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Ambanoro ? C'est où Ambanoro ? Si vous n'êtes pas originaire de Nosy-Be, si vous n'y habitez pas ou si vous n'y allez pas souvent, vous ne savez sans doute pas où se trouve Ambanoro.

Et pourtant.. Bien avant Diégo-Suarez, avant même la création de Hell-Ville en 1840, Ambanoro, que l'on appelle également Marodoka (beaucoup de magasins) a été un centre commercial important, un port prospère, une ville « arabe » aux grandes maisons de pierre, possédant sa mosquée et son chantier naval...avant de devenir une ville fantôme hantée par les spectres de son passé oublié.

Ville arabe?

Oui et non...Ville islamique, en tous cas. Les récits qui évoquent le passé d'Ambanoro parlent souvent des Arabes qui l'on fondée; ou alors des Indiens qui ont développé son commerce; ou des Antalaotra dont nous verrons qu'ils ne sont pas faciles à définir.

Les Antalaotra
En fait l'existence d'Ambanoro est liée à la vie maritime de cette partie de l'Océan Indien et aux échanges nombreux avec les îles avoisinantes, avec la côte orientale de l'Afrique et Zanzibar, et avec l'Inde au gré de la mousson. Ces échanges ont donné naissance à un population métissée, souvent désignée par le terme d'Antalaotra (écrit parfois Antalotse, ou Antalotche).
L'origine des Antalaotra est difficile à préciser : swahilis sans doute, que la religion a rapproché des Arabes fixés sur les côtes de l'Afrique, puis intégrés à la communauté malgache par les liens noués avec les sakalaves. Certains ont défini les Antalaotra comme une communauté économique, possédant la maîtrise de la mer et cimentée par l'Islam (Gabriel Rantoandro).

Les Indiens
A cette population déjà islamisée s'est adjointe, au XIXème siècle une immigration indienne. D'après certains, les Indiens seraient même arrivés avant 1800; en tous cas, la première moitié du XIXème siècle voit arriver des indiens venus de Bombay (quelquefois après un passage par Zanzibar). En 1902, D'Anfreville de la Salle parle d'une colonie étrangère, celle des Indiens: «Venus de Bombay vers 1820, ils ont d'abord fondé le bourg d'Ambanoro...» Affirmation qui demande sans doute à être nuancée.
Cette immigration indienne se renforce dans la seconde moitié du XIXème siècle avec l'arrivée de nouveaux Indiens, Bohra, Khodja et Banians, chassés de l'Inde par la disette et qui, après un passage par les Comores et/ou Zanzibar, s'installent sur la côte ouest de Madagascar. Originaires du Gujerat, ils sont surtout musulmans même si l'on trouve parmi eux des hindouistes exerçant souvent la profession de bijoutier ou de potier. L'ensemble de cette population est souvent désignée par le terme d'«arabes», comme c'est encore le cas à La Réunion pour désigner les islamisés. En 1867, l'enseigne de vaisseau Cave, écrit dans la Revue Maritime et Coloniale : « ce commerce se fait principalement par l'intermédiaire d'Arabes des Comores ou de Zanzibar, qui se sont établis à Nossi-Be et se sont groupés, à quelque distance d'Hell-Ville, au village d'Ambanourou ».
Même chose pour le jésuite Adrien Boudou : « Les Arabes avaient formé à Nossi-Be la colonie assez importante d'Ambanoro, au fond de l'anse dite des Antalaotra, dans la grande baie de Nossi-Be à quelques kilomètres à l'est d'Hell-Ville ».

La naissance d'Ambanoro

Il n'est pas facile de fixer des dates pour sa création. D'après certaines traditions orales, elle aurait été fondée avant 1800. Mayeur, qui voyagea dans la partie nord de Madagascar de 1774 à 1776, écrit le 24 septembre 1775: « Je gagnai Vouimalaza dans la partie sud-est de Nousse-Be, où je séjournai jusqu'au 26 ». Et, pour Grandidier, Vohimalaza ne saurait être qu'Ambanoro.
Mais pour d'autres, qui s'appuient sur l'histoire de la navigation dans l'Océan Indien qui reliait l'Inde à la côte orientale de l'Afrique et à l'Arabie, la présence d'islamisés à Nosy-Be pourrait remonter à une époque antérieure.
Quoi qu'il en soit, c'est à partir de la première moitié du XIXème siècle que la présence de la petite ville d'Ambanoro est attestée. Ambanoro se développera rapidement, plus vite que Hell-Ville si l'on en croit le Guide de l'Immigrant de 1899 qui indique pour Hell-Ville une population de 1100 habitants tandis qu'Ambanoro « village le plus important del'Ile » possède 1600 habitants ! Supériorité qui est due au dynamisme économique d'Ambanoro.

Ambanoro, un « pôle commercial »

Au XIXème siècle, la petite ville d'Ambanoro devient en effet un important centre du commerce maritime de la zone justifiant ainsi le nom qu'elle portera également de « Marodoka » (voir plus haut). Elle doit cette situation aux échanges commerciaux qui s'y développent. L'Enseigne de vaisseau Cave évoque les « riches négociants, possesseurs de boutres qui parcourent toute la côte occidentale de Madagascar, et particulièrement le Boueni et le Menabe ». Le Père Boudou, qui en parle un peu plus tard nous dit que « c'était un centre commercial très actif, visité par les boutres de la côte africaine et les daws de Bombay et d'ailleurs ».

Un commerce d'entrepôts
A quoi était due cette prospérité d'Ambanoro?
Certainement pas à l'exportation de produits locaux puisqu'à cette époque l'île de Nosy-Be, dévastée par le « tavy » -les feux de brousse-ne produisait pratiquement rien. En fait, Ambanoro était ce que nous appellerions actuellement une « plaque tournante » : on y « voyait arriver à la fin de l'hivernage, avant l'établissement de la mousson de sud-ouest, de grands boutres venant de Zanzibar, d'Aden, de Mascate, souvent aussi de Bombay ». Stockés dans les entrepôts de la ville, les denrées apportées par la mer, repartaient parfois de la même façon à destination de l'Europe. Certaines de ces marchandises étaient cependant destinées au commerce local, notamment les étoffes qui venaient de l'Inde (les fameuses « indiennes »).
C'est encore l'officier de marine Cave qui précise le contenu des cargaisons qui transitent par Ambanoro: « A Ambanourou les boutres prennent des étoffes, des spiritueux, des armes à feu, des munitions, des objets de quincaillerie etc ».
Ces marchandises, destinées au marché local sont transportées, par les boutres appartenant aux riches négociants d'Ambanoro, « vers la côte occidentale de Madagascar et principalement le Boueni et le Menabe ». En échange, toujours selon Cave, les boutres ramènent de la Grande Terre « du riz, des boeufs, des cuirs, du bois d'ébène, de la cire etc. que les Arabes vendent aux négociants européens ».
En effet, dès le milieu du XIXème siècle, de nombreux bateaux de commerce français, américains, anglais et allemands vont relâcher à Ambanoro pour y charger les marchandises exotiques qui intéressent l'Europe et les Etats-Unis. Deux maisons de commerce allemandes vont s'installer à proximité d'Ambanoro pour ce commerce de troc: la DOAG (Deutsch- Ostrafrikanische Gesellschaft) et la Compagnie de commerce et de navigation Oswald qui ouvrit son premier comptoir à Lokobe en 1870.
Très tôt, des sociétés commerciales françaises, surtout marseillaises, vont s'intéresser aux produits que l'on peut trouver dans les entrepôts d'Ambanoro, notamment la maison Roux de Fraissinet.
Les cargaisons des navires affrétés par Roux de Fraissinet se composeront essentiellement,au retour, de bois (palissandre, ébène, bois de santal); de cuirs, de cire qui sera utilisée dans la fabrication des bougies et de plantes tinctoriales comme l'orseille qui fournit une teinture rouge -violet utilisée notamment pour teindre les soieries produites à Lyon. A l'aller les cargaisons amenées par les navires marseillais contiennent surtout des produits d'épicerie, des vins et alcools ainsi que des tuiles et du savon sortant des fabriques marseillaises.
La Revue coloniale de 1856 évoque aussi les échanges qui se faisaient « toujours très activement entre les bâtiments américains, les boutres de Zanzibar et ceux de Bombay et les colons, les indigènes, et surtout les Arabes établis au village d'Ambanourou ».
Le rôle des négociants indiens est donc de stocker et de réacheminer les produits venus d'ailleurs, en prenant un bénéfice important au passage. La Revue coloniale de 1856 évoque ainsi les prix pratiqués par les traitants arabes : l'orseille, achetée 2,5 francs les 50 kgs aux malgaches était revendu aux négociants français 25 francs ; l'ébène revendue à 100 francs le tonneau avait été payée 30 francs.
Mais ce qui assura la fortune des négociants d'Ambanoro, ce fut, notamment entre 1865 et 1875 la contrebande d'esclaves. Le trafic négrier ayant été interdit en 1865, les boutres transportèrent souvent des « engagés » qui n'avaient de volontaires que le nom qu'on leur donnait (Correspondance du consul anglais Thomas Pakenham).
En 1867 Coignet écrivait à ce sujet : « Malgré les croisières anglaises du Canal de Mozambique, les boutres introduisent une assez grande quantité de noirs de la côte d'Afrique; ils valent 30 à 50 piastres (150 à 250 frs) suivant leur sexe et leur force ».
En fait, la prospérité d'Ambanoro dépendit longtemps de l'existence des boutres.

Les boutres d'Ambanoro

Les boutres (botry) sont étroitement liés à l'histoire de la navigation islamisée dans l'Océan Indien, Sans doute originaires des pays swahilis ce sont des bâtiments non pontés gréés d'une voile en forme de trapèze. Posséder un boutre était le signe que l'on était fortuné puisque c' était le moyen d'accéder au commerce international. Or, l'immense majorité des boutres inscrits au registre maritime de Mayotte et Nosy-Be de 1868 à 1877 ont été construits à Ambanoro (81 sur 128). Parmi ces boutres construits à Ambanoro il s'en trouvait dont le tonnage permettait la navigation au long cours, mais, pour la plupart, ils étaient destinés aux côtes malgaches, notamment la côte ouest, pour la collecte des produits de traite alors que des bâtiments plus importants venaient en prendre livraison et débarquer les marchandises venant de l'étranger.

Vie et mort d'Ambanoro

Grâce à leurs boutres leur permettant de se procurer les produits qui intéressaient l'Europe, l'Amérique ou l'Afrique; grâce à leurs entrepôts regorgeant de produits rares, les négociants d'Ambanoro, Antalaoste puis Indiens, firent des fortunes qui firent passer, au XIXème siècle, et même encore au début du XXème, Ambanoro pour un Eldorado.

Intérieur d’une mosquée d’Ambanourou
Intérieur d’une mosquée d’Ambanourou

En 1895, le RP Piolet écrit à propos d'Ambanoro: « aussi est-elle devenue l'entrepôt du commerce de la côte Ouest et Nord-Ouest de Madagascar avec qui elle est en constante communication, par des boutres arabes ou par d'innombrables petites pirogues à balancier. Son commerce atteint le chiffre très élevé de 8.000.000francs d'importation et d'exportation. Il est presque tout entier entre les mains des Hindous et des Arabes pour le détail...»
En 1927 encore le Duc de Nemours s'étonnait: « Ils (les Hindous) se sont installés dans un village de la banlieue d'Hell-Ville, à Ambanoro et là...se traitent des affaires qui portent sur des sommes considérables ».
Quant à Alphonse Mortages, le découvreur des mines d'or d'Andavakoera, il affirme dans ses mémoires qu'en 1888 les indiens de Nosy-Be (qui résidaient pratiquement tous à Ambanoro) profitèrent de l'ouverture d'une ligne maritime vers l'Inde pour envoyer des colis à Bombay. Que contenaient ces colis? Si l'on en croit Mortages « la moyenne de ces colis-valeurs était d'une vingtaine de caissettes qui, presque toutes, contenaient de la poudre d'or »!
Berceau de cette opulence, à quoi ressemblait la ville d'Ambanoro?
Tout d'abord, il ne s'agissait guère plus d'un village: même si, à une certaine époque, elle avait beaucoup plus d'habitants que Hell-Ville, sa population n'a jamais, semble-t-il dépassé 2000 habitants. Pour l'atteindre, il fallait, d'après D'Anfreville de la Salle emprunter « une route aux nombreux lacets qui [...] fait atteindre, en 4 km, la ville indienne proprement dite ».
L'Annuaire de 1905 décrit le port qui faisait la richesse d'Ambanoro : « Le mouillage d'Ambanoro est beaucoup moins profond que celui de Hell-Ville. Il n'est guère fréquenté que par les boutres venant de l'Inde et ceux qui font le cabotage sur la côte ouest; ces derniers utilisent pour le chargement et le déchargement des marchandises une jetée de 60m de longueur sur 6m de largeur ».
Au point de vue architecture, Ambanoro ressemblait à une ville arabe, maisons à toit plat, à l'entrée souvent abritée par un auvent, lourdes portes parfois ornées de sculptures et de ferrures. Beaucoup d'entrepôts bien sûr, qui lui ont peut-être valu son nouveau nom de Marodoka. Une mosquée dont on peut encore voir les restes. Un cimetière dont la tombe la plus ancienne porte la date de 1850.
Et, aussi, évidemment, beaucoup de cases légères qui abritaient la population laborieuse de la ville.
Les visiteurs de l'époque insistent tous sur l'animation qui était la marque du village: « La petite cité d'Ambanoro semblait très active; autour de quelques maisons de style hindou, de magasins bien construits, s'étaient groupées les habitations des indigènes. Une grande animation régnait au long de cette étroite plage encombrée de ballots, de caisses et de nombreuses pirogues à balancier ».
Cave, en 1867 témoignait également de la vie qui agitait le village: « le village d'Ambanoro prospère, son petit port est toujours animé, et non seulement on y répare les boutres mais on en construit de fort beaux ».
En 1905, si l'on en croit l'Annuaire du Gouvernement Général, Ambanoro vivait encore : la ville comptait 1642 habitants (mais Hell-Ville en avait le double...), il y avait un poste de police, un poste de douane, un marché quotidien. La moitié des Indiens que comptait l'Ile y résidait encore (63 sur 122) : leur quasi totalité était commerçants, même si on y comptait quelques bijoutiers.

Et puis...Le village a commencé à mourir...

Pourquoi ? Sans doute à cause de l'attractivité de Hell-Ville où la plupart des Indiens ont commencé à s'installer. En 1927, le Duc de Nemours, s'il constate encore une certaine activité parle « de cases à l'aspect sordide ».
En 1928, le romancier Jean D'Esme qui visite Ambanoro en donne une description en forme de chronique nécrologique : « Ce petit port qui agonise a eu pourtant son heure de prospérité, d'activité commerciale »...
Certaines bâtisses, hautes et claires qui maintenant s'écroulent lentement, en témoignent encore. C'étaient des vastes entrepôts, des vastes magasins aux murs solides, aux épaisses fenêtres grillagées, aux portes de bois sculptées, ornementées de ferrures et de cuivres. Parmi le délabrement des murs qui s'éboulent, des toits creusés de larges trous, il subsiste encore quelques unes de ces portes, admirables spécimen de l'art arabe. La plupart cependant manquent, vendues à des amateurs ou même emportées par des collectionneurs peu scrupuleux.
Les hommes de ce village qui meurt nous regardent passer, nous saluant d'un vague « Salam »
Ambanoro a vécu. Mais il est bon de rappeler ce qui a été et de conserver les traces d'un passé qui ne mérite pas d'être oublié.
■ S.Reutt - Ass. Ambre

Commentaires   

+13 # Karany75 10-07-2013 20:13
http://www.madaplus.info/Une-monographie-historique-et-culturelle-Nosy-Be-ame-malgache-coeur-francais_a7156.html
+13 # Karany75 10-07-2013 20:17
http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/04/13/2465173_les-indiens-de-madagascar-les-karany-de-nosy-be-dans-l-histoire-maritime-de-l-ocean-indien.html
+12 # Karany75 10-07-2013 20:17
http://www.zinfos974.com/Ambanoro-ou-Marodokany-archeologie-historique-du-premier-village-indien-Karana-a-Nosy-Be_a53185.html
+13 # karany75 11-07-2013 10:57
http://www.reunionnaisdumonde.com/spip.php?article2008
+12 # karany75 11-07-2013 11:03
http://www.thebookedition.com/annee-2043--autopsie-d-une-memoire-de-tamim-karimbhay-p-56300.html

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