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Le dernier trimestre de 1894 va voir la fin des efforts diplomatiques pour éviter la guerre entre la France et Madagascar. L’ultimatum français signifié par le représentant de la France Le Myre de Vilers étant resté sans réponse, l’année s’achève par la déclaration de guerre

Le personnel de la Résidence française quittant Tananarive
Le personnel de la Résidence française quittant Tananarive

Le Myre de Vilers quitta Tananarive le samedi 27 octobre. En cela il obéissait aux instructions qu’il avait reçues de son gouvernement, tout en ayant l’impression d’un immense gâchis comme il l’exprime dans une lettre au Directeur du Journal Officiel : « Mieux que personne, je comprenais la nécessité d’éviter une expédition militaire, dont l’inutilité me paraît certaine. [...] Comme dans tous les conflits, les deux partis ont également des torts, mais en fait d’incorrections, le pompon nous appartient ». Et il terminait sa lettre par ces mots : « J’accepte l’inévitable tout en regrettant d’attacher mon nom à une entreprise que je crois mauvaise ».

Diego Suarez à l’approche de la guerre

Dès le début d’octobre, les militaires en poste à Diego Suarez sont sur le pied de guerre. C.Vray, femme de capitaine, écrit le 6 octobre dans son livre Mes campagnes : « Pierre [son mari - NDLA] vient de recevoir l’ordre de se tenir prêt à partir en mission ; il doit s’embarquer sur La Rance. On n’a rien voulu me dire, mais ce ne peut être qu’à Majunga faire quelques projets de guerre sur le papier ». Et, tandis que son mari, avec ses chefs, se plonge dans les cartes, C.Vray égrène quelques réflexions sur la guerre qui approche : « Pourquoi cette guerre ? Pourquoi cet affreux mal ? Pourquoi ce trouble inutile à tous ? et elle cite Guy de Maupassant : « La guerre... se battre... s’égorger... massacrer des hommes... et nous avons aujourd’hui, à notre époque, avec notre civilisation, notre science et notre philosophie, des écoles où l’on apprend à tirer de très loin, avec perfection, beaucoup de monde en même temps, à tuer des tas de pauvres gens innocents et chargés de famille ». Mais ces réflexions, qui ne sont sans doute pas celles de son militaire de mari, ne sont pas non plus celles des autorités (à Paris et à Diego Suarez)qui se préparent à la guerre !

Les préparatifs de la guerre ...en France

Dès le 13 novembre 1894 le Ministre de la guerre français dépose un projet de loi « portant ouverture aux ministres de la guerre et de la marine de crédits montant à la somme de 65 millions pour pourvoir aux dépenses de l’expédition de Madagascar » (Journal Officiel du 13 novembre 1894). De longs débats vont s’ensuivre qui évoqueront souvent le sort de Diego Suarez : les limites de son territoire, son avenir si la France n’intervenait pas etc. En réalité, le sort de Diego Suarez est souvent le pivot des débats parfois très vifs qui se font à l’Assemblée Nationale comme on peut le voir dans cet extrait de la séance du 24 novembre 1894 : « Eh quoi ! on nous proposerait sérieusement de laisser sans défense ce poste de Diego Suarez, celui qui importe plus que tous les autres à notre influence politique ; ce poste qu’on nous a présenté comme le siège et la garantie nécessaire de notre puissance dans les mers de l’Inde ! Comment ! On abandonnerait à la garde de 200 hommes cette immense baie destinée à abriter nos flottes militaires et marchandes ? De telles affirmations me confondent, et je ne puis comprendre qu’on ait pu les produire à la tribune.» (intervention de M. Delbet en réponse à la proposition d’envoyer les 2000 soldats de Diego Suarez occuper Tananarive). Ces débats aboutissent le 26 novembre au vote de la totalité des crédits demandés, par 377 voix contre 143. Le 6 décembre 1894, le Sénat adopte à son tour le projet de crédits par 267 voix contre 3. Immédiatement, ces crédits sont utilisés, notamment pour renforcer la garnison de Diego Suarez.
Le Journal des Débats annonce le 12 décembre 1894 : « Le paquebot Araouaddi des Messageries Maritimes, qui part aujourd’hui de Marseille, emmène 380 soldats de l’infanterie de marine à destination de Diego Suarez. Dans le chargement figurent 80 tonnes de munitions de guerre pour Madagascar.» et le 24 décembre : « Un nouveau détachement d’infanterie sera envoyé, le 3 janvier prochain, à Diego Suarez, pour compléter à 200 hommes toutes les compagnies d’infanterie de marine qui s’y trouvent actuellement, en vue de l’expédition de Madagascar.»

... et à Tananarive

A Tananarive, la mobilisation générale est décrétée et la Reine et le Premier Ministre exhortent la population à résister aux envahisseurs. D’après L’avenir de Diego Suarez, les Hovas ont reçu des milliers de fusils anglais mais, toujours d’après le journal, ceux-ci sont en mauvais état...

A Diego Suarez on se prépare aussi à la guerre...

A Antsirane, la situation est ambigüe. Malgré les escarmouches qui se produisent entre hovas et français, malgré l’inquiétude générale, les relations entre les autorités françaises et le gouvernement hova du fort d’Ambohimarina restent empreintes de la plus parfaite courtoisie. C’est ainsi qu’en 1894, comme les années précédentes, les français furent invités à célébrer la fête du « Bain de la Reine » dans la citadelle d’Ambohimarina, invitation qu’en raison de la situation politique ils préférèrent décliner. Par ailleurs, le 5 novembre, alors que les hostilités ont pratiquement commencé, la France se charge d’embarquer les épouses des officiers hova d’Ambohimarina que, sur ordre du Premier Ministre de la Reine, il faut renvoyer à Tananarive : « Le gouverneur les a pilotées toute la journée, reçues à déjeuner, logées au gouvernement (la Résidence), puis, finalement, conduites au bateau et recommandées chaudement au commandant.» (C.Vray)
Cependant, ainsi que nous l’avons vu dans l’article précédent, la population, craignant une attaque des hovas d’Ambohimarina, est sur le qui-vive et, depuis juillet 1894, une milice civile constituée de volontaires a été mise en place par le gouverneur Froger. Le 17 octobre, une circulaire officielle placardée sur le fameux tamarinier de la ville basse, fait encore monter la tension, aussi bien auprès de la population européenne que de la population malgache. Voici le texte de cette fameuse circulaire :
ORDRE GENERAL

Le gouverneur de Diego Suarez et dépendances
Un appel aux armes à Tananarive
Un appel aux armes à Tananarive

Vu les troubles qui règnent sur les frontières et dans une partie du territoire de la colonie et pour rassurer la population contre les dangers d’incendie et de pillage;
Décide :
A partir de samedi, 20 courant, jusqu’à nouvel ordre, il est interdit à quiconque n’est pas fonctionnaire ou militaire en service de pénétrer dans Antsirane du coucher du soleil jusqu’à 5 heures du matin sans un passeport délivré par le gouverneur;
Il est interdit de pénétrer dans la ville par d’autres voies que la route neuve d’Anamakia et la route d’Ambohimarina.
A partir de 10 heures du soir jusqu’au lever du soleil nul ne pourra circuler en ville sans être muni d’un fanal.
Toute contravention à la présente décision sera punie d’une amende de 15fr. [environ 60 euros ou 200.000 Ariary NDLA] et d’un emprisonnement de 2 à 5 jours.
La présente décision sera publiée et communiquée dans toute la colonie.
Diego Suarez, le 17 octobre 1894.
Le Gouverneur.
Signé : FROGER
Avec son humour habituel, C.Vray voit le bon côté des choses : « Somme toute, c’est une bonne affaire que cette ordonnance des lumières pour le soir, les chemins sont tellement pierreux et mauvais, qu’on risquait toujours de se casser le cou ». Mais ce n’est pas une bonne affaire pour ceux, et surtout les malgaches, qui n’ont pas le droit de circuler le soir, et qui, s’ils n’habitent pas en ville, sont entassés dans le marché d’où ils ne pourront sortir qu’au petit jour.
Si le gouverneur Froger a tendance à dramatiser la situation, il est cependant certain que celle-ci, sur le plan national et sur le plan local s’est beaucoup aggravée.

La guerre avant la guerre : les premiers affrontements

Si l’on en croit le rapport du Général Duchesne établi après l’expédition « Aussitôt après la rupture des négociations, les Hovas avaient envahi le territoire de notre colonie de Diego Suarez et y avaient établi une série de postes plus ou moins fortifiés ». Mi-novembre les journaux parisiens annoncent que « les Hovas concentreraient des troupes autour de Diego Suarez». Dotées d’une artillerie, ces troupes, sous la direction du prince Ramahatra et du général Ravoninahitriniony, rassemblent des soldats issus de nombreuses tribus de l’Ile. Dès novembre, un camp hova est installé Mahagaga et une batterie est positionnée près du Point 6.
Du côté français, dès novembre 1894, la décision avait été prise de fortifier le territoire français de Diego Suarez. L’usine d’Antongombato est dotée de canons et certains colons sont armés. Des troupes prélevées à La Réunion sont envoyées à Diego Suarez en novembre; en décembre le Journal des débats indique que le Ministre de la Marine a télégraphié au port de Toulon de « prendre dans la 4ème brigade d’infanterie de marine 2 lieutenants et 250 hommes destinés à aller renforcer la garnison ». Le 25 décembre un nouveau détachement d’infanterie est prévu.
Cependant certains espèrent encore que la guerre pourra être évitée. Le Journal des débats du 24 novembre, relate la proposition du député Dumas qui « propose un expédient qui consisterait à occuper Diego Suarez et quelques autres points de l’Île, en renonçant à marcher sur Tana ». Mais en fait, la décision d’une expédition militaire sur Madagascar est déjà prise à Paris et sur le terrain, les hostilités ont déjà commencé. Les premiers affrontements vont commencer début décembre sur le territoire de Diego Suarez. Depuis le 1er décembre, les pluies ont commencé à tomber et les sentiers étant devenus impraticables Diego Suarez est isolé et connaît de gros problèmes de ravitaillement. Les colons ont été évacués de la Montagne d’Ambre, du Point-Six et d’Ivondro et ont été regroupés à Antsirane ou à l’usine de la Graineterie française d’Antongombato. Les Hovas envahissent, le 4 décembre le sanatorium de la Montagne d’Ambre. Se rapprochant d’Antsirane, ils incendient, courant décembre le poste français d’Antanamitarana et le village de Betahitra. Obéissant aux ordres reçus, les soldats français restent sur la défensive mais le 9 décembre, d’après le journal d’Antsirane Le Clairon, la gendarmerie intervient à Anamakia : « Elle (la gendarmerie) a fait une razzia de cent dix Mavoorongs (sic), qu’elle a conduit à Antsirane, où ils sont provisoirement sous clef, en attendant l’instruction qui sera la conséquence de leur présence non justifiée sur le territoire français. Ces hommes ont fait irruption dans le village d’Anamakia, qu’ils avaient, par ordre hova, la mission d’incendier avec toutes les récoltes pendantes ou déjà emmagasinées...» Le 19 décembre, à 5h du matin, un détachement de tirailleurs sakalaves, sous la conduite du capitaine Jacquemin, attaque un petit poste hova à Bekaraoka d’où les occupants, pris par surprise sont délogés. Le 22 décembre, les troupes hova mettent le feu à plusieurs concessions et le 23 décembre, 150 hommes attaquent le poste de Mahatsinjo, d’où ils sont repoussés par les tirailleurs sakalaves de Diego Suarez.

Diego Suarez en état de siège

Le 24 décembre 1894 la Colonie de Diego Suarez est déclarée en état de siège par le commandant de la division navale et le lieutenant-colonel Piel, de l’artillerie de marine est nommé commandant supérieur (rapport du général Duchesne). Ce dernier prit ses dispositions pour mettre la ville d’Antsirane en état de défense. La garnison de la ville comptait seulement 4 compagnies d’infanterie de marine, la 2ème compagnie de disciplinaires et un détachement d’artillerie. Officiellement, on n’était pas en guerre, le corps expéditionnaire n’avait pas encore débarqué mais, depuis quelques mois personne ne s’y trompait : les hostilités avaient commencé... et à Diego Suarez, la sensible C.Vray évoque, dès le 31 octobre le désarroi et l’inquiétude de la population : «...le courrier de Tamatave est signalé; il entre en rade et cette fois nous rapporte des nouvelles graves [...] en 5 minutes nous sommes sur le quai. Toute la population est là, officiers et civils, indigènes de toutes sortes : Antankares, Sakalaves, Antémours ; car tous ces gens sont venus de très loin, pour savoir ce qui a été décidé sur leur sort et ce qu’ils vont devenir ; eux aussi sont anxieux, les pauvres gens ; comme nous, ils vont et viennent, formant des groupes, courant de l’un à l’autre pour recueillir quelques débris de phrases, quelques nouvelles enfin. [...]Au milieu du va et vient, nous finissons par recueillir ces mots, ces terribles mots qui vont de bouche en bouche et qui se transmettent ici dans plusieurs langues : « La guerre..., la guerre..., la guerre ». C’est comme une traînée de terreur et de stupéfaction que ces deux mots laissent après eux : évidemment on le savait, on le prévoyait, ce terrible résultat; mais, c’est égal, tant qu’une chose n’est pas faite, sait-on jamais?».
En fait, la notification de l’état de guerre ne fut faite, au chef de la division navale française, que le 11 décembre. Dès le 12 décembre, un détachement français s’emparait de Tamatave. Les hostilités étaient officiellement commencées
■ Suzanne Reutt

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