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Le port de Diego Suarez après le cyclone du 5 février 1894 : le navire l’Eure est échoué
Le port de Diego Suarez après le cyclone du 5 février 1894 : le navire l’Eure est échoué

L’année 1893 avait vu Diego Suarez se développer sur le plan de l’urbanisme et des communications mais beaucoup restait à faire, dans un contexte politique de plus en plus lourd de menaces

Enlèvement des corps des Ancètres d’Ambohimarina
Enlèvement des corps des Ancètres d’Ambohimarina
Antsirane, une ville qui a encore beaucoup de progrès à faire

Pour les premiers habitants d’Antsirane qui avaient vu le petit village originel devenir une ville, les progrès de l’urbanisme étaient indiscutables et beaucoup s’en réjouissaient. Mais pour les nouveaux arrivants, surtout pour ceux qui venaient de France, la première impression était loin d’être favorable ; ce fut même un choc pour C.Vray, pseudonyme de la femme d’un officier affecté à Diego Suarez, qui décrit dans son livre Mes campagnes son arrivée le 31 mai 1894 dans le port de Diego Suarez : « Oh! cet affreux pays, ce coin de terre française sur lequel on va nous laisser; c’est pis que tout ce que nous pensions; c’est plus triste, plus misérable que personne n’eût osé s’y attendre ». Le débarquement n’améliore pas les impressions qu’elle a eues du pont du paquebot : « Nous commençons par avoir mille peines à aborder, car, bien entendu, il n’y a ni quai, ni jetée, ni embarcadère ». Puis, c’est le premier contact avec la ville basse : « Nous parcourons l’unique rue, où sont de chaque côté les échoppes des marchands indiens, construites en bois avec des toits de fer-blanc, quelques misérables boutiques françaises, tout cela ayant l’air ruiné et minable d’un pays qu’on aurait abandonné depuis longtemps ». Epouse de militaire, C. Vray va loger dans la ville haute où sont construites les casernes et les bâtiments administratifs : «Par des chemins impossibles, trébuchant sur des débris de toutes sortes où brille principalement la boite de conserves, nous allons monter dans la ville haute. Ah! que ce nom est pompeux pour ce que l’on aperçoit ; c’est là qu’on a construit le gouvernement, les casernes, la gendarmerie, les quelques cases où l’on habite. Un peu de commerce s’y est installé comme en bas, des magasins chinois, indiens et français ». On ne saurait être plus enthousiaste !
Il faut dire que Diego Suarez n’est pas au mieux de sa forme, car comme elle l’a appris du directeur du port en arrivant, il y a eu « un cyclone affreux »

Un cyclone affreux

En effet, dans la nuit du 5 février un cyclone « court mais très violent»  a ravagé Diego Suarez. Dans son édition des 11 et 12 février le Figaro rend compte des informations que le gouverneur Froger a transmises, via l’Ile Maurice, au Sous-secrétaire d’état aux colonies : « Un cyclone épouvantable a ravagé Diego Suarez dans la nuit du 5 février. L’aviso-transport l’Eure s’est échoué, son renflouement est certain. Les bâtiments militaires et civils ont été très endommagés. L’hospice, l’école, l’église, le marché et les entrepôts ont été entièrement détruits. Les deux tiers des maisons sont culbutées et la population est par suite sans abri. Heureusement, peu d’accidents de personnes et aucun décès. Il nous est encore impossible de calculer les pertes qui paraissent considérables.»
Mais, ce que va découvrir bientôt C. Vray, c’est que la situation politique est pire que la situation économique... En effet, les relations franco-malgaches se sont brutalement dégradées.

Une «situation pitoyable» sur le plan politique

C’est l’expression qu’emploie le Gouverneur Froger dans une lettre envoyée au journal français Le Figaro et qui paraît le 20 février 1894. Selon l’article du Figaro, si la situation est « pitoyable » c’est à cause de la faiblesse du gouvernement français envers le gouvernement de Madagascar : « Jamais, d’ailleurs, le Quai d’Orsay n’a osé revendiquer nettement nos droits de puissance protectrice. Il s’est appliqué, tout au contraire, à se garer du plus petit incident qui aurait pu l’obliger à prendre position ». Conséquences de cette situation, d’après l’article du Figaro : « Aussi, les Hovas, en présence de notre inertie, se sont-ils bientôt cru tout permis et ont-ils résolument relevé la tête ». Et la suite de l’article donne des exemples de cette prétendue agressivité : « Ils arment franchement et il n’est gère de résidence ou de poste français contre lesquels ne soient actuellement braqués quelques canons. A Diego Suarez, tout dernièrement, le troupeau du service administratif fut enlevé sous les murs mêmes du fort de Mahatsinzarivo ». En fait, on s’arme des deux côtés : le fort malgache d’Ambohimarina a reçu des canons supplémentaires et les effectifs militaires français de Diego Suarez ont été renforcés. La situation étant de plus en plus tendue entre les deux gouvernements, malgache et français, la confrontation semble inévitable. D’ailleurs, dans sa lettre, Froger, d’après Le Figaro « estime qu’une expédition – dont on peut d’ailleurs limiter l’importance – peut seule clore à notre avantage (celui de la France) l’ère périlleuse dans laquelle nous sommes entrés ». Ces prédictions pessimistes de Froger ne sont pas partagées par tous, en France. C’est toujours dans Le Figaro qu’un article appelle au calme en rappelant que le gouvernement français a mis l’opinion en garde contre « le pessimisme excessif – et peut-être intéressé – des nouvelles répandues ». Intéressé, car ceux qui répandent ces nouvelles (le gouverneur Froger, le député de Diego Suarez Louis Brunet, François de Mahy député de La Réunion) sont ceux qui animent le « Groupe colonial », favorable à l’annexion de Madagascar. Malgré tout, que ce soit du côté français ou du côté malgache, l’ambiance est tendue dans le nord de Madagascar.

Des bruits de guerre

C’est dans le Petit Parisien du 27 mars 1894 que paraissent les informations suivantes sur la situation dans le Nord de Madagascar : « Des bruits de guerre circulent dans la région de Vohemar. Les hovas et les indigènes ont pris toutes leurs dispositions pour fuir dans la montagne à la première alerte. La disette continue. La population est en proie à la plus affreuse misère ». En fait, ces «bruits de guerre» ne sont pas sans fondements. Malgré l’éloignement et l’enclavement de Diego Suarez, tout le monde sait dans le Nord que les relations entre le pouvoir central malgache et la France se détériorent de jour en jour.

La France arme Diego Suarez

On ne tardera pas non plus à apprendre que l’Assemblée Nationale française, si réticente à accorder des subventions pour les routes et l’urbanisme de Diego Suarez vient de débloquer « en raison de la situation » un crédit d’un million pour l’expédition de troupes et de matériel à Diego Suarez et à La Réunion. Dès le début d’avril des ordres sont donnés pour la mise en route, dans le courant du mois, de 640 soldats de l’infanterie de marine dont la moitié sera dirigée sur La Réunion et l’autre moitié sur Diego Suarez.
Par ailleurs, on peut lire dans Le Figaro du 26 avril 1894 : « Le ministre de la Marine vient de donner ordre à l’Ecole de Pyrotechnie du port de Toulon de préparer le chargement pour Madagascar de 200 000 cartouches pour fusil Lebel (modèle 1886) et de 2 000 obus pour canons de 14 centimètres à tir rapide. Ces munitions seront embarquées sur un steamer spécialement affrété qui partira de Toulon le 5 mai prochain avec de la troupe, pour La Réunion, Diego Suarez et Madagascar »
De leur côté, les hovas du fort d’Ambohimarina se préparent à l’affrontement

Le gouverneur Ratovelo et sa femme
Le gouverneur Ratovelo et sa femme
Le gouvernement d’Ambohimarina se prépare à la guerre

Nous avons vu (n° précédent) que le fort d’Ambohimarina avait été doté de 6 nouveaux canons. Cependant, malgré leur position inexpugnable au sommet de la Montagne des français, les soldats de la reine, isolés du pouvoir central de Tananarive et en dépit de leur nombre relativement élevé, savent qu’ils auront du mal, en cas de conflit, à résister aux soldats français dont le nombre a été augmenté et l’équipement complété. Aussi, se préparent-ils à l’affrontement. Nous avons à ce sujet le témoignage du naturaliste Charles Alluaud, qui, au début de 1894, obtient l’autorisation de faire des recherches à Ambohimarina. Voici le récit de ce qu’il a vu à Ambohimarina : Après avoir rappelé que Diego Suarez « confine au sud à la province hova d’Antankarana dont le chef-lieu est Ambohimarina, ville d’environ 1400 habitants » il décrit l’accès au fort : « Ambohimarina est bâtie sur l’extrémité méridionale de la chaîne calcaire dite "Montagne des Français" à une altitude de 376m et domine d’une hauteur presque verticale, de 286m, les plaines environnantes. Plusieurs sentiers permettent, au moyen de lacets très raides, d’atteindre ce véritable nid d’aigle. Le plus fréquenté est muni d’une échelle qui permet l’ascension des dernières falaises à pic ; [...] Le trajet d’Antsirane, chef-lieu du territoire de Diego Suarez, à Ambohimarina, s’effectue rapidement en filanzane, la chaise à porteurs malgache. Avec six "bourjanes", dont deux se reposent à tour de rôle, on peut franchir cette distance d’environ 40 km en six heures avec arrêt à moitié chemin, à la douane hova d’Antanamitar. Le gouverneur Ratovelo (prononcez Ratouvel), que j’avais avisé de mon intention d’aller faire des recherches aux environs d’Ambohimarina, m’avait demandé de retarder mon voyage le plus possible. Voulait-il avoir le temps de dissimuler les armements que l’on prétend avoir été faits sur ce point ? Je croirais plutôt qu’il était peu désireux de voir un Français assister aux déménagements dont je vais parler. Pendant l’ascension de la plaine de Magag à l’échelle, ascension qu’il faut faire à pied, je rencontre des groupes dont la gaîté ne me ferait guère supposer que ce sont là des convois funèbres. Les femmes jouent de l’accordéon en suivant le cortège composé d’une dizaine de personnes environ. Les restes humains sont enfermés dans des cercueils en bois quand il s’agit de corps ensevelis récemment et dans de vieux bidons à pétrole quand ce sont des débris d’anciennes sépultures. Cercueils ou caisses de fer-blanc sont enveloppés de lambas multicolores et portés par deux individus au moyen d’une longue et forte perche. [...] Pour tout bagage, les amis et parents qui accompagnent le défunt portent une natte roulée sous le bras. Un domestique suit avec une bouteille de rhum et un verre. Le cimetière est fouillé, retourné de fond en comble; aucun débris humain ne doit y rester. La ville des vivants devient aussi déserte que celle des morts. On transporte le cimetière, m’affirme-t-on, aux environs de Tananarive, ou au moins sur le plateau d’Imerina, c’est à dire à plus d’un mois de marche ! [...] Le Hova a par dessus tout le culte de ses morts. Les gens d’Ambohimarina savent bien que leur citadelle tombera entre nos mains le jour même d’une déclaration de guerre et ils ne veulent pas que leurs proches reposent en terre étrangère.»
Le récit d’Alluaud, s’il montre que les habitants d’Ambohimarina envisagent la guerre qui s’annonce avec un parfait pessimisme, illustre aussi le fait que les merina ne voyaient pas en tout français un ennemi en puissance, ainsi que l’indique la fin du récit d’Alluaud:
« Pendant mes excursions aux environs d’Ambohimarina, j’étais accompagné d’un neveu du gouverneur qui me servait d’interprète et de divers autres personnages. Des hommes armés entouraient ma case pendant la nuit. J’étais surveillé de près, mais nullement entravé. La situation de Ratovelo était assez difficile à cause des relations tendues entre Français et Hovas. En me laissant une liberté sans contrôle, il risquait d’être blâmé par le gouvernement de la reine de favoriser un espion (il se serait cru trop naïf d’admettre que l’on puisse quitter son pays dans le seul but d’aller ramasser des insectes et des débris de vieilles coquilles) ; d’un autre côté, il avait à réfléchir sur les graves conséquences que pourrait avoir la moindre insulte faite à un envoyé du gouvernement français et devait craindre d’avoir à en supporter les risques. Ratovelo s’est tiré de ce dilemme avec beaucoup de diplomatie. Il a tout fait pour faciliter mes nombreuses recherches ...et je lui dois d’autant plus de reconnaissance que sa situation, je le reconnais, était des plus délicates.»
Malheureusement, cette courtoisie de part et d’autre ne sera pas la règle dans les mois qui allaient suivre et qui vont voir malgaches et français s’affronter, d’abord dans des escarmouches puis enfin dans une véritable guerre !
(A suivre)

■ Suzanne Reutt

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