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La batterie de 280 d’Andrahamptosy (Cap Diego) en 1903
La batterie de 280 d’Andrahamptosy (Cap Diego) en 1903

3e partie : Diego Suarez, Territoire militaire - En moins d’un an, le colonel Joffre, commandant le Point d’Appui de Diego Suarez, avait transformé la petite ville d’Antsirane. Mais il va de soi que son principal objectif, et l’objet de sa mission, était de mettre en place la défense du territoire militaire de Diego Suarez par l’établissement d’un camp retranché. Cependant, avec l’afflux de 6000 hommes de troupe dans la petite colonie, son premier impératif fut …de les loger.

Loger les militaires : Les casernements

Avec 6000 hommes à loger, il ne s’agissait en fait de rien moins que de doubler la capacité d’accueil de Diego Suarez (5993 habitants, toutes catégories confondues en 1899). Défi énorme à relever, d’autant plus que les infrastructures manquaient. En 1900, les nombreux bateaux qui amenaient troupes et matériel devaient parfois attendre de longs mois avant d’être débarqués. La Revue de géographie note que « de grands voiliers, superbes trois mâts en fer, comme le Duguesclin et le Beaumanoir, sont ainsi restés en rade quatre et cinq mois, recevant chacun une indemnité journalière d’un millier de francs pour la perte de temps qui leur était imposée ! » Sur les quais (que la Revue de géographie appelle « l’étroite langue de terre laissée par la mer au pied du plateau d’Antsirane et baptisée pompeusement du nom de quais ») les matériaux débarqués s’entassent : « Les bois de baraques démontables s’élevèrent en montagnes vers le ciel à côté des rails de Decauville, d’affûts, de pièces de marine, d’étuves à désinfection, de caisses de vivres etc. ». Le premier souci de Joffre, pour désengorger le port et loger les militaires débarqués fut donc de construire des baraquements. Un camp fut construit dans la montagne d’Ambre, dans une situation stratégique qui permettait de surveiller la côte est et la côte ouest où certaines plages pouvaient se prêter à un débarquement, comme la baie de Rigny sur l’océan Indien et la baie du Courrier sur le canal de Mozambique. On construisit également des camps à Antsirane, à Cap Diego, à la Fontaine Tunisienne (où se trouvait autrefois la douane hova d’Ambohimarina), à Sakaramy et à Ankorika. Ces casernements complétèrent les installations du plateau d’Antsirane qui se limitaient à l’hôtel du Commandant supérieur des troupes et au casernement et à l’hôpital de la compagnie des disciplinaires.
Si la plupart des constructions militaires réalisées à Antsirane sont édifiés en briques et fer, ce n’est pas toujours le cas des casernements des postes extérieurs à la ville qui sont encore souvent construits en bois. Mais le colonel Joffre va, de plus en plus faire appel aux matériaux locaux : la pierre, bien sûr, que l’on trouve en abondance dans la région. La chaux ensuite, fournie au début par l’exploitation de Diego Suarez, mise en place par l’artillerie.
Autre problème : le manque de main d’œuvre. Les militaires ne suffisant pas, compte-tenu de la multiplication des chantiers, on a dû faire appel à la main d’œuvre locale et aux étrangers. Cependant, le Nord est peu peuplé et les autochtones, dès qu’ils ont gagné suffisamment d’argent (les salaires à Diego Suarez sont très supérieurs à ceux accordés dans le reste de l’Ile), quittent leur travail pour rentrer dans leur village. On a donc dû faire venir des chinois qui, supportant très mal le climat, durent être, pour la plupart rapatriés. On eut également recours à des kabyles, qui, ayant le mal du pays, ne renouvelaient pas, la plupart du temps, leur engagement. Peut-être, le climat ou le mal du pays, avancés par les chroniqueurs de l’époque, ne suffisaient-ils pas à expliquer la désaffection des ouvriers « importés » pour un travail qui devaient être extrêmement pénible !

Soigner les militaires

Les fatigues du climat et les maladies n’épargnaient pas non plus les militaires : il fallait donc développer le service de santé qui n’était plus adapté à l’afflux des troupes. En effet, jusqu’en mars 1900 il n’y avait sur le territoire qu’un « hôpital » de 120 lits à Diego Suarez et une infirmerie de garnison de 35 lits à Antsirane. Avec la construction des 4 infirmeries de garnison dans les nouveaux postes, la capacité d’accueil était montée à 320 lits, qui se révélèrent à nouveau insuffisants. L’infirmerie du Camp d’Ambre était la plus importante, avec une capacité d’accueil de 150 lits. Composée de 4 baraques, du système Maillard (du même modèle que les baraquements des troupes), elle était située au Nord-Est du camp et séparée des autres bâtiments. Chacune des baraques, au rez de chaussée surélevé, mesurait 40m de long pour 10 de large. Elles étaient complétées par une cuisine, une tisanerie, une salle de désinfection, une buanderie et un poulailler. L’infirmerie d’Antsirane, qui était à l’origine l’infirmerie du 15e régiment d’infanterie coloniale, accueillit, ensuite les autres groupes (infanterie et artillerie coloniales, 2e régiment du génie, 2e régiment étranger, marine, tirailleurs sénégalais, conducteurs betsileo. Composée d’un pavillon Moysan à un étage, elle ne fut terminée qu’en 1902. En novembre 1901 fut créé un parc vaccinogène permettant de fournir 25 000 vaccinations destinées non seulement à Diego Suarez mais à tous les postes de la côte.

Nourrir les militaires

Si une grande partie de la nourriture (sans parler des alcools !) destinée à l’armée était importée, il fallait pourtant trouver sur place des vivres frais, à une époque où les bateaux n’avaient pas de congélateurs et mettaient plus d’un mois à rallier Diego Suarez. Or, les colons de la montagne d’Ambre et d’Anamakia, qui étaient quelques dizaines, ne pouvaient pas approvisionner 6000 hommes. L’armée dut donc essayer de fournir elle-même les produits frais.
Nous avons vu que l’infirmerie du Camp d’Ambre était pourvue d’un poulailler. On exploita également des jardins militaires. En 1901 fut créé, sur le flanc d’un affluent de la rivière des makis, à une altitude de 660m, le jardin potager de la Légion étrangère d’une superficie d’un hectare et demi. Presque tous les légumes d’Europe y furent essayés… mais non sans mal : la terre argileuse dut être défoncée et amendée ; il fallut capter l’eau de suintements naturels et l’amener par un système de tuyaux en fer-blanc dans des tonneaux placés à intervalle ; on se défendit contre les sauterelles, les chenilles, les pucerons et les coléoptères. Moyennant quoi les légionnaires purent récolter à peu près tous les légumes que nous trouvons actuellement au marché. En ce qui concerne les arbres fruitiers ils eurent pas mal de désillusions avec les cerisiers et les poiriers mais réussirent très bien – et pour cause ! – avec les bananiers et les manguiers !
D’autres jardins militaires furent installés au Camp d’Ambre et à Sakaramy. Mais le colonel Joffre n’avait pas été nommé au commandement de la défense du Territoire militaire pour construire des maisons et planter des légumes… En 1901, la plupart des casernements militaires étaient finis. Il fallait en venir à ce qui était l’essentiel de la mission du colonel Joffre ; la mise en place du Point d’Appui.

Casernements du Camp d’Ambre
Casernements du Camp d’Ambre
Le front de mer

Les journaux de l’époque sont unanimes à refuser de décrire les travaux de fortification « pour des raisons évidentes ». Ces raisons évidentes étant bien sûr de respecter le « secret défense » en ne communiquant pas les informations qui auraient pu servir à un ennemi éventuel. Heureusement, le Général Gallieni, dans son rapport de 1903 n’hésite pas à fournir quelques précisions. En fait, les travaux de fortification avaient débuté dès l’arrivée du colonel Joffre, par la mise en place du « front de mer » : en effet, si attaque il y avait, il était assez vraisemblable que l’ennemi arriverait par la mer. D’autant plus qu’en mai 1901, le conseil supérieur de la marine avait décidé d’y organiser le point d’appui des divisions navales de la mer des Indes et de l’Extrême-Orient (décision sur laquelle on allait d’ailleurs revenir rapidement). Le rôle du Point d’Appui de Diego Suarez était donc de servir d’accueil et de base d’opérations aux navires de la zone. Pour cela, d’après Gallieni, il fallait organiser la défense de la baie ; pouvoir y accueillir des troupes et faire les installations maritimes nécessaires à l’accostage et à la maintenance des navires.
Le front de mer devait donc se composer de batteries défensives capables de barrer la route aux navires ennemis. Cet armement devait provenir presque totalement de la marine qui ne put le rendre disponible en temps voulu. C’est donc le ministère de la guerre qui fournit l’artillerie, dont beaucoup, dès son installation déclarèrent qu’elle était désuète et insuffisante. Quant aux artilleurs déjà en place, depuis 1900, ils furent remplacés par un décret du 8 mai 1901, par deux batteries montées d’artillerie coloniale. L’artillerie put d’ailleurs faire la preuve de son efficacité lors de la visite du Général Gallieni en juin 1901 : « Le Général Gallieni est arrivé à Diego Suarez le 6 juin à 3h du soir, sur le croiseur Catinat […] A l’approche du Catinat, un exercice très intéressant a été exécuté par les batteries de côte qui défendent maintenant la magnifique baie de Diego Suarez. Toutes les batteries armées ont tiré à blanc sur ce navire de guerre […] Le croiseur a été ainsi attaqué d’abord par une batterie de gros calibre très puissante puis, une fois entré dans la passe, il a été successivement pris par une batterie de moyen calibre, une batterie à tir rapide et une batterie de gros calibre du modèle le plus perfectionné […] Mais à peine le Catinat entrait-il dans la rade qu’il était en même temps attaqué par les batteries placées de chaque côté de l’entrée du port proprement dit.» Et la Revue de Madagascar qui raconte l’évènement conclut que « Avec de pareilles défenses, le port de Diego Suarez sera à l’abri de toute insulte d’une flotte ennemie, quelle qu’en soit la force ». (voir aussi :Le front de mer de Diego Suarez)

Le front de terre

Il devait servir à empêcher tout débarquement et à protéger la place. Cependant, lorsque les travaux du front de mer furent achevés, des difficultés s’élevèrent avec la métropole au sujet du front de terre. Joffre fut envoyé en France pour tenter de les résoudre en octobre 1901 : c’est au cours de l’escale de Djibouti qu’il apprit sa promotion au grade de général. Il apprit aussi qu’il était nommé… à Vincennes. Les protestations de Gallieni permirent le retour de Joffre à Diego Suarez en mai 1902. Entre-temps, les travaux avaient continué, sous la direction du Commandant de la marine, le directeur d’artillerie de la marine, Buchard, officier efficace qui avait pu faire édifier, par le soldats du Génie d’importants bâtiments en maçonnerie : un magasin général de 500m2, un magasin à vivres de 400m2, un hôtel pour le commandant de la marine (qui domine toujours le port, à côté de l’actuel Cercle-Mess), un pavillon pour les officiers de marine, une caserne pour 80 hommes. A la fin de 1901, la plupart des ouvrages du front de terre étaient entamés mais les tergiversations et les luttes d’intérêt des ministères (le Point d’Appui relevait à la fois du Ministère des colonies, de celui de la Guerre et de celui de la Marine !) avaient ralenti les travaux qui étaient programmés sur 5 ans.
■ Suzanne Reutt Les lecteurs de la Tribune qui seraient intéressés par le détail des fortifications et souhaiteraient savoir ce qui subsiste des ouvrages réalisés par Joffre, peuvent se référer à l’ouvrage « Les fortifications de la baie de Diego Suarez », en vente à La Tribune.

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