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Hellville - Le Kouera
Hellville - Le Kouera

A la fois proches et lointaines, Diego Suarez et Nosy Be ont un passé extrêmement différent. En effet, tout les oppose  : l'histoire, le climat, l'économie, le peuplement... Et pourtant, les hasards de la politique et de l'administration les forcèrent souvent à avoir un destin commun...qui ne fut pas toujours vécu dans l'harmonie et la compréhension.

Une histoire différente

Si Nosy Be et Diego Suarez furent toutes deux possessions françaises avant 1895, date de la colonisation de Madagascar, Nosy Be, peut se targuer, à ce niveau-là, d'une antériorité de près de 50 ans. En effet, c'est en 1840 que la reine sakalave, Tsiomeko, accorde la cession de Nosy Be et de Nosy Comba à la France en échange de la protection qui lui est proposée contre les hovas.
Quand, en 1885, la nouvelle ville d'Antsirane commence à se développer à partir du petit village de pêcheurs originel, Nosy Be a déjà deux centres importants : Hell-Ville, le chef-lieu, créé en 1841 et qui porte le nom du gouverneur de l'Ile Bourbon, l'Amiral de Hell, et Ambanoro, la ville indienne, très prospère vers le milieu du XIXème siècle, quand les boutres venant de l'Inde importaient les tissus destinés à la Grande Île.
C'est d'ailleurs cette ouverture au commerce maritime qui a été une des raisons de l'intérêt porté par la France à la petite île de Nosy Be.
En effet, dès les années 1830, la France cherche à avoir un port de ravitaillement dans l'Océan Indien. C'est dans ce but que le roi Louis-Philippe fait reconnaître la baie de Diego Suarez en 1833, mais le projet est abandonné faute de ressources et pour éviter une confrontation avec les anglais. La cession de Nosy Be à la France va donc permettre d'ouvrir un port aux navires français.

Port de commerce contre port militaire

La France, qui cherchait dans la zone un port de substitution aux rades foraines de La Réunion, cherchait également un établissement où « le pavillon français, flottant à nouveau, rétablirait notre prestige, fortement ébranlé dans cette partie de la mer des Indes ».
Dès 1843, une dépêche ministérielle demande d'envisager à Nosy Be « un point d'appui pour la réalisation d'un grand projet sur Madagascar ; de se procurer... un point utile à nos navires de commerce et même à notre marine militaire ».
Cependant, jamais l'île ne disposa d'un port véritable capable d'accueillir durablement une marine de guerre.
Ce point d'appui, ce port militaire dont rêvaient les français, il fallut l'attendre jusqu'en 1885, quand Diego Suarez, à son tour fut cédé à la France ; et surtout quand, en 1899, Diego Suarez devint « Point d'Appui de la flotte de l'Océan Indien ».
Dès lors, les dés étaient jetés : à Diego Suarez, l'armée et la marine, à Nosy Be l'agriculture et dans une moindre mesure, le commerce.

L'agriculture : un combat inégal
Sur le plan agricole, Nosy Be partait avec une longueur d'avance. Pas seulement parce que, dès 1841 des colons, pour la plupart venus de La Réunion, avaient commencé à mettre les terres en valeur. Mais surtout parce que, ces terres étaient incommensurablement plus riches qu'à Diego Suarez.
De sorte que très tôt, toutes les cultures furent expérimentées avec plus ou moins de succès. Voilà ce que l'on pouvait lire dans la Revue Coloniale de 1865 :
« Le sol de Nosy Be se prête, en effet, à toute espèce de culture ; la terre y est très riche, d'un travail facile, et la végétation luxuriante et vigoureuse.
Le café, le sésame, la canne à sucre, l'indigo y viennent très bien et sans réclamer trop de soins. Le riz, la patate, le maïs, le manioc, les cambars y croissent sans culture »
.
En regard de cette luxuriance, Diego Suarez ne fera pas le poids. Une correspondance de 1887 parue dans le Bulletin de la Société Commerciale de Paris porte un jugement sans appel :
« La culture est nulle. On a parlé des bois précieux de la montagne d'Ambre : il faudrait dépenser des millions pour pénétrer jusqu'à la forêt et amener les bois à Diego Suarez. Inutile d'y penser. Une seule chose reste : l'élevage ».
15 ans plus tard, le diagnostic posé par l'Annuaire du Gouvernement Général est guère plus optimiste : « Les cultures indigènes, riz, manioc, tabac etc. paraissent jusqu'à présent devoir, seules, donner des résultats concluants dans la région de Diego Suarez. En effet, bien que l'occupation de la presqu'île de Diego Suarez par la France y ait attiré depuis longtemps des colons qui se sont livrés à des cultures tropicales, les rendements obtenus n'ont pas été en rapport avec leurs efforts...»
Il faut dire que le vent qui souffle une grande partie de l'année à Diego Suarez ne favorise pas la culture.
Pourtant, le climat de Nosy Be n'est pas toujours apprécié.

Nosy Be - le chateau d’eau
Nosy Be - le chateau d’eau

Les conditions climatiques : un but partout!
S'il ne favorise pas la végétation, le climat de Diego Suarez a toujours été considéré comme plus sain que celui de Nosy Be.
Dès l'installation des français dans la rade de Diego Suarez, le médecin-major du navire La Dordogne, sur lequel se trouvent les troupes d'occupation, après avoir insisté sur la proximité de la montagne d'Ambre où l'on pourrait installer un sanatorium, note que la baie elle-même « largement battue par les vents du large est rarement visitée par les pluies et le ciel y est presque toujours d'une grande pureté ; ce sont là d'excellentes conditions de salubrité ».
A une époque où Madagascar était considérée comme « le cimetière des européens » en raison du paludisme, le climat de Nosy Be n'était pas apprécié. D'ailleurs, d'après la Revue Maritime et Coloniale « Les premiers détachements envoyés furent décimés par les maladies ; ils abandonnèrent la pointe où ils s'étaient établis, et qui a conservé le triste surnom de « Pointe à la fièvre », pour se porter sur un plateau mieux situé où s'élève, sous le nom de Hell-Ville, le chef-lieu de la colonie ».
Des années plus tard, en 1889, le verdict énoncé par Les colonies françaises n'est pas plus encourageant : « Le climat de Nosy Be est rendu surtout malsain par les nombreux marécages répandus dans l'île ». Et, plus loin : « Certes Nosy Be n'est pas un pays sain » et l'auteur de l'article donne des conseils qui ne vont pas dans le sens d'une activité favorable au développement : « Il faut se garder du moindre excès, s'observer en tout et particulièrement conserver un bon moral. Sans négliger de prendre toutes les précautions nécessaires, et surtout de soigner immédiatement le premier accès de fièvre ».
Voilà qui n'était pas de nature à attirer les éventuels immigrants !
Et, en effet, les colons ne se pressèrent pas pour venir s'installer à Nosy Be

Le peuplement : Diego Suarez, une ville plus attractive pour les immigrants
D'après la Revue maritime et coloniale de 1865, à propos de Nosy Be, « La population de cette île, qui s'élève à 10.000 âmes environ, est composée en grande partie de Sakalaves qui, chassés de la grande terre de Madagascar par les persécutions des Ovas, mirent un bras de mer entre eux et leurs ennemis ». 20 ans plus tard, d'après Les colonies françaises « la totalité de la population est d'environ 9500 habitants, dont près de 5000 malgaches et 2600 Africains (?) ; la population blanche n'atteint que le chiffre de 250 habitants, exclusivement français, sauf un Américain et deux Allemands ».
En fait, à partir de 1841 « des colons européens étaient venus de La Réunion et de Maurice » mais ils ne dépassaient pas la centaine ; 40 ans plus tard, on peut lire, au moment de l'exposition coloniale de 1889 que « En dehors des officiers, des fonctionnaires et des agents des maisons commerciales, l'immigration européenne est à peu près nulle ».
En revanche, la petite ville d'Antsirane ne cesse de grandir : le village d'origine est devenu une petite ville et un centre important de colonisation. Les malgaches y affluent, attirés par la politique du Gouverneur Froger qui incite les esclaves à quitter leurs maîtres malgaches pour venir à Diego Suarez où on leur promet la liberté. Les réunionnais, appelés eux aussi par Froger se voient offrir la traversée pour s'installer à Diego Suarez où ils espèrent faire fortune (ce qui sera rarement le cas). Cette expansion démographique connaîtra son apogée à partir de 1900 quand Diego Suarez devient Point d'Appui de la flotte et que des milliers de militaires y débarquent, attirant par voie de conséquence des ouvriers et des commerçants.

Ambanourou - la rue des potiers
Ambanourou - la rue des potiers

La comparaison des chiffres de population fournis par les Annuaires du Gouvernement est éloquente. En 1905, les chiffres de la population de Nosy Be sont les suivants : Malgaches : 9255 - Population européenne : 268 - Asiatiques : 389 - Africains : 314.Soit un total de 10.226
Pour Diego Suarez : Malgaches : 2999 - population européenne : 933 - Asiatiques : 314 - Africains : 772 soit un total de 5018.
Mais, dans ces chiffres, les militaires ne sont pas compris, et ils sont, à l'époque, plusieurs milliers!
Quant aux européens, ils sont plus de trois fois plus nombreux qu'à Nosy Be.
Mais cette attraction a des motifs purement économiques.
En effet, sur le plan touristique, Nosy Be l'emporte largement dans les jugements des voyageurs.

Nosy Be, numéro 1 de l'attraction touristique

La comparaison de Nosy Be et d'Antsirane tourne toujours à l'avantage de Nosy Be dans les récits des voyageurs. En effet, l'île a tout pour séduire et les avis des voyageurs d'autrefois sont unanimes : « Le port d'Helville ou de Nosy Be (car on dit les deux) est assez fréquenté des marins qui en apprécient tous, non seulement l'excellence, mais aussi la beauté...
Helville, avec sa végétation de manguiers et de cocotiers, apparaît en effet comme une véritable oasis. »
(D'Anfreville de la Salle- 1902)
« Nosy Be fait un heureux contraste avec Mayotte. Elle a de l'eau en abondance et par conséquent de la verdure, des arbres et des fruits. La petite place d'Hellville, qui en est le chef-lieu, est parfaitement tracée, bien plantée de beaux manguiers... » (J.B Piolet- 1895).
Certains voyageurs n'hésitent pas à établir de cruelles comparaisons, comme Jules Leclercq, dans son livre Au pays de Paul et Virginie : « Diego Suarez ne vaut guère la peine de s'exposer à de tels périls : c'est le plus triste lieu de la terre, et j'aimerais mieux vivre en Laponie que dans ce site désolé... Je plains les pauvres soldats condamnés à mourir d'ennui dans cet affreux désert »...qu'il oppose, avec une exagération certaine, au spectacle qui l'accueille à son entrée dans le golfe de Nosy Be « de toutes parts fermé par de riantes montagnes couvertes jusqu'au faîte d'une luxuriante verdure tropicale! ... C'est le plus charmant paysage qu'on puisse rêver et c'est un indicible contraste avec le site morose de Diego Suarez ».
Même férocité, 40 ans plus tard chez Jean d'Esme, dans son livre L'Ile rouge :
« Autant Moroni, Majunga et Nossi-Bé, avec leur fouillis de verdure, offrent au voyageur des évocations de tiédeurs ombreuses et accueillantes, autant Diego Suarez cramponnée à sa falaise dénudée présente un aspect désertique, brûlant et rude. Elle avait sans doute épuisé ses trésors à créer cette baie, dont l'unique splendeur a dû lui paraître plus que suffisante. Des terres qui l'entourent, elle a dédaigné de s'occuper. Sur des lieues et des lieues à la ronde, on n'y trouve guère que de vastes landes sableuses ou semées d'une profusion de cailloux et tapissées d'une herbe rase et galeuse. Quelques buissons, de vagues arbustes au maigre feuillage jouent à la végétation. Et, ne serait-ce l'implacable soleil qui s'abat, flamboie et calcine tout sous sa brûlure, ce pays n'aurait rien de tropical ».
Cette rivalité entre les deux « pôles » du Nord, encore aggravée par le rattachement de Nosy Be au Territoire de Diego Suarez par un décret du 4 mai 1889, s'incarne dans deux hommes, des personnages importants de l'époque qui se feront un devoir de défendre la supériorité de la ville à laquelle ils sont attachés.

Mortages contre Locamus

Mortages, nous le connaissons. C'est lui qui, devenu fabuleusement riche grâce à la découverte des mines d'or d'Andavakoera, a fait bénéficier sa ville, Antsirane, d'une partie de sa fortune. C'est à Mortages que l'on doit le magnifique Hôtel des Mines, c'est lui qui a offert à Diego Suarez son kiosque à musique, qui a aidé à la construction de la cathédrale. Dans ses Mémoires, il s'élève contre cette réputation injuste de Diego Suarez : « cette ville a été pendant plus de vingt cinq années l'objet de critiques, le plus souvent imméritées... » et il conclut « qu'est-ce que la ville de Diego Suarez peut envier aux autres villes ? ».
Homme affable et généreux, il n'a cessé de défendre sa bonne ville de Diego Suarez chaque fois qu'elle était « attaquée ».
Notamment par M.Locamus.
Locamus, lui aussi, était un des bâtisseurs d'Antsirane : il avait construit l'énorme usine de viande d'Antongombato qui fonctionna si peu de temps. Est-ce l'amertume causée par cet échec ? Installé à Nosy Be après sa déconfiture, il ne cessa de se battre pour imposer la supériorité de cette île sur Diego Suarez.
Mais la dépense militaire effectuée déjà à Diego Suarez était énorme ; on ne pouvait pas ne pas en tenir compte. Donc, en tant que point d’appui, ce port devait être maintenu. Il y avait eu une erreur de départ qui engageait l’avenir.
« Depuis 1895, nous sommes les maîtres contestés de Madagascar ; à ce moment-là, le point d’appui n’était pas encore choisi, les travaux de la Baie de Diego Suarez se bornaient à quelques constructions de casernes et à quelques batteries. Ce n’est qu’en 1899 et 1900 que le service militaire a fortifié ce point...
Si l’on avait constitué une commission composée en majeure partie de MM. les anciens chefs de la Division navale de l’Océan Indien. le choix ne se serait pas porté sur Diego Suarez ; on aurait choisi probablement la magnifique baie de la Mahajamba ou celle de Passandava, qui put loger en eaux neutres toute l’escadre russe avec ses navires de ravitaillement.
Dans ce dernier cas, le bassin de radoub aurait été établi à Nossi-Bé suivant un avant-projet et projet définitif datant d’un quart de siècle. La dépense aurait été réduite de plus de moitié et le choix eût été plus judicieux...»

C'est avec beaucoup de bonne humeur que Mortages ironise sur l'engouement de Locamus pour Nosy Be : « Ce brave homme, car c'était un bien brave homme, ne voyait que par Bavatobe au fond de la baie de Passandava.
C'est là qu'aurait dû être la capitale de Madagascar, c'est là qu'aurait dû être le bassin de radoub car Bavatobe avec ses immenses gisements de charbon et ses non moins immenses champs d'or aurait dû être, d'après lui, le centre du monde. Il y a 34 ans de cela, il n'y a pas encore une case »
.
Voilà. La querelle n'est pas close. Diego Suarez et Nosy Be continuent à avoir leurs supporters et leurs détracteurs. Mais, en prenant un peu de hauteur, on peut se demander si la richesse du Nord de Madagascar, à notre époque de développement du tourisme, n'est justement pas d'offrir ainsi, dans une même région, des paysages contrastés qui offrent le vent et la pluie, les orchidées et les aloès, la roche et la forêt ?
■ S.Reutt

Commentaires   

+4 # Au sable blanc 08-03-2013 15:00
Article très intéressant sur l'histoire de Diego,merci pour le partage
+1 # Very_Jerry 19-03-2013 19:00
De même qu'Anjiafotsy" ou "Anjiamalandy", je remercie ce travail historique judicieux de la Tribune DS. Tout y est bien décrit, bien datés, ce qui n'est pas habituelle chez les "historiens" gasy, qui avancent trop souvent d'informations, sans aucun fondement historiquement incontestable. Au moins ici on peu commencer á rechercher sur des bases scientifiques.

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