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Témoignant de la vie dans la ville d’Antsirane en 1892, le biologiste M. de Kergovatz est aussi étonné par l’activité de la ville que par le nombre affolant de... bars à alcools !

“Aujourd’hui, Antsirane compte plus de 5000 âmes, sans compter la garnison. Tout y donne l’impression d’un pays en pleine voie de croissance et de prospérité!” s’exclame à son arrivée dans le port ,le biologiste M. de Kergovatz. “C’est un véritable étonnement pour le nouveau débarqué, qui jugeait déjà que la ville basse était assez importante pour une colonie si nouvelle encore, de voir s’étendre sur ce plateau à perte de vue, toute une autre ville, aux larges rues, se croisant à angles droits, où alternent avec les cases de belles maisons en pierre ou en bois ayant leurs vérandas supportées par d’élégantes colonnes, des cafés, un vaste marché couvert de 50 m2 de long sur 15 de profondeur. Partout, des maisons en construction. J’en ai compté plus de 20 le long d’une seule avenue. Partout l’image d’une prospérité presque incroyable, si l’on sait que de la ville actuelle, il n’existait rien il y a sept ans qu’une dizaine de huttes sur le rivage, où vivaient une quarantaine de Malgaches, pêcheurs et pasteurs semi nomades avec leur famille”.

M. de Kergovatz poursuit ensuite sa découverte de la ville qu’il commente abondamment, avant de choisir une case, où il décide de s’installer. “Ma propriétaire est, parait-il, une des riches propriétaires du village: quatre maris successifs lui ont légué autant de cases, dont la location fait un beau revenu pour le pays....Ma case coûtera deux piastres, le lit compris; on me donne la clef d’une porte de deux pouces d’épaisseur, qui doit fermer cette maisonnette de roseaux...Me voilà, domicilié à Antsirane!”

M. de Kergovatz constate ensuite que beaucoup de cases ont déjà remplacé leurs toits de chaume par des toits de tôles et s’en inquiète. “Si ceux ci n’ont pas d’inconvénients sur de hautes maisons européennes, ils rendent absolument intenables, à cause de la chaleur, des maisonnettes de deux mètres de haut...”.

Mais si M. de Kergovatz pense que le toit de tôle poussera tôt ou tard, les Antsiranais à agrandir leurs cases et bientôt à les meubler à l’européenne afin de remplir le nouvel espace, il fait dès 1892, un constat plus amer qui, près de 120 ans plus tard, a gardé toute sa triste actualité. Ecoutons le.

“Il faut avouer que si certaines réalisations ...me rendaient fier..., le nombre étonnant de débits de boissons alcooliques M. de Kergovatz, 1892 qui pullulent dans toute la ville et regorgent de consommateurs est bien propre à rabattre cet enthousiasme. Si le gouvernement ne prend pas des mesures énergiques pour enrayer ce fléau, dans cent ans, les races malgaches et les créoles issus de leur mélange avec les Européens seront abâtardis et en voie de s’éteindre. Quant aux Européens, ceux qui s’abandonnent à l’ivrognerie dans ce pays, ils peuvent être considérés comme condamnés à mort...”.

Sur ce constat cinglant, M. de Kergovatz pousse plus loin ses interrogations, en metttant notamment en cause l’administration coloniale. “Créér à tout prix des débouchés pour notre commerce et notre industrie, cela est très bien, mais l’acool, l’opium, le poison, les armes de guerre doivent-ils être librement importés dans un pays que nous avons la prétention de civiliser? Je me borne en tous les cas à constater que malgré les droits élevés dont l’administration de Diego Suarez a frappé le rhum et les absinthes, 2 francs par litre d’alcool pur, la moitié des recettes du service local provient encore de la consommation de ces boissons dangereuses. Les vins, bières, cognacs, liqueurs, rhums entrent pour plus d’un tiers dans le total des importations et plus de la moitié des commerçants d’Antsirane tiennent des cafés ou des débits de boisson...Fort heureusement, le succès de plusieurs négociants qui se sont abstenus d’ouvrir une cantine, montre que l’on peut faire fortune, sans travailler à abrutir le peuple par l’ivrognerie... Ainsi, il y a deux usines qui commencent à fonctionner, la fabrique de viande conserves de la Graineterie française et la tannerie installée par la même société. Ces dernières devraient porter le chiffre des exportations au niveau de celui des importations...”


L’alcool: une actualité toujours dévastatrice

Il n’est un secret pour personne que rien n’a vraiment changé dans la ville depuis ce constat fait par M. de Kergovatz en 1892. A l’époque l’alcool était sans doute consommé par la garnison militaire française à laquelle se joignaient certaines populations locales, souvent immigrées, -notamment créoles- et le soir, désoeuvrées.
Aujourd’hui, les 100 000 habitants d’Antsiranana font toujours une consommation immodérée d’alcool, que ce soit de la bière ou plus encore du rhum, qui est à la fois moins cher (2000 Ar/ le litre), plus enivrant et surtout plus nocif!. Faute de chiffres officiels, c’est auprès d’un gros point de vente de la ville que l’on peut mesurer la consommation de rhum. «Ici, on vend entre 200 et 300 litres de rhum blanc par jour», assure le gérant, alors qu’une file continue de personnes se succèdent pour remplir des jerrycans entiers de rhum blanc à 50 degrés! «Certains acheteurs revendent dans leurs quartiers», explique encore la gérante, «mais d’autres l’utilisent pour une consommation personnelle qui peut aller jusqu’à une bouteille par jour!».Pour frapper les esprits, le médecin-chef de l’hôpital d’Ambohibao raconte qu’il suffit à un alcoolique abruti de s’exposer au soleil pour être complètement saoul, tant il est imbibé d’alcool et tant le soleil suffit à ‘enflammer’ cet alcool pour lui faire perdre la tête.
Si la consommation d’alcool, ainsi que le nombre d’établissements qui en vendent restent très présents dans cette ville portuaire, les médecins et sociologues ont cependant remarqué quelques changements. Le constat le plus inquiétant est l’augmentation de la consommation d’alcool chez les enfants, certains commençant dès l’âge de ...9 ans. D’abord en prenant quelques gorgées de bière, puis en augmentant progressivement la dose. Ce phénomène engendre évidemment un autre phénomène dont nous avons parlé: celui de la violence des Foroches. Mais plusieurs études montrent également que les femmes sont devenues de grosses consommatrices d’alcool.
Ce sont surtout de jeunes femmes ou de jeunes mères et pire encore, des femmes enceintes. «L’on pressent une augmentation du nombre de personnes ayant un handicap puisque davantage de femmes enceintes boivent de l’acool, ce qui peut engendrer un handicap chez leurs bébés», explique la ministre Nadine Ramaroson. Mais les handicaps liés à une consommation abusive d’alcool peuvent également toucher les adultes de manière irreversible.
«On constate des lésions organiques, dans le foie bien sûr, mais également dans le cerveau», explique le Dr Zanadaory. A l’hôpital psychiatrique d’Antsiranana, plusieurs patients sont internés pour troubles de la personnalité ou comportements psychotiques, surtout lorsque la consommation d’alcool est associée à celle du quat. «Il suffit de 4 ou 5 ans de consommation quotidienne de khat pour commencer à souffrir de problèmes mentaux», explique encore le Dr Zanadaory.

Ce dernier tire un portrait sombre de la société antsiranaise, s’il la regarde à la lunette de la consommation de l’acool, autant d’ailleurs que M.de Kergovatz en son temps. «L’alcoolisme entraîne d’abord un problème individuel, puis familial, puis social », estime le Dr Zanadaory.
«Beaucoup de famille ne sont plus structurées. Le père boit, les enfants sont livrés à euxmêmes et souffrent d’un déficit d’image paternel. Je suis frappé de voir que c’est généralement les mères qui viennent voir leurs fils lorsqu’ils sont internés ici. On ne parle pas du père. On ne le voit même pas!».
Et pour Dr Zanadaory, c’est cela qui mine profondément l’avenir de la société.
Une tendance semblable à Diego
A Antsiranana, la jeune association Jaidi fondée à la fin de l’année a elle aussi pour objectif de confronter les genres musicaux. Jazz In Diego a offert un premier concert de jazz classique, à la fin décembre. Devant le succès rencontré par cette première prestation, les musiciens de Jaidi ‘récidivent’, ce 29 janvier 2010, en se produisant à l’Alliance Française au club ambiance, à 20h, mais cette fois en mélangeant les genres. Il y aura deux parties : un quintet salegy jazzy (resp. du groupe Jean Hugues Leva); la seconde partie sera un quintet plus jazz avec des tonalités traditionnelles malgaches (John à la harpe, Rene Lemoine, un malgache professionnel, comme soprano)
BEMASY
Finengo M.

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