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La région Nord de Madagascar, dont les districts d'Antsiranana et Nosy Be, est tristement connue pour l'implication des enfants dans le tourisme sexuel. Malgré les sensibilisations pour la protection de l'enfant et les avertissements sur les poursuites que les responsables risquent d'encourir, le phénomène devient banal

Le gouvernement malagasy invité à s'expliquer à l'OIT

En 2013, la Confédération chrétienne des syndicats malgaches (SEKRIMA) avait adressé ses observations à la Commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations (CEACR). « Malgré la loi punissant le tourisme sexuel, la prostitution infantile est encore loin d’être éliminée » précise-t-elle. En ratifiant, en 2001, la convention N°182 sur les pires formes de travail des enfants, l’Etat malagasy s’est engagé à appliquer les dispositions de la convention en droit et en pratique. Des sanctions sévères ont été intégrées dans le code pénal et le code du travail, mais l’application fait défaut. Au mois de juin, le gouvernement malagasy aura à expliquer devant la commission d’application des normes de l’Organisation Internationale du Travail, les raisons pour lesquelles les sanctions ne sont pas appliquées.
Les chiffres obtenus auprès de la direction régionale de la population de la DIANA font état de 22 enfants victimes d’exploitation sexuelle à des fins commerciales en 2014, le chiffre ne change pas pour l’année 2015, 12 cas sont enregistrés dans la ville d’Antsiranana (chef-lieu de la région DIANA) et 7 dans l’île de Nosy Be, trois dans les autres districts. Bien que la région DIANA soit connue pour cet odieux commerce, aucune donnée n’est disponible sur ce que représente l’apport de l’exploitation des enfants dans ce secteur. D’ailleurs, il n’y a pas de précision sur la nature des cas d’exploitation sexuelle des enfants enregistrés au niveau des services de l’Etat et aucune indication sur les enquêtes qui ont suivi.

Le gouvernement face à ses responsabilités

Au tribunal de première instance d’Antsiranana, aucune poursuite dans cet ordre n’a été engagée l’année dernière. aucun mineur n’a été découvert par la police des mœurs et de la protection des mineurs dans des maisons de passe ou des hôtels lors de descentes inopinées. Il n’y a pas de poursuites parce qu’il n’y a pas de plaintes et de dénonciations. Pour certains membres de la société civile telle que Razafindrazily Zananesy, c’est la volonté des dirigeants qui fait défaut « il faut reconsidérer la priorité des actions. Tous les ministères concernés directement par le problème (Justice, Population, Sécurité publique et Santé) doivent avoir un budget suffisant pour des résultats palpables ». Faute de carburant, il est rare que la Police des Mœurs et de la protection des Mineurs fasse plus d’une descente inopinée par mois dans les établissements de nuit. « La PMPM ne dispose pas de budget de fonctionnement » dit l’officier principal de police Baraka. Pour faire de telles descentes, son service demande du carburant soit auprès de la Région soit auprès des districts concernés (Antsiranana I ou II). Situation assez similaire au service régional du travail et des lois sociales qui « devrait », d’après son chef, disposer d’une division chargée de la lutte contre les pires formes de travail des enfants, dont l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. « Devrait » car « pour pouvoir fonctionner, cette division doit disposer de moyens » précise Tahina Jean Bedimasy, chef du service régional du travail et des lois sociales pour la DIANA. « Il faut sensibiliser, il faut retirer les enfants de la prostitution et les réintégrer dans le système scolaire ou la formation professionnelle. Seulement, il est facile d’en parler, mais chaque action nécessite des moyens et ces moyens font défaut » dit-il. Cette division qui va diriger la lutte sera opérationnelle d’ici peu d’après lui. Le président du conseil d’administration de l’office régional du tourisme de Diego Suarez, Ludovic Tafara Boris Aymar quant à lui souligne que la chaîne pour la dénonciation et la poursuite en Justice des délinquants est en place. Cette chaîne implique les hôteliers, le service de la sécurité publique et le tribunal compétent.
■ V.M

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