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Les fours à chaux de Cap Diego
Les fours à chaux de Cap Diego

Les premières années de l'existence de Diego Suarez virent naître peu d'industries si l'on excepte la gigantesque Graineterie Française, à Antongombato, qui dut fermer ses portes en 1899 comme nous l'avons vu dans un précédent article

Ce manque de dynamisme industriel tenait à plusieurs causes dont la principale était l'isolement du Territoire qui rendait difficile la sortie des produits de la colonie : en effet,aucune route ne reliait Diego Suarez à l'intérieur et les services de navigation par cabotage étaient quasi inexistants.
L'accession de Diego Suarez au statut de « Point d'Appui de la Flotte de l'océan Indien », en 1900, changea considérablement la situation du fait de l'impulsion que donna à la ville son importance militaire nouvelle.
En effet, sous la direction du Colonel Joffre, les constructions militaires et civiles se multiplièrent entre 1900 et 1905, donnant un énorme coup d'accélérateur aux entreprises liées au bâtiment.
Cette extension de la ville entraina la naissance d'un grand nombre d'entreprises qui trouvèrent leur intérêt à exploiter les ressources locales : calcaires du Cap Diego et de la Montagne des Français ; argiles pour la production de briques, bois de construction provenant des exploitations environnantes. Il fallut également donner à manger aux milliers de militaires et de civils qui affluèrent dans la ville en plein développement. Un certains nombre d'industries se créèrent ou se développèrent, notamment celles liées à la construction militaire ou civile.

Les industries du bâtiment

La briqueterie d'Ankorika
Fondée en 1901 par les entrepreneurs Pivert et Dubois, elle doubla sa production, en 1902 grâce aux apports de M.Imhaus, le gendre du député François de Mahy. Celui-ci, ancien militaire, amena avec lui des capitaux qui permirent de développer l'entreprise.
En 1902, la société, qui employait 70 ouvriers, comprenait, outre la briqueterie fonctionnant à la vapeur, des fours à chaux, une exploitation fournissant le bois pour faire fonctionner les fours ;une entreprise de batellerie pour le transport des produits.
Les ouvriers de l'entreprise, logés sur place, pouvaient s'approvisionner à un magasin appartenant à la société.
La briqueterie fournissait Diego Suarez en briques pleines, en briques creuses à 3, 8 ou 9 trous. Plus tard, l'entreprise se lança dans la fabrication de tuiles et de carreaux que l'on peut encore voir dans les maisons de la rue Imhaus, près du Lycée Français.

L'exploitation de chaux de la Montagne des Français
Créée en avril 1901 par MMM.Montagne et Massot, elle produisait tous les mois environ 200tonnes de chaux sortant des 5 fours de l'entreprise.
La chaux était transportée par charrette à bœufs jusqu'au rivage en face du Pain de Sucre puis, par canots à voiles jusqu'au port.
M.Massot était en charge de la fabrication et M.Montagne de la commercialisation.
Elle employait 60 personnes.

Les entrepreneurs en bâtiment
De nombreux entrepreneurs, plus ou moins importants participèrent à la mise en place du Point d'Appui de la Flotte.
Parmi les principaux, on notait en 1906 MM.Simonetti et Lippacher qui construisirent pour la marine la darse des torpilleurs.
Quant au plus grand chantier, le bassin de radoub, il fut construit par une entreprise de Paris, Fougerolles, représentée sur place par l'ingénieur Boyer.

Les entreprises alimentaires

Il fallut aussi fournir à manger à une population qui était rapidement passée de 4 000 habitants environ en 1900 pour la population civile à 12 500 en 1905, sans compter les milliers de militaires qui avaient été envoyés pour renforcer le point d'Appui.
Comme nous l'avons dit, la Graineterie Française d'Antongombato avait fermé ses portes ; elle avait été reprise par la Compagnie Française d'Elevage et d'Alimentation, qui produisait des conserves de viande (le fameux « singe »des soldats, en réalité du corned-beef) ; cependant, les prix pratiqués étant trop élevés depuis que la conquête permettait de trouver à meilleur prix la viande des autres régions, la CFEA perdit l'accès aux fournitures de l'armée. La Compagnie dut donc, à son tour, cesser la fabrication.
Il subsistait cependant des activités annexes dans l'usine, notamment une décortiquerie, une distillerie de rhum et une scierie mécanique..
Une autre décortiquerie, appartenant à M.Grignon et fonctionnant à la vapeur, fournissait du riz décortiqué à population.
On trouvait également à Diego Suarez 3 fabriques d'eaux gazeuses et de limonades (appartenant respectivement à M.Laudié ; à MM.Tournay et Lieutaud et à M.Laou Seng), deux fabriques de glace et une boulangerie industrielle qui fournissait principalement l'armée. La glacière et la boulangerie appartenaient à MM.Lèques et Grenet.
La boulangerie, qui pouvait produire 6000 pains par jour était équipée de 3 fours et de pétrins mécaniques ; elle employait 14 ouvriers. Quant à la glacière qui sortait quotidiennement 1000kilos de glace, elle employait 6 ouvriers.
Compte-tenu de la forte consommation d'alcool dans le Territoire (les troupes étaient de bons clients de ce type de denrée !), des distilleries virent le jour. La Compagnie Française d'Elevage fabriqua ainsi, en 1901, 500l environ d'arak (eau de vie provenant de la distillation directe du jus de canne). A Cap Diego, le colon et ancien militaire Nicolas put produire en 1902 20 à 30 barriques d'excellente eau de vie, comparable, selon l'Annuaire de 1901 « au meilleur Armagnac » !
Mais la principale entreprise alimentaire était la production du sel.
Dès 1887 des concessions avaient été accordées à deux sociétés, en concurrence en ce qui concernait les terrains d'Anamakia. Mais, à la suite d'un jugement du Conseil d'Etat, le partage des terrains fut refait et, en 1895, la Compagnie Française des Salines de Diego Suarez-Suarez, dont le Siège Social était à Paris fut créée.
Cette Société Anonyme, possédait 9 concessions :
-Dans un premier groupe les 6 concessions suivantes :
- concession de la Betaïtra
- concession de la Rivière de la Main
- concession d'Ampavatina
- concession de la baie de West Pool
- concession de la baie du Sépulcre
- concession de la baie du Courrier.
En 1900 la Société avait acheté un groupe de concessions appelé « Concessions d'Anamakia ».
En 1901, seules les concessions de Betaïtra et de la Rivière de la Main étaient exploitées. Leurs équipements étaient extrêmement modernes pour l'époque : voies ferrées, bâtiments, pompes centrifuges à pétrole.
La saline de la Bétaïtra comprenait ainsi : un puits de rassemblement de l'eau de mer ; 3 pompes centrifuges destinées à l'élévation de l'eau de mer ; 2 partènements entourés de digues percées de vannes. Le tout sur une surface de 31 hectares.
Il y avait par ailleurs une série de 7 partènements principaux sur une surface de 7 ha ; une série de 7 tables salantes, une camelle pour stocker le sel et enfin, un canal ouvert aux chalands qui le chargeaient.
La Saline de la Main, pareillement équipée, s'étendait sur 30ha et comprenait de plus un réservoir d'une surface de 26 ha pouvant emmagasiner 120 000 m3 d'eau de mer.
La Compagnie possédait également une chaloupe à vapeur de 15 chevaux, 2 chalands de 25 tonnes chacun, un remorqueur à vapeur de 50 chevaux et 2 chalands de 40 tonnes.
Le personnel fixe de la Compagnie comprenait le Directeur, le Comptable, 2 chefs sauniers, des mécaniciens, chauffeurs, charpentiers, marins.
Le personnel saisonnier pouvait monter à 200 employés.
Le sel était d'excellente qualité, ce qui permit à la Société d'obtenir une médaille d'or à l'Exposition Universelle de 1900.
Cependant, la Société connut des revers en raison de causes diverses notamment les conditions climatiques (cyclones) ; par ailleurs, si, en 1901, la Société put vendre tout son sel dans la colonie en raison de l'exemption de la taxe sur les sels importés, par contre, dès 1902, la Compagnie des Salines dut payer des taxes qui la rendirent moins compétitive. Elle fut aussi la cible de rumeurs persistantes qui détournèrent la clientèle : le sel de Diego Suarez fut notamment accusé de provoquer la stérilité des femmes malgaches !

Ces aléas expliquent les importantes fluctuations dans les quantités de sel produites à Diego Suarez dans les années 1900. Que l'on en juge :
- Année 1899 : 5120 tonnes à Betaïtra et 4700 à La Main
- Année 1900 : pas de récolte à Betaïtra ni à La Main
- Année 1901 : 1840 tonnes à Betaïtra et 3420 à La Main.

Une source disparue de revenus industriels

Sans qu'il s'agisse d'une industrie à proprement parler, puisqu'il s'agit plutôt de culture industrielle, je ne voudrais pas terminer sans parler de l'extraction du caoutchouc à Diego Suarez…Voilà qui va faire rêver tous ceux qui trouvent les pneus trop chers : à une époque l'industrie anglaise du caoutchouc fonctionna (très partiellement !) grâce au caoutchouc antsiranais. On pouvait lire ces lignes dans l'Annuaire : « caoutchouc : le mouvement d'exportation de ce produit a pris une réelle importance depuis 1905 : il convient de citer particulièrement l'espèce dite « lombiry », de qualité supérieure aux autres et qui est très demandée. Ce caoutchouc est presque entièrement exporté à Londres. »

Voilà… Plus de 100 ans plus tard, Diego Suarez cherche encore à se doter d'un tissu industriel. Certaines entreprises survivent, comme les Salines ; d'autres se sont créées, comme PFOI ; d'autres tournent au ralenti. Les temps ont changé mais demeure le principal obstacle au développement industriel : son enclavement qui rend difficile l'exportation des produits de la Province…Rêvons à un port devenu trop petit pour les navires qui s'y presseraient comme à Singapour !

■ S. Reutt - Ass. Ambre

Commentaires   

+1 # Canada201 25-02-2012 00:00
Merci madame Reutt pour votre superbe article.

De la part d'un antsiranais qui vit très très loin de ma province

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