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Tsialana, roi de Nossi-Mitsiou, sa famille et sa suite. A sa droite, son fils Tsiharon, à sa gauche son frère Fahavana. Gravure parue dans L’Illustration du 16 août 1890
Tsialana, roi de Nossi-Mitsiou, sa famille et sa suite. A sa droite, son fils Tsiharon, à sa gauche son frère Fahavana. Gravure parue dans L’Illustration du 16 août 1890

Certains lecteurs de La Tribune ont exprimé le souhait d'en savoir un peu plus sur l'histoire des populations autochtones du Nord de Madagascar. La Province de Diego Suarez compte un certain nombre d'érudits malgaches qui, mieux que moi, pourraient transmettre leurs connaissances sur un sujet à propos duquel les sources écrites sont relativement rares. Pour répondre cependant aux attentes des lecteurs de La Tribune, je soumets à leur curiosité bien légitime une série d'articles parus, dans les années 30, dans un journal de Diego Suarez, L'Eclaireur. Ces articles, signés « Le Guetteur » parurent à partir du 6 décembre 1934 sous le titre : à bâtons rompus. ■ Suzanne Reutt


L'Eclaireur - 6 décembre 1932
Nous pensons intéresser nos lecteurs en leur présentant une série d'articles relatifs aux mœurs et coutumes des races côtières si peu connues du grand public parce que dédaignées des écrivains en faveur de la seule race Hova habitant les hauts plateaux, centres d'attraction de la presque totalité des littérateurs de passage. Pourtant ces races qui après maintes pérégrinations, chassées du sud, guerroyant ça et là se sont définitivement établies dans la région Nord de l'Ile méritent tout autant d'intérêt. Nous tenterons au cours de ces essais de faire pénétrer le lecteur dans le cadre de vie à l'intérieur duquel ils ont évolué.
Les coutumes des races Antankarana, Sakalava, Betsimisaraka ne se différencient guère, aussi sera-t-il intéressant au cours de notre étude de faire ressortir les points de dissemblance, car il en existe certains, les coutumes étant malgré tout souvent particulières à certaines castes et même à certains villages.
Pour faciliter le lecteur nous commencerons par un rapide aperçu de leur histoire.
Les premiers habitants de la région Nord de l'Ile appartenaient aux tribus Vohilava, Antambohitsy, Antamboroko et Antanala qui vivaient dans la région de l'Ankara. A cette époque, aucune demeure, pas la moindre case, les grottes de l'Ankara leur servaient d'habitation.
Il est fort probable que c'est là l'origine du nom d'Antankarana qui est actuellement le leur. Quelle est l'origine de cette race, et d'où descend- t -elle ?
On rapporte que vers l'an 1000 des émigrés venant du Golfe Persique, s'implantèrent sur la côte d'Afrique aux environs de Mombassa et de Zanzibar. Cinq cent ans après, sous la conduite des Portugais ils traversèrent le canal de Mozambique et se fixèrent aux Comores. L'observation que le type Antakara se rencontre encore parmi les classes évoluées des habitants de Monbassa semble renforcer cette hypothèse. Les habitants des grottes de l'Ankarana, peu nombreux, ne sortaient guère de leur habitat que pour se livrer à la chasse du bœuf sauvage et du sanglier, fort nombreux en cette région. Ignorant complètement le travail du fer, ils ne possédaient que des armes rudimentaires grossièrement taillées à l'aide de silex.
A la suite de guerres intestines entre les Sakalavas du Menabe et du Boeny, les tribus vaincues durent remonter vers le Nord. Et c'est ainsi que les tribus Zafinifotsy battues par les Zafiniména s'installèrent d'abord sur la Sofia (rivière d'Analalava).
Quelques années s'écoulèrent de tranquillité ; tranquillité toute apparente, puisque sous le commandement d'Andriambolamena, secondés par les Hovas, les Zafiniména reprirent la lutte contre leurs anciens ennemis. Pourchassés, ces derniers remontèrent encore vers le Nord de l'Ile où ils se séparèrent en deux groupes: le premier, conduit par Ramaitso demeura à Androna (Marangibato)et le deuxième sous les ordres de Rasoa, de Kozobé et Tsivihasy se réfugia à Nossi-Bé,et à Nossi-Komba. Kozobé fut alors nommé roi et mourut vers 1620. Andriamaitso son fils lui succéda, et à la mort de ce dernier survenue à Nossi-Bé vers 1660, son fils Andriamanampela fut appelé au pouvoir.
Pendant le règne d'Andriamanampela, Tsitarana dit Andriantahora, un roi sakalava du Boéni, remonta le Sambirano pour attaquer les Zafinifotsy. II feignit de rechercher une alliance avec la tribu des Zafinifotsy et convoqua son roi qui vint de Nossi-Bé à cet effet.
Mais un prince Zafinifotsy, Andriantsirotso, au courant de la ruse d'Andriantahora avertit en vain Andriamanampela. Prévoyant une proche attaque d'Andriantahora, Andriantsirotso après avoir ouvert le feu sur les partisans ennemis se sauva avec ses sujets dans la direction du Nord où il rencontra les premiers habitants de la région d'Ankara :les tribus Vohilava, Antambohitsy, Antamboroko et Antanala.
Le téméraire Andriamanampela, venu de Nossi-Bé pour négocier, fut fait prisonnier et décapité. Sa tête fut jetée dans le ruisseau d'Ankazakomina (Bejofo-Ambanja). A la suite de cette mort tragique, les autres princes et notables firent leur soumission au vainqueur Sakalava. Andriantsirotso fut alors reconnu roi Antankarana et sa résidence fut fixée à Ambatoharana- Nord. Ses sujets lui montrèrent les fameuses grottes de l'Ankarana. Ces grottes de l'Ankarana à une vingtaine de kilomètres d'Ambilobé, à près de 140 kilomètres de Diego Suarez constituent une curiosité naturelle de la région. Peu de gens les connaissent, elles ont été cependant explorées à plusieurs reprises mais la visite devrait en être organisée pour les touristes de passage. Ces grottes devaient par la suite jouer un rôle important durant les guerres qui suivirent.
■ Le Guetteur

L'Eclaireur - 13 décembre 1932
Un an après la reconnaissance d'Andriantsirotso comme roi Antankarana, Andriantakora, roi Zafinimena,à la tête de ses partisans augmentés des Zafinifotsy soumis durant les guerres antérieures, poursuivit Andriantsirotso. Ce dernier, après une longue résistance, de près d'une année, dans les grottes de l'Ankarana, se sauva à Maroantsetra où il demanda secours et protection à Rotoho, roi Betsimisaraka. Ses partisans restèrent cachés dans les fameuses grottes. Une partie des hommes d'Andriantahora qui s'étaient avancés jusqu'à Maroantsetra furent refoulés, et durent retourner à Ambatoharanana. Après un séjour de trois années dans le Nord de l'Ile, Andriantahora fut forcé de regagner son pays que menaçaient des ennemis venant d'Ambongo et du Menabé. Il le fit avec le concours des Zafinifotsy qu'il avait soumis.
A son départ les Antambohitsy et les Antanala, demeurés jusque là cachés dans les grottes, en sortirent et s'en allèrent rejoindre leur roi à Maroantsetra, et le ramenèrent vers 1669 à Mahavanona, qui est l'actuel Ambilobé. Il vécut jusqu'en 1706 et y mourut. Son fils Lamboeny lui succéda alors.
Le roi Lamboeny régna pacifiquement. Père de trente trois enfants, il passa toute sa vie à Mahavanona et y mourut après soixante ans de règne. Beaucoup de notables vivant actuellement sont ses descendants.
En 1766 Tehimbola, fils de Lamboeny devient roi. Moins heureux que son père, son règne fut troublé par le retour guerrier des Sakalava d'Andriantahora. Après de longues luttes, après la défaite de Saingaloka, les Antankarana réussirent à vaincre les Sakalava,et la paix fut enfin rétablie.
A la mort de Tehimbola en 1802, décédé sans laisser d'héritier, son frère Boanahajy lui succéda. Ce dernier se fixa à Marivorahona. Jalousé par ses neveux Tsialana et Andrianjalahy, Boanahajy, fut attaqué par eux. Vaincu, il fut dépossédé de son trône dont s'empara Tsialana, et Andrianjalahy fut chargé d'administrer le territoire des Antankarana du Sud, à Berantsana. Tsialana qui avait ajouté le qualificatif de «  premier » à son nom, avait fixé sa résidence à Ambatoharanana. Il fut l'objet de maintes attaques ourdies par les princes et les officiers de son oncle détrôné qu'il avait battu à Anonina et à Ampombiantambo. Vers 1810, une armée Hova que commandait le prince Andriamanetaka, frère de Radama 1er, vint à Ambatoharanana en vue de soumettre les Antankarana. Après avoir soumis Tsialana 1er, Andriamanetaka descendit sur la côte Ouest. Peu de temps après, Radama en personne, à la tête d'une grande armée, victorieuse des rois Betsltmisaraka de la côte Est, arriva à Ambatoharanana où il n'éprouva aucune difficulté à soumettre Tsialana. Radama installa alors des postes à Antomboka ( Ambohimarina) près de Diego et à Ambodivonio (Vohémar) à la tête desquels il plaça des officiers hova. Cette organisation effectuée, Radama, comme le fit précédemment son frère, descendit sur la côte Ouest. A cette époque, Maka, roi des Sakalava de la tribu des Bamazavava était en lutte avec Andriantsoly, roi Sakalava de la tribu, des Bemihitsatra. Battu par ce dernier il vint se réfugier dans la région de l'Ankarana, où Tsialana lui offrit protection et lui permit de s'installer à Anjiamangotroka (Bedana). A sa mort Maka fut inhumé à Nossi-Faly, depuis tombeau royal.
Ce fut le premier roi Sakalava à qui pareils honneurs furent faits à Nosy-Faly.
■ Le Guetteur ( à Suivre)

Commentaires   

+2 # zanatany 06-04-2013 20:54
vous aviez raison quand on entend parlé de madagascar a l'extérieur, les gens ne connaissent qu' aux hovas hors plusieurs ethnies existent et chacun à ses traditions .Ils faut les mettre en valeur et aussi transmettre à la génération future. l'histoire des antakaranas est liés aussi à l'islam car nos ancètres pratiquer cette religion et cela il faut perpétuer et on ne dit jamais assez que diego est terre d'islam et on doit tjrs garder cette harmonie avec les autres religions cest un vrai exemple. Les gens qui nous représentent qui soit disant viennent de diego ne fait que remplir leur poche il faut déja décentraliser les provinces pour que les gens de diego assurent leur avenir car des gens diplomés qui sont fier de leur région veulent travailler a diégo mais les meilleurs places sont occupées par les gens de.... (je ne cite pas)
A vous gens de diego de bouger pour l'avenir et aussi de travailler avec toutes les provinces avec sérenité car mada est grandiose et joli mais mal mné
# bull62 18-04-2013 19:21
oui natif de l'extrême nord. soyons fier de notre région. il ne faut pas oublier aussi que la plus part du temps on néglige, on s'ignore, on se blâme. alors les autres profite de la situation. faudra peut être trouver l'astuce dirai-je pour intéresser nos jeunes pour cette région. c'est l'affaire de tous.

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