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Eleveur de zébu dans la rue Colbert
Eleveur de zébu dans la rue Colbert

Lors de la cession de Diego Suarez à la France, en 1885, un des problèmes essentiels qu'eut à résoudre le gouvernement du Territoire fut celui du ravitaillement de la colonie.

La conquête de terrains cultivables

La colonie, enclavée et peu étendue, offrait peu d'espace à ouvrir à l'agriculture. En effet, le territoire, selon les termes de l'accord conclu avec le gouvernement de la Reine, ne devait pas excéder, au départ « un mille et demi dans tout le sud de la baie, ainsi que dans le contour nord, à partir du point de la dite baie le plus au nord ». Ce qui excluait les terres fertiles d'Anamakia et de la Montagne d'Ambre.
Aussi, dès 1887, le gouverneur civil Froger, nommé en remplacement du Commandant militaire Caillet, n'eut –il de cesse d'essayer d'élargir les limites de la colonie de façon à assurer la défense et le ravitaillement de Diégo-Suarez.
Pour y parvenir, il fit appel à des colons venus de La Réunion (en majorité), de Maurice ou de la métropole, à qui il accorda des concessions gratuites.
Il installa également des cultivateurs malgaches dans la plaine d'Anamakia, enlevée aux merinas d'Ambohimarina en 1885 : « Je donne des terrains à rizière à ceux qui en demandent » écrit-il aux Ministre des Colonies.
Dans sa politique d'expansion au-delà des limites officielles du territoire, Froger installa également des colons jusqu'à la baie du Courrier puis sur le sud de la baie. Il pouvait ainsi affirmer, en 1888 : « nous couvrons les vallées cultivables qui peuvent assurer nos subsistances en cas de guerre »
Devant cet expansionnisme les autorités du poste merina d'Ambohimarina essayèrent de réagir mais en vain :après une période de coexistence pacifique, les relations se durcirent et au mois de juillet 1893 les Merina mirent en place un blocus destiné à empêcher le ravitaillement de la colonie –blocus qu'ils durent lever sur ordre de Tananarive.
La conquête de 1895 ouvrit à Diégo-Suarez l'accès aux surfaces cultivables de la région.

Qui étaient alors les agriculteurs ?
Maraîchers arrivant à Diego Suarez
Maraîchers arrivant à Diego Suarez

Les créoles : la colonisation créole –dont nous parlerons plus longuement dans un prochain article- date des premières années de la création de Diégo.
Essentiellement « bourbonnais » comme l'on disait à l'époque, c'est-à-dire originaires de l'Ile Bourbon (La Réunion), quelquefois Mauriciens, les créoles pratiquent ce que l'on a appelé la « petite colonisation ».
Installés d'abord à Anamakia, autour de l'usine de la Graineterie Française, puis –plus tard- à Sakaramy, puis au Camp d'Ambre (Joffreville), ils sont à la tête de petites exploitations.
Que l'on en juge sur quelques exemples, d'après le guide-annuaire de 1902 :
« - M.Folio (Plaisance) : superficie mise en valeur :
.500 pieds de tabac : 5 hectares
. maïs : 0 hectare 50
. manioc : 1 hectare
. patates : 1 hectare 50

- M.Lucien François : superficie mise en valeur :
. maïs : 2 ha
. ambrevades :2ha50

- M.Grandin : superficie mise en valeur :
. café : 1ha
. maïs : 1 ha
. jardin potager : 1ha »

Les cultivateurs malgaches : les premiers à obtenir des concessions furent des antankarana et des « immigrants » des possessions françaises de Madagascar :Nosy-be et Sainte-Marie. Plus tard ce furent essentiellement des antaimoro et des betsimisaraka.
S'ils plantent surtout le riz, ils cultivent également des légumes qu'ils viennent vendre en ville sur leurs charrettes à bœuf.

La colonisation militaire : après la conquête, en 1895, des militaires français vont se faire octroyer des concessions. Le plus connu est le colon Nicolas, installé d'abord à Cap Diégo puis à Sakaramy

Jardin de la Légion à Joffreville
Jardin de la Légion à Joffreville

Enfin, les corps de troupes de la place vont créer plusieurs jardins :c'est le cas notamment de la Légion Etrangère au Camp d'Ambre qui cultive des légumes et de arbres fruitier ou du 15ème régiment d'Infanterie Coloniale au Camp d'Ambre et à Sakaramy.
Les essais agricoles de la Légion ont été soigneusement notés dans le Guide-Annuaire comme on peut le voir dans ces quelques exemples :
«  Légumes :
. choux de bruxelles : semer de mars à octobre- repiquer- mauvais résultats
. épinards : pendant la saison sèche de préférence ; lent à monter ; bons résultats
. oignons : en toute saison. Pousse beaucoup en feuilles ; assez bons résultats.
. tomate : toute saison – à décheniller en avril et en mai ; les palisser. Bons résultats

Arbres fruitiers
. abricotiers : 2 pieds ont été plantés le 28 janvier 1902 et la pousse atteint déjà 0m60.
. cerisier : un seul, planté le 28 janvier 1902, a donné une pousse de 0m40
. manguiers : semés le 12 janvier 1902, germés le 1er février, repiqués le 15 ; une centaine de pieds ont 0m30. »

Les cultures

Comme on le voit, toutes sortes de culture ont été tentées.
Mais, en fait, comme le reconnait le guide-annuaire, « les cultures indigènes, riz, manioc, tabac etc. paraissent jusqu'à présent devoir seules donner des résultats concluants dans la région de Diégo-Suarez ».
Et le guide essaie de donner des explications « bien que l'occupation de la presqu'île de Diégo-Suarez par la France y ait attiré depuis longtemps des colons qui se sont livrés à des essais de cultures tropicales, les rendements obtenus n'ont pas été en rapport avec leurs efforts, soit qu'il y ait eu manque d'expérience de leur part, soit que les terrains n'aient pas été propices ou que les conditions climatiques fussent défavorables »
Quelles ont donc été les cultures expérimentées :
- La canne à sucre ; tentée sur 10 ha à Antongombato, puis étendue sur 25 ha , elle a donné des résultats assez satisfaisants. A moins grande échelle, elle a été essayée par le colon Nicolas à Cap diégo avec moins de succès
- La vanille, tentée dans la Montagne d'Ambre ne donne pas les résultats escomptés
- Le café tenté également dans la montagne d'Ambre n'a pas donné de résultats concluants
- Le caoutchouc a été planté sous sa forme arbustive (Ceara) au Pic Janson près du Camp d'Ambre (10.000 pieds) mais l'essentiel du caoutchouc provient des lianes « voahely » et « lambiro »
- Les légumes sont surtout cultivés à Anamakia et à Sakaramy où la pomme de terre donne de bons résultats
- Le tabac semble bien réussir dans les villages de la côte ouest (on cite le cas d'un malgache qui a pu se constituer un troupeau de 100 bœufs avec les revenus de son exploitation !)
- Le riz est la principale culture. L'Administration distribue des semences. Il est planté en grand (120ha) à Antongombato
- Maïs, manioc etc. :cultivé à peu près partout
En fait, à part les plantations de la Société Franco-Antankarane d'Antongombato, l'agriculture, dans les années 1900 reste le fait de petits agriculteurs.
Il faudra attendre quelques années pour que des exploitations plus vastes voient le jour.
En 1920, l'Annuaire de Madagascar citera les résultats de colons « plus importants » :
« M.Jeanson a installé une féculerie et préparé en 1918 plus de 500 tonnes de fécule et de tapioca »
« M.Bruelle, dont le domaine agricole est déjà très intéressant, procède à des essais pleins de promesses »
« M.Moinard possède d'importantes cultures de cannes à sucre et vient d'installer une petite distillerie »
« M.Cléophas Hoareau a constitué un domaine agricole particulièrement intéressant par la culture des arbres fruitiers de toutes espèces »
« Par ailleurs, dans tous les terrains pouvant être irrigués, de vastes rizières ont été créées par les indigènes… ; cette culture s'étend surtout dans le district d'Ambre où elle couvre environ 6000ha »

Le bilan

On peut se demander, à la lecture de ces essais de cultures tous azimuts, quels ont été les résultats. En d'autres termes, le Territoire de Diégo est-il devenu autonome en matière de ravitaillement agricole ?
On peut en douter en consultant la liste des importations de l'époque :
Nous lisons ainsi qu'il a été importé, en 1901 :
1305 tonnes de riz
196 tonnes de légumes secs
608 tonnes de pommes de terre
5tonnes de café
2 tonnes de poivre
22 tonnes de tabac
87 tonnes de légumes frais
98 tonnes de conserves de légumes.

Apparemment, l'auto-dépendance alimentaire de la ville d'Antsirane était loin d'être acquise.
Elle ne l'est, hélas, toujours pas ! Surtout depuis que les cultures vivrières ont été remplacées, sur les terres cultivables par la culture du khat…Quand la drogue remplace la nourriture…
■ S. Reutt - Ass. Ambre

Commentaires   

+2 # Very_Jerry 08-03-2012 13:59
Voila une conclusion percutante:
"(...)la culture du khat - Quand la drogue remplace la nourriture".

J'ai visité ces sites et ces lieux abandonnés par les gouvernements gasy; j'y ai vu ces ruines, ces routes (ou du moins leurs traces); j'ai parlé avec des "anciens" d'Anamakia, de Tongombato; j'ai gouté leurs fary, finesy, manga et vary; mais surtout leurs excellents tomates et oignons. Ça fait mal au cœur de songer, que depuis le départ des colons, le gouvernement a tout simplement tout abandonné. On y trouve de tout: de l'eau, des terres fertiles et des gens laborieux, abandonné. En dehors des barrages à Bakchich des gendarmes tous les 5km, il n'y a, qu'une piste, bonne pour les calèches à zébu.
Merci la Tribune DS pour cette documentation.
# Don Donovan 10-03-2012 05:00
HATIME HAMADI L'ESPION QUI ROULE POUR LA FRANCE
# Very_Jerry 10-03-2012 15:06
Il fut un temps où il était facile de repérer le lieu du crime: le seul lieu ou se regroupaient les quelques Yéménites consommateurs de Khat, dans chaque ville de Madagascar. à Diego c’était dans cette Casbah, au bord de la route à coté du Tsena. Toute l’après-midi, ils s'y retrouvaient tous, la bouche pleine, enfoncés dans les coussins, buvant du "Tchaï" et du Coca-Cola. Maintenant, le Khat n'est plus une affaire d'épidémie, c'est une pandémie dans l’Océan-Indien. Heureusement qu'il n'est pas interdit, sinon ce serait l'Afghanistan. Mais je me demande s'il y a des statistiques sur le nombre d'accident de circulation, et sur les problèmes de santés (dentaire, psychique, cardiologique, vasculaire, addiction, ..etc) dû à sa consommation.
+1 # Rakotomalala 15-06-2013 19:34
Je tiens à adresser toutes mes félicitations au(x) concepteur(s) de ce site. Dorénavant, il fera partie des sources que doivent consulter mes étudiants. (Je suis universitaire, anthropologue, j'enseigne en France ; je suis d'origine malgache.)

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