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Impressions de visiteurs à Diego des 1890

Beaucoup de malentendus entourent la création de la ville. Quand le village d’Antsirane est devenu Diego, dockers arabes, commerçants indiens et militaires français fascinent les voyageurs....

Au hasard des lectures, dans la presse ou sur Internet, on découvre  sur les origines de la ville de Diégo-Suarez des affirmations d’une grande fantaisie : créée  par François de Mahy, député de La Réunion; fondée en 1903 par le colonel  Joffre. Pendant les quelques années où  Joffre a commandé Diégo, il a été effectivement à  l’origine de nombreuses réalisations ou améliorations, mais –  à son arrivée- beaucoup avait déjà été fait!


Rappelons donc brièvement les évènements qui ont été à l’origine de l’installation française à Diégo-Suarez puis nous laisserons parler les visiteurs  qui ont, tour à tour, jeté sur la ville naissante un regard quelquefois émerveillé et parfois très critique.Tenue à l’écart des routes maritimes par le Cap d’Ambre difficile à passer, la baie de Diégo resta longtemps peu connue. Il fallut attendre le XIXème siècle pour qu’une reconnaissance de la baie soit menée par le capitaine  anglais Owen (1827), puis par le capitaine de vaisseau Bigeault qui  avait pour mission de « visiter la baie de Diégo-Suarez et explorer les autres parties du littoral » dans la perspective d’y créer un « établissement militaire et maritime » français. Ce projet se heurta à  l’opposition du gouvernement merina  qui, après la campagne de Radama dans le Nord en 1824 avait laissé un poste militaire à Ambohimarina dans la Montagne des Français. En 1883 sous la pression de François de Mahy, député de La Réunion, une petite escadre fut envoyée pour lutter aux côtés des sakalaves contre les « hovas ». A la suite de l’occupation de la baie, les négociations engagées avec les représentants malgaches aboutirent au traité du 17 décembre 1885 par lequel (article 15) : « Le gouvernement de la République se réserve le droit d’occuper la baie de Diégo-Suarez et d’y faire des installations à sa convenance »! Voilà pour la fondation de la ville.

Les Filles de Diego

Les ‘filles’ à Diego Suarez font partie de la vie économique et sociale de la ville depuis son origine. Certains voyageurs ou touristes sont frappés par leur omniprésence, d’autant qu’elles ne se cachent et n’ont aucun quartier particulier où elles sont’ ‘parquées’. Pourtant, il ne serait pas exact de les assimiler à des filles de joie ou de manière plus contemporaine, à des pauvres filles qui vendent leurs corps pour survivre.

L’origine de cette présence féminine plonge ses racines dans l’histoire du pays et de la ville. «Les femmes Sakalava et Antakarana», explique Cassam Aly, mémoire vivante de la ville et lui même enfant de métissages multiples, «avaient une tradition particulière: après un an de mariage, un mariage qu’elle contractait pour faire plaisir aux parents, elle pouvait retrouver leur liberté!».

Au début du 20e siècle, cette liberté a été la chance des quelque milliers d’hommes seuls qui étaient venus à Antsiranana pour construire la ville. L’opportunité a été immédiament ‘saisie’ et porté ses fruits: il n’a pas fallu attendre une génération pour voir apparaître dans la ville de petits métis, enfants de filles malgaches et de militaires français, mais égalemnt d’Arabes, de Comoriens, d’Africains ou d’Indiens.

Cette étonnante coutume a fait la ‘fortune’ de la ville. Quand une femme du nord de Madagascar disait quelque part en brousse, «je vais à Antsiranana», cela signifiait «je vais là, où les gens ne sont pas de la même race», soit dans le lieu de la mixité. Mais attention, au bout de six mois de ‘mixité’ libre, ces femmes mettaient un ultimatum: ou le fiancé acceptait d’être présenté à la famille ou la femme le congédiait!

Maintenant emboitons le pas des lointains voyageurs ou résidents, afin de visiter Diégo, ou plutôt Antsirane, -car Diégo-Suarez désignait à l’époque l’ensemble du Territoire de Diégo. D’après la Revue de la Société  de géographie de Marseillle,   «en 1885, Diégo-Suarez ne renfermait qu’une soixantaine de porteurs et pêcheurs sakalaves». François de Mahy, le député de La Réunion, qui fit escale dans la toute nouvelle colonie, parle « d’une vingtaine de paillottes malgaches». Du modeste village de pêcheurs installé  sur le site d’Antsirane, il nous reste quelques gravures. Mais à partir de l’installation française, la ville va rapidement grandir : d’abord en occupant la cuvette d’une superficie de 4 hectares environ, où se trouvait l’ancien village de pêcheurs .Dans ce que l’on appela « la ville basse » s’installèrent la plupart des commerçants. D’après les voyageurs, la ville basse était extrêmement animée. M. de Kergovatz, un naturaliste qui y fit un séjour en 1892, la décrit ainsi : « Une ou deux maisons à étage dominent un enchevêtrement de cases couvertes en tôle, toutes protégées par de larges vérandas. Les commerçants français, indiens, grecs, italiens se sont installés côte à côte le long des trois ou quatre rues qui aboutissent au quai et à la place de la Poste. Au milieu de la rue de la République, ...on a établi une borne-fontaine, la seule où puisse venir prendre de l’eau la population de quinze cents âmes de la ville basse. » La ville basse était essentiellement peuplée de civils, les militaires étant en majorité stationnés soit à Cap Diégo, soit dans les casernements  qui commençaient à occuper le plateau.
Mais qui sont dès lors ces nouveaux antsiranais, en dehors des commerçants dont nous a parlé M.de Kergovatz ? Ce qui a frappé les voyageurs de l’époque, c’est avant tout la diversité ethnique : malgaches, (Antakarana, Saint-Mariens, « Antaimoro ») attirés par la nouvelle colonie dans la perspective de trouver du travail ou pour ceux qui étaient esclaves, d’acquérir leur liberté. Parmi les immigrants, il y avait beaucoup de Réunionnais encouragés par François de Mahy à venir chercher une vie meilleure; des Indiens, pour certains depuis longtemps à Madagascar, notamment à Nosy Be et qui furent, pour la plupart, des commerçants; des Comoriens, venus exercer de petits métiers.


C’est cette immigration qui donna à la ville sa diversité, le trait dominant de Diégo-Suarez. Cette animation cosmopolite a été  vivement décrite par M.de Kergovatz. «Je me suis volontiers attardé à étudier la population si diverse... Ici , le profond magasin d’un Indien de Bombay, tout rempli de marchandises hétérogènes…A côté, une vaste enseigne m’apprend que MM.Costaz et Bigot ne vendent que des marchandises exclusivement françaises…Justement un chef malgache sort du magasin, suivi de tout un cortège de serviteurs…Chez l’Indien, entre une Créole en chapeau à plumes roses, en robe de soie à fleurs…Des portefaix passent, chargés de caisses et de planches ; ce sont généralement des Antaimours, tribu du sud de Madagascar…Mais les Antaimours ne sont pas les seuls manœuvres. Voici les Makois, anciens esclaves venus de la côte d’Afrique, les Comoriens mêlés d’Arabes et de noirs, …»


Très rapidement, la ville se trouve ainsi à l’étroit dans cette ville basse coincée entre le plateau et la mer, où l’on devait faire la queue pendant des heures devant la fontaine. La perspective de la construction du bassin de radoub obligea les autorités à permettre à  la population de s’installer sur le plateau qui, jusque là, avait été réservé aux militaires. Avec la nomination du gouverneur civil Froger, qui, en 1887,  succéda au premier gouverneur miltaire Caillet, la ville « moderne » d’Antsirane commence alors à se développer. Mais ceci est une autre histoire…
Suzanne Reutt, Ass. Ambre

 

L’association Ambre

L’association Ambre a été créée en 2001. Son nom est inspirée par l’ambre présent dans la région, mais il est également l’abréviation d’Association pour la Mémoire, la Beauté, le Renouveau, et l’Environnement d’Antsiranana. L’association a pour objectif la préservation, l’entretien et la promotion du patrimoine historique et culturel de la ville et de la région. L’association organise des expositions comme celle des Fresques de la ville. Ces fresques de la ville sont encore visibles sur de nombreux bâtiments publics et dans quelques jardins. Elle réédite également des cartes postales anciennes et propose des circuits historiques dans la ville. Elle est à l’origine de la réhabilitation de nombreux lieux historiques et places de Diego Suarez. Elle travaille en partenariat avec d’autres établissements, telle l’Alliance Française ou le Conseil général du Finistère. Son président d’honneur est Cassam Aly, son président François Bakoto et sa fondatrice et secrétaire générale, Suzanne Reutt.
Contact: Mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Tel: 032 45 689 37

 

Commentaires   

+2 # Guest 15-05-2010 02:11
Un grand merci à Mme Suzanne Reutt et à l'Assocation Ambre pour ce très intéressant article. C'est toujours un grand plaisir de savourer de tels articles historiques sur ce port et cette ville que nous avons tant aimés. C'est devenu pour moi un rendez-vous incournable et je dois malheureusement patienter pour attendre le prochain.
J'en fais grandement profiter mes camarades, anciens marins, qui sont passés dans ce port et qui les apprécient tout autant que moi.
J'ai eu l'occasion de voir sur place, à 2 reprises, ce que l'Association Ambre faisait pour redorer certains endroits incontournables cette ville et c'est tout à son honneur.
+1 # Guest 20-08-2010 17:00
Bonjour,
Ayant passé 2 ans a Diégo Suarez de 1964 à 1966, je souhaiterais si possible , avoir des informations sur les prises de Commandement de Didier RASIRAKA pour le TANAMASOUANDRO et de Guy SIBON pour la MAILAKA de ces deux premiers Batiments de la Marine Malgache en 1965.
Merci et salutations a mon Ami Daniel JOLY.

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