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Maison créole à Joffreville
Maison créole à Joffreville

Comme nous l'avons vu dans l'article précédent, un des premiers soucis des Français, lorsqu'ils prirent possession du Territoire de Diego Suarez, fut de trouver de la main d'œuvre

Dès son arrivée, en 1887, le premier gouverneur civil, Froger, essaya d'attirer dans la nouvelle colonie, des malgaches des régions avoisinantes. Il tenta également de retenir des militaires ayant terminé leur service. Sans beaucoup de succès. En effet, peu adaptés au climat et aux conditions particulières de la vie dans un territoire où tout manquait, éloignés de leur famille, ils furent peu nombreux à accepter un retour à la vie civile sur place.

Les premiers colons créoles

Dès la signature du Traité Miot-Patrimonio entre la France et le gouvernement malgache, en 1885, quelques dizaines de colons créoles installés à Vohemar furent invités à rejoindre la nouvelle colonie de Diego Suarez. Mais, dès son arrivée, Froger écrivait dans une lettre du 26 avril 1887: « Au milieu de toutes les ressources (possibilités de culture, d'élevage) nous vivons très mal et très cher. Les colons venus de La Réunion, de Nossi-Be et de Maurice se bornent à vendre et à boire ».
Or, il fallait nourrir Diego Suarez. Froger essaya donc de faire venir à Diego Suarez des cultivateurs des îles voisines, essentiellement de La Réunion et de Maurice.
Dans une lettre adressée au Gouverneur de La Réunion, le 18 juillet 1887, il fit une « demande de petits cultivateurs » :
« Monsieur le Gouverneur,
Je vous serais reconnaissant de vouloir bien faire publier dans les journaux de la colonie, l'avis que l'Administration de Diego Suarez verrait avec plaisir quelques petits cultivateurs expérimentés dans les cultures tropicales s'établir dans les vallées qui environnent Antsirane pour y tenter les cultures vivrières et celle de la vanille, du café, du cotonnier, des épices en général, qui semblent toutes devoir réussir à Diego Suarez. L'administration de Diego Suarez est disposée à payer sur les fonds de la colonie le passage de dix familles de cultivateurs.
Ces immigrants devront, avant leur embarquement à Saint-Denis, faire constater par un médecin qu'ils sont en bonne santé et vaccinés. Ils devront aussi être munis d'un certificat de bonne vie et mœurs.
Ils auront droit, à leur arrivée à Diego Suarez, à 5 hectares de terre, et recevront pendant quinze jours, une ration complète de riz, viande et vin, pour chaque membre adulte de la famille et demi-ration pour les enfants au-dessous de quinze ans. Les soins médicaux et les médicaments leur seront donnés par la colonie pendant les deux premières années de leur séjour.
Ils devront apporter avec eux les graines et les outils nécessaires à l'exploitation des terres qui leur seront attribuées.
Monsieur le Directeur de l'Intérieur voudra bien, j'espère, prendre les mesures pour l'enrôlement.
Veuillez agréer, etc.
E.Froger »

L'échec de la colonisation officielle

Cet appel à la venue de colons de La Réunion est fortement appuyé par le député François de Mahy. Entre 1890 et 1894 ce dernier favorise la venue d'environ 200 réunionnais à qui sont fournies des facilités d'installation (maisons, outils et avance en numéraire). Un certain nombre de colons créoles se sont également implantés autour de la Graineterie Française dans la riche plaine d'Anamakia.
Il semble que cette première tentative d'implantation de colons n'ait pas eu le succès escompté. En effet, si l'on en croit le R.P Piolet: « Il serait peut-être instructif de se rendre compte des résultats de ce premier essai.
Dans l'ensemble, ils sont plutôt mauvais.
Des quatre colons arrivés en 1891, un seul a réussi. Il est maintenant à la montagne d'Ambre, possesseur d'une belle propriété, fertile et bien arrosée; mais les trois autres ont dû repartir ».
Ce constat est confirmé par une communication faite au Comité de Madagascar, faisant le bilan de la « tentative de colonisation officielle faite à Diego Suarez de 1890 à 1894 » et évoquant « les 150 à 200 déshérités de la fortune amenés là aux frais de l'état, qui leur donnait en outre une case meublée, des instruments de travail et de l'argent, ces malheureux échouant tous lamentablement, les uns trouvant dans la mort un refuge contre la misère, les autres rentrant chez eux plus malheureux qu'auparavant »
En fait, s'ils étaient séduits par les opportunités offertes, les « bourbonnais » étaient cependant peu préparés à ce qui les attendait. Arrivant dans un territoire à peu près dénué de tout, manquant la plupart du temps de véritables compétences, ils furent nombreux à repartir.
Or, leur rapatriement étant à la charge du Territoire, le budget déjà maigre de la nouvelle colonie de Diego Suarez en était lourdement affecté.
Pourtant, certains réussissent, implantés à Anamakia ou sur les pentes de la Montagne d'Ambre : le gentil savant De Kergovatz s'émerveille en suivant la rivière des caïmans qui parcourt « une charmante vallée toute peuplée de fermes et de jardins » ou en contemplant sur les plateaux qui descendent de la montagne vers Antsirane « des villages de colons européens ou créoles déjà entourés de jardinets, de champs de pommes de terre et de maïs ».
Et il décrit la plaine d'Anamakia où « une vingtaine de cultivateurs, créoles de Bourbon, ont depuis 4 ans, créé de beaux jardins, dont les produits alimentent le marché d'Antsirane et assurent des vivres frais aux navires de guerre et aux paquebots ». Il donne même un exemple de réussite avec le cas de M.Gangnant qui, venu dans la colonie presque sans ressources a fait « une petite fortune » et vient d'obtenir la légion d'honneur !
Il est difficile d'évaluer le nombre de créoles -réunionnais ou mauriciens- implantés à Diego Suarez dans les premières années de l'installation française; les chiffres avancés en 1887 (et sujets à caution) sont de 527 pour les « Français et créoles de La Réunion » et 93 pour les « Européens et créoles de Maurice » : ces chiffres incluant les militaires, les Saint-Mariens provenant d'une colonie française et les indiens mauriciens originaires de Bombay.
La plupart des colons immigrants s'installent autour des poches de colonisation déjà existantes, c'est à dire Anamakia (où selon Louis Brunet « 50 hectares environ étaient détenus et travaillés par des colons originaires de La Réunion »), Antsalaka et les pentes de la Montagne d'Ambre. Là, se forment de véritables villages créoles, qui subsisteront jusqu'aux années 1975.

Après 1895: les grandes vagues d'immigration

La conquête et la colonisation de Madagascar vont donner une nouvelle impulsion à la venue d'immigrants étrangers. Madagascar devient alors une sorte de terre promise pour les réunionnais et mauriciens pauvres. En 1895 la « Société Mauricienne de colonisation », fondée en 1884 pour assister les immigrants propose au Résident Laroche en poste à Tananarive, la collaboration des mauriciens d'origine française à la mise en valeur de la nouvelle colonie.
A La Réunion, les députés réunionnais s'élèvent contre les réticences du gouvernement français à favoriser l'immigration de Bourbon - dont on a vu qu'elle avait été un échec. Leur action a pour résultat d'amener un nouveau flot d'émigrants à Madagascar.
D'abord favorisée par Gallieni, cette immigration créole n'est pas toujours appréciée par l'Administration, la plupart des nouveaux arrivants, « incapables de suffire à leurs besoins au lendemain même de leur débarquement », étant rapidement à charge du gouvernement.
Cependant, de plus en plus de petits cultivateurs s'installent autour d'Antsirane, cultivant les denrées rendues nécessaires par l'accroissement de la population antsiranaise et des forces militaires
A Diego Suarez, en effet, l'installation du « Point d'Appui de la flotte » votée en 1898, a rendu encore plus aigu le problème de main d'œuvre et de ravitaillement. La ville a donc besoin d'ouvriers, d'employés de commerce, d'artisans. C'est encore à La Réunion principalement qu'il sera fait appel pour fournir les corps de métiers qui font cruellement défaut .
Aussi, en consultant l'Annuaire de Madagascar de 1908 , trouve-t-on, à côté des innombrables cultivateurs au nom fleurant bon La Réunion, un Bègue, un Mussard, un Hoareau parmi les employés de commerce; un Lauret, un Hoareau Louis, un Payet, chez les menuisiers, des Dijoux et des Fontaine, chez les pêcheurs.
Mais l'essentiel des maçons nécessaires à la construction des infrastructures viendra d'Italie et la plupart des commerces non tenus par des français le seront par des grecs, des indiens ou des chinois.
En fait, la grande majorité des créoles immigrants à Madagascar formera la petite colonisation agricole. Une classe coincée entre l'Administration française dont elle se sent mal aimée et la population malgache avec qui elle entretient des rapports ambigus.
■ S. Reutt - Ass. Ambre

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