego Suarez ».
Par ailleurs une politique de développement de l’économie est mise en œuvre avec l’aménagement des rizières et le développement du port d’Ambodivahibe. En réalité l’attraction de la ville en train de naître est la plus forte d’autant plus que Diego Suarez, terre française, a aboli l’esclavage et sert d’asile aux esclaves qui fuient leurs maîtres. Par ailleurs, les militaires hovas, mal équipés ne « font pas le poids » face aux militaires français : le 10 septembre 1887, le gouverneur d’Ambohimarina, Ratovelo, écrit au Premier ministre pour se plaindre du fait que les Sakalaves équipés de carabines se moquent des militaires merina qui ne disposent que de vieux fusils à pierre, et il réclame des munitions et des uniformes pour renforcer. leur dignité.

Diego Suarez, territoire militaire
M.Froger, Résident de Diego Suarez
M.Froger, Résident de Diego Suarez

Le décret de mars 1886 qui fixe les attribution du représentant de la République française à Madagascascar précise, dans son article 6 : « Les établissements français à Diego Suarez constituent un service distinct placé sous l’autorité du ministre de la marine et des colonies. Les relations entre le commandant de ces établissements et les autorités de l’île ont lieu exclusivement par l’intermédiaire du résident général ». C’est donc un marin, le capitaine de frégate Caillet, nommé commandant supérieur du nouvel établissement, qui va être chargé des premiers aménagement du territoire de Diego Suarez.
En août 1886 un télégramme précise : « Informez Commandant Caillet qu’il est maintenu nouvel ordre dans commandement Diego Suarez. Instructions nouvelles lui ont été envoyées par Zanzibar : il devra autant que possible occuper tout territoire sud qui s’étend au nord de la crête est et ouest séparation des eaux au nord du mont d’Ambre sans menacer le fort Ambohimarina et en évitant toute collision- Meurthe partant 6 septembre vous amènera infanterie marine renforts ».
Conformément aux ordres reçus, Caillet va d’abord s’occuper de la défense de Diégo Suarez. Nous avons vu (n° 126 de La Tribune)que, dès son arrivée, Caillet avait fait construire deux petits fortins destinés à protéger Antsirane d’une éventuelle attaque des soldats merina d’Ambohimarina. Il fit aussi construire, sur la hauteur de Mahatsinjoarivo, un petit fort en rondins , tenu par les tirailleurs sakalaves du Commandant Pennequin, pour surveiller la route d’Ambohimarina. En 1886, ayant reçu des renforts et du matériel par le navire La Meurthe, il dut songer à loger les troupes et à installer une infirmerie à Cap Diego. Le Br Bonain, médecin de la Dordogne, le navire-transport sur lequel avait d’abord résidé Caillet, décrit ces premières installations : « J’ai parlé plus haut de l’établissement maritime qui se fonde actuellement au Cap Diégo ; vis à vis, dans le port de la Nièvre, au sommet du promontoire qui sépare ce port de la baie dite des Français, s’élève le village d’Antsirana (village de la pointe) à tort nommé sur les cartes Antomboka (région du pied, de l’extrémité) qui est le nom donné par les Hovas à la partie extrême Nord de Madagasar. Les Hovas avaient avant la guerre, à Antsirana, un poste de douane ; au début des hostilités, ils se sont retirés à vingt-cinq kilomètres en arrière, dans leur fort d’Ambohimarina. Situé sur une plage basse et de médiocre étendue, au pied d’un plateau aux flanc abrupts, d’une hauteur d’environ vingt-cinq à trente mètres, le village en train de se transformer en petite ville, comprend aujourd’hui, outre les casernements des troupes, une réunion de cases massées sur la droite de la plage, et s’étendant sur une longueur de trois à quatre cents mètres, dans une sorte de cirque, véritable échancrure du plateau dont les bords le dominent dans les trois quarts de sa circonférence. Deux fortins couronnant la crête du plateau assurent la défense à droite et à gauche. [...] L’établissement militaire est placé sur la gauche où le sol est un peu plus élevé et surtout plus déclive. De beaux casernements en fer et en briques construits assez hauts sur des piliers en maçonnerie, offrent aux troupes un logement très confortable. Une source d’excellente eau jaillit en ce point des flancs du plateau ; traverse, conduite par un long canal de bois, les cantonnements et vient se déverser dans un bassin cimenté où peuvent se baigner les hommes ».
Caillet, militaire, s’était surtout préoccupé de l’installation des troupes, aussi bien à Cap Diego, qu’à Antsirane, dans la ville basse où l’on peut voir encore ces casernements construits sur piliers dont parle Bonain

■ Suzanne Reutt

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