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L’enlèvement de la reine Ranavalona III en 1897. La reine et son escorte sur la route entre Tananarive et Tamatave
L’enlèvement de la reine Ranavalona III en 1897. La reine et son escorte sur la route entre Tananarive et Tamatave

C’est ce qu’exprime le député Louis Brunet dans le cri d’alarme qu’il pousse à l’Assemblée Nationale française le 23 mars 1897 : « Aujourd’hui, Diego Suarez n’est plus rien! »

Et, en effet, la fin de la guerre va amener, pour un temps, la ruine économique de Diego Suarez, passant de son statut de Territoire français à celui de petite ville de province.

La situation économique à Diego Suarez en 1896-1897

L’agriculture a subi de plein fouets les ravages de la guerre : les colons réfugiés depuis plusieurs mois à Antsirane, ont reçu l’autorisation de rentrer dans leurs concessions dévastées. Beaucoup, découragés, ont abandonné; les autres doivent reconstituer leurs exploitations et quelquefois repartir à zéro (même si parfois, ils exagèrent les dégâts subis dans l’espoir de percevoir des indemnités). Le petit commerce, qui, depuis la création de Diego Suarez était constitué en grande partie de marchands de vin et d’alcools a perdu la majeure partie de ses clients avec le départ de l’armée.
Quant aux industries naissantes de Diego Suarez, elles se portent mal.

Les conserves de viande

La plus importante, l’immense usine d’Antongombato, la Graineterie française, installée en février 1890 pour la fabrication de conserves de viande, d’engrais et de tannerie a cessé ses activités en 1894 et est en liquidation, entraînant dans sa ruine celle de centaines de cultivateurs et d’éleveurs. Après la guerre, un industriel parisien, M.Gueunier, a racheté l’usine et fondé une société au capital de 2 millions de francs, nommée « Compagnie coloniale française d’élevage et d’alimentation de Madagascar » mais les établissements d’Antongombato ne rouvriront leur porte qu’en juin 1897, de façon très prudente et à toute petite échelle.

Les salines

Si de grandes concessions avaient été accordées, dans les débuts du Territoire de Diego Suarez, pour y installer des salines, les exploitations restèrent longtemps à l’état de projet. Deux sociétés salinières avaient été fondées en 1887 : la Société des salines de Diego Suarez et la Compagnie des salines de Diego Suarez. La première, créée par un armateur normand, M.Lefèvre-Rioult, ne commença à avoir une existence juridique qu’en 1892 et après trois ans consacrés à l’installation n’était entrée en exploitation qu’en 1895 sur 60 hectares. En 1896, elle produisit 4200 tonnes de sel. La compagnie française des salines de Diego Suarez, créée également par un armateur, M.Richon qui avait obtenu du ministre des colonies une concession de 500 hectares en compensation des pertes subies pendant la guerre de Chine, avait entrepris des installations en juillet 1895 près de la rivière de la Main, à 8km d’Antsirane mais elle n’avait commencé à produire qu’en mars 1896 sur 70 hectares.
Les deux sociétés avaient passé un contrat avec le gouverneur de Diego Suarez prévoyant de payer à la colonie un droit de 1F par tonne (environ 385 euros ou 300 000 Ariary) au-delà d’une production de 55 000 tonnes : ces quotas n’ayant pas été atteints, elles furent de fait exonérées de la redevance.

Les exploitations de chaux

Des exploitations de chaux travaillent au pied de la Montagne des français et à Cap Diego Suarez, mais cette dernière industrie dépend de la Direction de l’artillerie et travaille uniquement pour l’Etat.

Les exploitations de bois

De petits industriels ont obtenu l’autorisation d’exploiter le bois mort provenant des arbres abattus par le cyclone de 1894 mais il s’agit d’une activité quasiment artisanale et la majeure partie du bois utilisé dans la construction à Diego Suarez provient de l’importation.
La situation de Diego Suarez après la guerre n’est donc pas très prospère sur le plan agricole et sur le plan industriel.
Le changement de régime, n’apportera pas à Diego Suarezla prospérité espérée.

Du protectorat à l’annexion de Madagascar

En novembre 1895, la France avait nommé un « dépositaire des pouvoirs de la République française dans toute l’île de Madagascar », le résident général Laroche arrivé à Tananarive le 16 janvier 1896. Sans véritables pouvoirs (il lui était ordonné de ne commander que si l’on ne tenait pas compte de ses avis!) il fut incapable d’empêcher la révolte de la plus grande partie des régions de Madagascar. En août 1896 il décida l’abolition de l’esclavage sur la totalité de Madagascar, mécontentant de ce fait tous les malgaches qui possédaient des esclaves (environ 500 000 sur toute l’Ile). Devant la détérioration de la situation politique et économique la France vota – après de longues discussions – une loi d’annexion le 6 août 1896. Le 28 septembre 1896, Laroche fut remplacé par le Général Gallieni, chargé de faire exécuter la nouvelle loi. Le 28 février 1897, la reine Ranavalona III était exilée à La Réunion. Une nouvelle époque commençait dans laquelle Diego Suarez n’aurait plus l’importance qu’avait eue le Territoire dans les 10 années précédentes.

De la joie à l’inquiétude

A la fin de la guerre, la réaction des colons antsiranais est d’abord le soulagement. Mais, très rapidement, les mesures prises par Laroche, puis par Gallieni vont faire naître un vif ressentiment contre la Résidence générale que l’on accuse de vouloir la mort de Diego Suarez, d’abord en enlevant à Diego Suarez une grande partie des troupes qui y étaient stationnées, ensuite en prenant une série de mesures économiques (des taxes à l’exportation et à l’importation notamment) que les commerçants français déclarent excessives. Ces sentiments antagonistes apparaissent dans le texte suivant – envoyé aux journaux français – par Henri Mager, délégué de Diego Suarez : « A Diego Suarez, le centre le plus vivant et le plus français de tout Madagascar, que l’on voudrait aujourd’hui ruiner et détruire mais que l’on ne pourra abattre, quoi qu’on fasse, nous avons organisé de nombreuses fêtes plus brillantes les unes que les autres. A l’occasion du 14 juillet dernier, nous avons donné à Antsirane… la plus belle fête qui fut jamais organisée à Madagascar ». Et le texte se termine par l’expression de la crainte de l’avenir : « Diego Suarez a donné des fêtes à l’occasion de la conclusion de la paix mais d’ici longtemps l’on ne dansera plus et l’on ne chantera plus à Diego Suarez…les mesures que vient de prendre le gouvernement pour l’organisation de Madagascar les ont surpris et les ont effrayés. […] Aux joies de l’espérance succèdent chez eux la crainte de l’avenir et les plus cruelles appréhensions. »

Des appréhensions justifiées

Même si les élus français ont tendance à noircir le tableau, pour obtenir des compensations et des avantages, il semble qu’après l’annexion de Madagascar par la France, la situation se soit véritablement dégradée. Le 23 mars, à l’Assemblée, le député Brunet déplore que « Il y a quelques années, Diego Suarez était non pas riche mais prospère ; il semblait devoir être le centre de notre nouvelle colonisation ; depuis trois cents ans (Brunet ne recule devant aucune exagération…) on le considérait comme le port principal de la mer des Indes, et, brusquement, depuis deux ans, Diego Suarez ne compte plus dans les préoccupations et du ministère des colonies et surtout, je crois, du ministère de la marine. » Mais il est certain que Diego Suarez n’est plus le « centre de la colonisation » et que beaucoup de ses habitants choisissent l’exode comme l’indique la pétition que cite Brunet : « Aujourd’hui, grâce à une administration imprévoyante tracassière et maladroitement fiscale, le dépeuplement se fait à grand pas, nos campagnes sont désertées, notre seule ville, Antsirane, est dans un état de marasme industriel et commercial à nul autre pareil et on peut déjà prévoir le moment où le vide sera complet […] On peut estimer que le dépeuplement sera d’autant plus rapide qu’à l’heure actuelle les départs mensuels de la colonie sont considérables et ne peuvent être estimés à moins de deux cents individus, tant commerçants qu’industriels ; il est donc facile de prévoir qu’à très bref délai notre colonie n’existera que comme point purement géographique… »
Il y a sans doute beaucoup d’exagération alarmiste (et intéressée) dans cette pétition mais la réalité n’est pas très loin de ces affirmations.

Diego Suarez, un « point purement géographique »
« Sortie de la messe à Anamakia »
« Sortie de la messe à Anamakia »

Alors que , depuis des années, l’on vantait en France l’emplacement prodigieux de Diego Suarez, sa valeur stratégique et commerciale, le vent a tourné depuis l’annexion de Madagascar qui a déplacé les centres d’intérêt : Diego Suarez est complètement isolé du reste de l’île du fait du manque de voies de communications et de l’accès difficile à son port (même si, en novembre 1897, le capitaine Vernier a fait l’étude d’un projet de canal maritime mettant Diego Suarez en relation avec la côte ouest).
Le Guide de l’immigrant prend acte de ce manque d’avenir commercial : « Diego Suarez est un des plus beaux points stratégiques du monde malheureusement disproportionné jusqu’ici avec la faible importance des différentes forces navales dans la mer des Indes. Diego Suarez, malgré son importance militaire, est malheureusement menacé, même s’il était port franc, de ne jamais devenir un centre commercial important, à cause de sa situation excentrique et des difficultés de communication que lui impose sa configuration orographique ». Mais il semble également que l’annexion ait fait perdre en grande partie son intérêt militaire à Diego Suarez. La priorité de Gallieni, à son arrivée à Madagascar, n’était plus de maintenir l’équilibre avec les Anglais dans la mer des Indes mais de réduire les révoltes qui agitaient les provinces de l’île, notamment dans l’Imerina et dans le Sud: pour cela, les troupes stationnées à Diego Suarez avaient peu d’intérêt. Le départ des militaires va être une vraie catastrophe pour Diego Suarez. C’est encore Henri Mager qui, dans le Monde Illustré plaide désespérément pour le maintien de l’armée à Diego Suarez : son premier argument est que la France a dépensé des fortunes pour installer les militaires : « le développement des casernes de la colonie est considérable ; sur le plateau d’Antsirane ont été construits les quartiers de l’artillerie et les quartiers de l’infanterie, avec, en avant, plus au sud, les casernes des tirailleurs ; au Cap Diego sont les disciplinaires, les bâtiments de l’hôpital militaire et le cimetière militaire. L’ensemble de ces constructions a coûté plus de 5 millions de francs (près de 200 millions d’euros NDLA), et il s’y trouve réuni plus d’un million de matériel. »
Son second argument est la qualité de l’air à Diego Suarez : « Au point de vue sanitaire, le choix fait de Diego Suarez et en particulier du plateau d’Antsirane, est excellent ; le climat est très salubre… ». Et il conclut : « c’est la meilleure zone de Madagascar, la seule où nos soldats peuvent séjourner sans crainte d’aucune nature. »
Si ces deux arguments ont une certaine valeur, sa dernière justification en faveur du maintien des troupes à Diego Suarez est parfaitement ahurissante : « On a souvent proposé, avec raison, à notre sens, de concentrer à Diego Suarez le gros de notre corps d’occupation de Madagascar, qui de ce point central (!!!) pourrait être transporté, avec le concours des cinq bâtiments de la division navale, partout où besoin serait. » On comprend aisément que l’Etat-Major français n’ait pas trouvé que Diego Suarez était le point le plus central pour gouverner militairement le pays ! Enfin, comprenant peut-être que sa démonstration n’est pas des plus convaincantes, Mager a recours à un argument sentimental : « La population aime les soldats et les soldats recherchent la société civile. »
Henri Mager est la voix des colons. On entend moins, à Diego Suarez, la voix des « indigènes » pour qui la situation économique s’est également dégradée et qui, depuis le 6 août 1896, sont devenus par la loi d’annexion, sujets de la France. Leurs revendications ne tarderont pas à se faire entendre dans la région…
■ Suzanne Reutt

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